Ce sont des petites phrases qui font réagir et qui font rugir. Alors que la sortie de crise se fait attendre, que la course-contre-la-montre vaccinale n'entraîne pas des assouplissement aussi rapidement que prévu, certaines expressions suscitent, volontairement ou non, la polémique.
...

Ce sont des petites phrases qui font réagir et qui font rugir. Alors que la sortie de crise se fait attendre, que la course-contre-la-montre vaccinale n'entraîne pas des assouplissement aussi rapidement que prévu, certaines expressions suscitent, volontairement ou non, la polémique.Soudain, c'est comme si les vieux démons communautaires sortaient de la boîte Covid. Jan Jambon (N-VA), ministre-président flamand, a volontairement remis le contentieux Nord-Sud sur la table, non sans fondements, mais de façon un peu brutale. Alain Maron (Ecolo), ministre bruxellois de la Santé, a pour sa parti exprimé de façon maladroite l'impact du Ramadan sur la vaccination, alors que des statistiques "ethniques" inquiètent.Le ministre-président flamand, Jan Jambon (N-VA), a suscité une sacrée polémique en mettant en concurrence la différence de couverture vaccinale entre la Flandre et la fédération Wallonie-Bruxelles. Cela risque de poser problème lorsqu'il s'agira de décider de nouveaux assouplissements, affirmait-il lundi à la VRT. En assénant: "Si cet écart s'agrandit, cela deviendra un élément au moment où nous devrons prendre des décisions.""Communautariser la crise sanitaire est assez lamentable", s'est indigné Georges-Louis Bouchez, président du MR. En ajoutant: "Notre pays est tellement petit, il y a une telle densité de population" qu'il faut essayer de garder les mêmes règles sur l'ensemble du territoire." François De Smet, président de DéFI, souligne, dans le même registre: "La plus faible adhésion vaccinale en Wallonie et à Bruxelles est un vrai problème, qu'il ne faut pas éluder. Mais en faisant flèche de tout bois dans cette crise sanitaire, le nationalisme confirme que le repli sur soi et l'égoïsme sont ses seuls projets. Lamentable."L'incident comunautaire faisait l'objet de nombreux éditoriaux ce mardi matin, comme si l'on revenait subitement à l'époque, tellement peu regrettée, où chaque sujet faisait l'objet de contentieux Nord-Sud. N'est-il pas "indigne de déterrer la hache de guerre communautaire, à l'heure où des millions de Belges s'impatientent de se faire vacciner contre le Covid-19", se demande La Libre en précisant qu'il ne s'agit pas non plus de faire l'autruche: l'immunité collective dépend des efforts de tous. "Brandir le communautaire pour pointer une fracture vaccinale empêche de s'attaquer aux vraies causes que sont le manque de compétences numériques et les légitimes inquiétudes sur les effets secondaires', s'indigne Le Soir. Le ton est critique égalerment dans les quotidiens flamands, mais on épingle aussi ce souci: "Le problème contre lequel Jan Jambon met en garde est réel", clame De Morgen, soulignant que les francophones sont bel et bien à la traîne dans la vaccination. Et d'ajouter: "Il y a surtout lieu de s'inquiéter à Bruxelles."Bruxelles reste à la traîne. la couverture vaccinale de la première dose chez les plus de 18 ans est de 29,5% en Flandre, 29% en Wallonie et 22,7% à Bruxelles. Avec de fortes disparités entre les communes.Alain Maron (Ecolo), ministre bruxellois de la Santé, a tenté de justifier cet écart. En expliquant, notamment, sur la RTBF: "Il faut aussi savoir que la période du Ramadan vraisemblablement nous ralentit. Ce n'est pas une période propice pour les personnes de confession musulmane pour aller se faire vacciner. Un certain nombre d'entre elles hésitent à le faire ou ont d'autres types d'obligations. Et quand on interroge les personnes de cette confession, la plupart reconnait ces freins et pense qu'après le Ramadan, elles seront plus nombreuses à aller se faire vacciner."De nombreuses réactions sur les réseaux sociaux épinglent le "sectarisme" d'Ecolo. "L'excuse du Ramadan, fallait y penser..., ironise Véronique Lefrancq, députée régionale CDH et échevin à Koekelberg. Des propos stigmatisants et infondés, on marche sur la tête!" Ahmed Laaouej, chef de groupe PS à la Chambre et bourgmestre de Koekelberg, s'appuie quant à lui sur une étude de Solidaris pour expliquer le problème bruxellois, qui évoque "un dernier groupe qui sera très difficile à convaincre d'environ 22% qui est bloqué par des croyances très fortes opposées au vaccin". Cette étude "rejoint les constats observés au niveau communal : la crainte d'effets secondaires nourrie par une profusion de discours anxiogènes sur les réseaux sociaux", souligne-t-il. En ajoutant: "Ceci est bien plus charpenté comme explication des chiffres relatifs à la vaccination, bien plus que le Ramadan..."Alors que l'impatience de la population grandit et que la gestion de la pandémie est à un carrefour, le retour des vieux démons n'a pas de quoi rassurer.