Les experts et les autorités nous signalent que les hôpitaux sont sous pression, que les Soins intensifs sont au bord de la saturation, qu'il ne reste que quelques lits de libres, qu'on n'avait jamais vu quelque chose d'aussi préoccupant depuis octobre, ou novembre, ou décembre, c'est selon. Que les indicateurs augmentent (il y en a toujours l'un ou l'autre qui augmente), ou bien qu'ils ne diminuent pas, au pire qu'ils ne diminuent pas assez, ou pas assez vite, ou qu'ils restent sur un plateau élevé si pas trop élevé. Bref, on nous fait savoir qu'il faut avoir peur. On essaie par tous les moyens de nous convaincre qu'il faut encore et toujours rester terrés, tapis au fond de nos terriers avec la hantise du contact avec les autres humains, la crainte de l'épouvantable virus.

Et cependant, un phénomène étrange a cours dans notre royaume, dont on ne parle pas. Ce phénomène devrait interpeller, attirer l'attention, motiver des commentaires, éveiller la curiosité, et pourtant rien, niets, nada. De quoi s'agit-il ?

Des morts. Il s'agit des morts. En 2021, en pleine épidémie, dans notre petit royaume autrefois si paisible, il n'y a pas assez de morts. On est en déficit. Et pas peu ! Il nous manque jusqu'ici, depuis le 1er janvier, environ 2.500 morts !

On sait que chaque année il y a des enfants qui naissent et des gens qui meurent en Belgique. Même si on ne connaît pas chaque nouveau-né ni chaque mort, on connaît approximativement le nombre de naissances et de décès qu'il y aura sur une année quelconque. Schématiquement, on calcule ces nombres en faisant une moyenne des naissances et des décès des trois, ou quatre, voire cinq années qui précèdent. Ainsi on sait que, par rapport à la population, il y a en Belgique un peu moins de 1% de naissances et de 1% de décès chaque année. Pour 2020 on s'attendait à comptabiliser autour de 110.000 décès. Il y a eu 127.000 morts. On appelle ça une surmortalité, 17.000 morts excédentaires. Essentiellement dus à deux facteurs : l'épidémie de Covid-19 pour la plus grande partie, la canicule d'août 2020 pour 1.500 morts quand même.

Depuis le 1er janvier 2021 jusqu'à fin mars 2021 la moyenne des décès 2017-2020 était de 31.510 morts, chiffres dès lors attendus pour 2021. Or, Statbel (site officiel de statistiques belges, https://statbel.fgov.be/fr/propos-de-statbel/que-faisons-nous/visualisations/mortalite) nous informe qu'il y a eu 28.926 morts en 2021 à la date du 31 mars, soit 2.584 morts de moins qu'attendu ! Ce n'est pas peu ! Une sous mortalité de 8.2% en pleine vague d'épidémie ! Et alors même que jour après jour, semaine après semaine on nous jette à la figure le nombre de morts de Covid-19 et on ne nous dit rien des autres morts. Comme si les morts de Covid-19 étaient d'une nature différente des autres morts qui ne sont pas morts de Covid-19.

Alors, où sont passés les morts qui ne meurent pas en ce premier trimestre de 2021 ? Ces 2.584 personnes qui manquent dans les statistiques de mortalité ne sont pas devenues immortelles, non. Le plus probable c'est que ces 2.584 personnes sont décédées prématurément, en 2020, faisant partie de la surmortalité de cette année-là. Ces personnes seraient certainement décédées de toute façon en 2021. Cela est bien connu en épidémiologie, et s'appelle "effet moisson". Car les grandes épidémies comme les pandémies s'attaquent d'abord aux personnes affaiblies, malades, âgées, parmi lesquelles elles font grande mortalité, les abattant comme la moisson abat les blés mûrs. Ces personnes, au bout de leur parcours de vie, seraient quand même mortes quelques semaines voire quelques mois plus tard. La maladie n'a fait qu'avancer quelque peu la date.

Il me vient trois commentaires devant ce phénomène. Le premier, la stupéfaction devant l'absence totale d'information sur cette paradoxale sous mortalité 2021 en pleine vague épidémique. Je n'ai rien lu ni rien entendu la dessus, alors qu'on décortique les faits liés au Covid-19 dans tous les sens. Loin de moi l'idée qu'on éviterait soigneusement de pointer cette sous mortalité pour ne pas affaiblir la peur qui doit nous bien conseiller. Quoique...

Le deuxième, sur la gravité de l'épidémie et les effets des mesures prises à son encontre. La gravité d'une épidémie est approchée avec le moins d'incertitude en comptabilisant les morts excédentaires sur l'année. Cette façon d'évaluer la gravité d'une épidémie n'est pas parfaite, mais toutes les autres approximations sont entachées de davantage d'erreurs et d'incertitudes, tant en excès qu'en défaut, très difficiles et compliquées à évaluer et à corriger. Si on décompte l'effet moisson 2021 de la mortalité 2020, ce ne sont pas 17.000 morts excédentaires que l'épidémie a provoqué, mais 2.500 de moins. Et si on décompte l'effet canicule, la surmortalité qu'on pourrait attribuer à l'épidémie tombe à 13.000, 11,8% d'excès par rapport aux décès attendus. Sans être du tout négligeable, et sans aucunement réduire les morts à des chiffres, il me paraît légitime de se demander si les désastreux effets des mesures de paralysie de la société que nos autorités nous ont imposées, et qu'elles essayent encore de nous imposer, se justifient pleinement devant l'ampleur somme toute loin d'être catastrophique de l'épidémie ainsi mesurée, une fois l'effroi initial passé.

Le troisième commentaire concerne la situation actuelle. Selon l'Organisation mondiale de la santé (https://covid19.who.int/region/euro/country/be) au plus fort de la première vague, en avril 2020, il y avait en Belgique plus de 1.900 morts par semaine. Lors de la deuxième vague, en novembre 2020, près de 1.400 morts par semaine. Actuellement, alors que le pic de cette troisième vague semble dépassé, on compte à peine plus de 300 morts par semaine. Qui plus est, avec une mortalité toutes causes confondues, y compris Covid-19, nettement en dessous de celle des quatre dernières années. Il s'agit très clairement de situations complètement différentes, on ne meurt plus de Covid-19 en 2021 comme on en mourait en 2020. Et pourtant nos experts officiels (en tout cas ceux qu'on lit ou qu'on entend) n'ont pas changé d'un pouce leur discours obsessionnel, alarmiste, menaçant et punitif. Et nos autorités n'ont pas changé d'un pouce leur mesures dogmatiques, moyenâgeuses, coercitives, menaçantes, punitives. Les mêmes experts, le même discours, les mêmes interdictions, les mêmes contraintes, les mêmes menaces. J'ai l'impression que le gouvernement belge (mais il n'est pas le seul) n'a pas fait, si on me permet cette comparaison pas trop audacieuse, son Concile Vatican II. Il reste empêtré, entouré de ses experts, dans des positions inquisitoriales dignes, non pas de la Congrégation pour la doctrine de la foi (déjà trop moderne), mais de son prédécesseur, la Sacrée Congrégation du Saint-Office !

Je crois qu'il est grand temps que Monsieur Vandenbroucke et Monsieur De Croo, à qui reviennent la tâche difficile de naviguer entre Charybde et Scylla, enlèvent le bandeau qu'ils se sont laissés mettre sur les yeux par les experts, et se rendent compte que les monstres et leurs récifs sont derrière nous, et qu'on navigue maintenant dans une mer, certes houleuse, mais ouverte.

Daniel Rodenstein - Médecin retraité

Les experts et les autorités nous signalent que les hôpitaux sont sous pression, que les Soins intensifs sont au bord de la saturation, qu'il ne reste que quelques lits de libres, qu'on n'avait jamais vu quelque chose d'aussi préoccupant depuis octobre, ou novembre, ou décembre, c'est selon. Que les indicateurs augmentent (il y en a toujours l'un ou l'autre qui augmente), ou bien qu'ils ne diminuent pas, au pire qu'ils ne diminuent pas assez, ou pas assez vite, ou qu'ils restent sur un plateau élevé si pas trop élevé. Bref, on nous fait savoir qu'il faut avoir peur. On essaie par tous les moyens de nous convaincre qu'il faut encore et toujours rester terrés, tapis au fond de nos terriers avec la hantise du contact avec les autres humains, la crainte de l'épouvantable virus.Et cependant, un phénomène étrange a cours dans notre royaume, dont on ne parle pas. Ce phénomène devrait interpeller, attirer l'attention, motiver des commentaires, éveiller la curiosité, et pourtant rien, niets, nada. De quoi s'agit-il ?Des morts. Il s'agit des morts. En 2021, en pleine épidémie, dans notre petit royaume autrefois si paisible, il n'y a pas assez de morts. On est en déficit. Et pas peu ! Il nous manque jusqu'ici, depuis le 1er janvier, environ 2.500 morts ! On sait que chaque année il y a des enfants qui naissent et des gens qui meurent en Belgique. Même si on ne connaît pas chaque nouveau-né ni chaque mort, on connaît approximativement le nombre de naissances et de décès qu'il y aura sur une année quelconque. Schématiquement, on calcule ces nombres en faisant une moyenne des naissances et des décès des trois, ou quatre, voire cinq années qui précèdent. Ainsi on sait que, par rapport à la population, il y a en Belgique un peu moins de 1% de naissances et de 1% de décès chaque année. Pour 2020 on s'attendait à comptabiliser autour de 110.000 décès. Il y a eu 127.000 morts. On appelle ça une surmortalité, 17.000 morts excédentaires. Essentiellement dus à deux facteurs : l'épidémie de Covid-19 pour la plus grande partie, la canicule d'août 2020 pour 1.500 morts quand même. Depuis le 1er janvier 2021 jusqu'à fin mars 2021 la moyenne des décès 2017-2020 était de 31.510 morts, chiffres dès lors attendus pour 2021. Or, Statbel (site officiel de statistiques belges, https://statbel.fgov.be/fr/propos-de-statbel/que-faisons-nous/visualisations/mortalite) nous informe qu'il y a eu 28.926 morts en 2021 à la date du 31 mars, soit 2.584 morts de moins qu'attendu ! Ce n'est pas peu ! Une sous mortalité de 8.2% en pleine vague d'épidémie ! Et alors même que jour après jour, semaine après semaine on nous jette à la figure le nombre de morts de Covid-19 et on ne nous dit rien des autres morts. Comme si les morts de Covid-19 étaient d'une nature différente des autres morts qui ne sont pas morts de Covid-19. Alors, où sont passés les morts qui ne meurent pas en ce premier trimestre de 2021 ? Ces 2.584 personnes qui manquent dans les statistiques de mortalité ne sont pas devenues immortelles, non. Le plus probable c'est que ces 2.584 personnes sont décédées prématurément, en 2020, faisant partie de la surmortalité de cette année-là. Ces personnes seraient certainement décédées de toute façon en 2021. Cela est bien connu en épidémiologie, et s'appelle "effet moisson". Car les grandes épidémies comme les pandémies s'attaquent d'abord aux personnes affaiblies, malades, âgées, parmi lesquelles elles font grande mortalité, les abattant comme la moisson abat les blés mûrs. Ces personnes, au bout de leur parcours de vie, seraient quand même mortes quelques semaines voire quelques mois plus tard. La maladie n'a fait qu'avancer quelque peu la date. Il me vient trois commentaires devant ce phénomène. Le premier, la stupéfaction devant l'absence totale d'information sur cette paradoxale sous mortalité 2021 en pleine vague épidémique. Je n'ai rien lu ni rien entendu la dessus, alors qu'on décortique les faits liés au Covid-19 dans tous les sens. Loin de moi l'idée qu'on éviterait soigneusement de pointer cette sous mortalité pour ne pas affaiblir la peur qui doit nous bien conseiller. Quoique...Le deuxième, sur la gravité de l'épidémie et les effets des mesures prises à son encontre. La gravité d'une épidémie est approchée avec le moins d'incertitude en comptabilisant les morts excédentaires sur l'année. Cette façon d'évaluer la gravité d'une épidémie n'est pas parfaite, mais toutes les autres approximations sont entachées de davantage d'erreurs et d'incertitudes, tant en excès qu'en défaut, très difficiles et compliquées à évaluer et à corriger. Si on décompte l'effet moisson 2021 de la mortalité 2020, ce ne sont pas 17.000 morts excédentaires que l'épidémie a provoqué, mais 2.500 de moins. Et si on décompte l'effet canicule, la surmortalité qu'on pourrait attribuer à l'épidémie tombe à 13.000, 11,8% d'excès par rapport aux décès attendus. Sans être du tout négligeable, et sans aucunement réduire les morts à des chiffres, il me paraît légitime de se demander si les désastreux effets des mesures de paralysie de la société que nos autorités nous ont imposées, et qu'elles essayent encore de nous imposer, se justifient pleinement devant l'ampleur somme toute loin d'être catastrophique de l'épidémie ainsi mesurée, une fois l'effroi initial passé.Le troisième commentaire concerne la situation actuelle. Selon l'Organisation mondiale de la santé (https://covid19.who.int/region/euro/country/be) au plus fort de la première vague, en avril 2020, il y avait en Belgique plus de 1.900 morts par semaine. Lors de la deuxième vague, en novembre 2020, près de 1.400 morts par semaine. Actuellement, alors que le pic de cette troisième vague semble dépassé, on compte à peine plus de 300 morts par semaine. Qui plus est, avec une mortalité toutes causes confondues, y compris Covid-19, nettement en dessous de celle des quatre dernières années. Il s'agit très clairement de situations complètement différentes, on ne meurt plus de Covid-19 en 2021 comme on en mourait en 2020. Et pourtant nos experts officiels (en tout cas ceux qu'on lit ou qu'on entend) n'ont pas changé d'un pouce leur discours obsessionnel, alarmiste, menaçant et punitif. Et nos autorités n'ont pas changé d'un pouce leur mesures dogmatiques, moyenâgeuses, coercitives, menaçantes, punitives. Les mêmes experts, le même discours, les mêmes interdictions, les mêmes contraintes, les mêmes menaces. J'ai l'impression que le gouvernement belge (mais il n'est pas le seul) n'a pas fait, si on me permet cette comparaison pas trop audacieuse, son Concile Vatican II. Il reste empêtré, entouré de ses experts, dans des positions inquisitoriales dignes, non pas de la Congrégation pour la doctrine de la foi (déjà trop moderne), mais de son prédécesseur, la Sacrée Congrégation du Saint-Office ! Je crois qu'il est grand temps que Monsieur Vandenbroucke et Monsieur De Croo, à qui reviennent la tâche difficile de naviguer entre Charybde et Scylla, enlèvent le bandeau qu'ils se sont laissés mettre sur les yeux par les experts, et se rendent compte que les monstres et leurs récifs sont derrière nous, et qu'on navigue maintenant dans une mer, certes houleuse, mais ouverte. Daniel Rodenstein - Médecin retraité