Depuis son lancement le 30 septembre, 2 534 000 personnes ont installé l'application Coronalert en Belgique. Les responsables de l'app s'étaient donné comme premier objectif d'atteindre un taux de téléchargement de 15% et la Belgique se situe pour l'instant à plus de 20%. Ce chiffre représente 28% des utilisateurs de smartphone.
...

Depuis son lancement le 30 septembre, 2 534 000 personnes ont installé l'application Coronalert en Belgique. Les responsables de l'app s'étaient donné comme premier objectif d'atteindre un taux de téléchargement de 15% et la Belgique se situe pour l'instant à plus de 20%. Ce chiffre représente 28% des utilisateurs de smartphone. Malgré cette proportion relativement élevée d'utilisateurs, Coronalert semble avoir un impact réduit dans la lutte contre l'épidémie. Le 26 janvier 2021, 17.700 personnes testées positives au coronavirus ont utilisé Coronalert pour avertir leurs contacts, selon les derniers chiffres disponibles sur le site Tracing against corona. À cette date, la Belgique comptait 701 988 cas confirmés au coronavirus, cela signifie que seuls 2,52% des personnes infectées ont transmis leur résultat positif dans l'application.Pour rappel, l'application utilise la technologie Bluetooth et l'échange de "codes aléatoires" anonymes. Elle enregistre automatiquement ces codes aléatoires anonymes émis par les téléphones de personnes avec qui l'utilisateur a été en contact étroit, et sur lesquels l'app est également installée. Elle enregistre la distance entre le téléphone de l'utilisateur et celui de ces autres utilisateurs de l'app, ainsi que la durée de tout contact étroit entre son téléphone et celui de l'autre utilisateur."Ils oublient tout simplement"En novembre dernier, Karine Moykens, présidente du comité interfédéral Testing & Tracing, tentait d'expliquer au Vif pourquoi si peu de personnes transmettent leur résultat positif. "Je constate que parfois les gens sont tellement perturbés d'avoir été testés positifs, alors qu'ils ne s'y attendaient pas, qu'ils oublient tout simplement l'application", avançait-elle.Aussi soulignait-elle l'importance de transmettre ces résultats. "Pensez à avertir les gens, c'est important. C'est la raison pour laquelle vous avez installé l'application". Malgré cet appel pressant, la situation n'a pas beaucoup évolué et très peu de personnes infectées utilisent correctement l'application.Une démarche compliquée ?"Il y a toujours des encodages qui se font mal", admet Axel Legay, professeur à l'UCLouvain et l'un des concepteurs de l'application, interrogé par le quotidien l'Echo. "Certains utilisateurs imaginent aussi, à tort, que la liaison entre le test et l'application va se faire automatiquement." Les concepteurs de Coronalert affirment que le design de l'app n'est pas en cause, même si pour les utilisateurs la démarche peut paraître compliquée. Ainsi, ils doivent accorder deux autorisations : l'une à l'app Coronalert et l'autre à Google ou Apple, une requête de l'Autorité de la protection des données. De plus, comme le constate l'Echo, les utilisateurs de smartphones Android doivent activer leur Bluetooth, mais aussi la localisation, deux technologies qui accélèrent le déchargement de la batterie. Début janvier, l'app avait également souffert d'une série de problèmes techniques. De nombreux utilisateurs ne recevaient données actualisées de ce qu'on appelle les 'contrôles d'exposition'. Les problèmes étaient dus au couplage avec 10 autres pays européens, un système qui permet d'enregistrer également les contacts à l'étranger.Pour renforcer l'utilisation de l'app, il faut miser sur la communication, estime Axel Legay qui estime que les membres du Comité de concertation devraient communiquer sur l'importance stratégique de Coronalert. Ainsi, la réouverture des salons de coiffure aurait été un moment propice pour rappeler l'importance de l'app.Inquiétudes sur la vie privée De nombreux pays ont déployé des applications de traçage, comme TousAntiCovid en France, avec des succès variés à cause principalement d'inquiétudes sur le respect de la vie privée. Ainsi Singapour avait lancé "TraceTogether", un programme de traçage des personnes en contact avec des malades du Covid-19 téléchargeable sur smartphone ou fonctionnant avec un boîtier dédié, en promettant de n'utiliser les données que pour la lutte contre la pandémie. Cependant, les autorités singapouriennes ont suscité l'indignation et la colère début janvier en admettant que les données recueillies pouvaient être consultées par la police dans le cadre d'enquêtes judiciaires et que cela avait été le cas pour une enquête sur un meurtre. Les députés ont fini par voter une loi limitant, sans les interdire totalement, les possibilités pour la police d'accéder à ces données dans sept types d'affaires criminelles dont la possession d'armes à feu, le terrorisme et le viol.