Faut-il limiter les déplacements non-essentiels, singulièrement entre pays européens, pour lutter contre les nouvelles variantes de la Covid? La question est au coeur des tractations politiques actuelles, alors que l'inquiétude croît au sujet de la capacité des nouvelles variantes du virus à se répandre. Et elle est potentiellement sensible car elle met deux logiques face à face: celle visant à garantir la liberté de circulation, un des piliers de l'Union européenne, et celle consistant à mettre la protection de la santé au-dessus de tout.
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Faut-il limiter les déplacements non-essentiels, singulièrement entre pays européens, pour lutter contre les nouvelles variantes de la Covid? La question est au coeur des tractations politiques actuelles, alors que l'inquiétude croît au sujet de la capacité des nouvelles variantes du virus à se répandre. Et elle est potentiellement sensible car elle met deux logiques face à face: celle visant à garantir la liberté de circulation, un des piliers de l'Union européenne, et celle consistant à mettre la protection de la santé au-dessus de tout.Le Conseil des ministres restreint (kern) s'est réuni ce matin pour baliser la discussion. La patate chaude est renvoyée au Comité de concertation, programmé vendredi à moins qu'il ne soit avancé vu l'urgence d'agir. Mais les ministres fédéraux proposent de resserrer la vis autour des déplacements non-essentiels et d'imposer la quarantaine et le test à partir d'un séjour de moins de 16 heures hors de notre pays. Avant cela, une concertation européenne s'impose.Depuis la semaine passée, la proposition d'une fermeture des frontières a été mise sur la table par des experts et certains politiques étaient sensibles à leurs arguments. Ainsi, le ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke (SP.A), ne l'excluait pas, du moins voulait-il qu l'on prenne des mesures pour "maintenir autant que possible les variantes étrangères du coronavirus en dehors des frontières". Tout en sachant que ce ne serait pas une décision facile. "Nous ne sommes pas fermés a priori à des mesures qui restreindraient la circulation des citoyens, appuyait le vice-Premier PS, Pierre-Yves Dermagne. Nous n'avons pas de tabou en la matière. Mais de telles décisions ne peuvent pas être séparées d'une discussion précise sur les risques liés aux variants et sur l'état sanitaire général." La ministre de l'Intérieur, Annelies Verlinden (CD&V), insistait quant à elle sur la nécessité de se concerter au niveau européen. Les libéraux, eux, sont plus réticents à prendre une telle mesure. Le Premier ministre, Alexander De Croo (Open VLD), n'y est guère favorable, dit-on. Les positions des uns et des autres s'expliquent, comme sur la réouverture des métiers de contact, autant par des divergences politiques que par des options liés à la fonction: un ministre de la Santé, par essence, défendra une vision davantage sanitaireSophie Wilmès, vice-Première MR en charge des Affaires étrangères, appelle concrètement à une meilleure coordination européenne. C'est ce qu'elle a souligné lundi, suite à un Conseil des affaires générales tenu lundi avec ses homologues par visioconférence."Face à l'émergence de variantes du virus, il est non seulement indispensable d'accélérer la campagne de vaccination dans toute l'Europe mais, également, d'agir de manière coordonnée en ce qui concerne les mesures de lutte contre le COVID-19 liées à la liberté de circulation, souligne Sophie Wilmès. En effet, nous aurions beaucoup à gagner à harmoniser le plus possible nos règles d'accès au territoire en terme de dépistage ("testing") et d'obligation de quarantaine, par exemple. Les vacances de Carnaval arrivant, la question de la politique d'accès aux stations de ski (hôtels, locations, remontées mécaniques, ...) nous concerne tous. J'espère que, là aussi, l'approche suivie sera à la hauteur des difficultés qui se posent à nous." Un Conseil européen est programmé jeudi sur le sujet. Au niveau des Vingt-Sept, des sensibilités différentes existent, en plus de réalités sanitaires inégales, et le débat promet là aussi d'être épineux.Lors de la première vague du coronavirus, au printemps, la Belgique avait fâché plusieurs pays européens en décidant de mettre en zone rouge des régions d'autres pays, interdisant de facto nos compatriotes à s'y rendre - même si les contrôles n'ont jamais été vraiment effectifs. "La Belgique, gouvernée par un comité politico-sanitaire, poursuit sa folle politique de fermeture des frontières, fustigeait notamment le journaliste français Jean Quatremer.La libre circulation, rappelait-on alors, est un des piliers du projet européen. Voici ce que l'on peut en lire sur le site du parlement européen : "La liberté de circulation et de séjour des personnes dans l'Union constitue la pierre angulaire de la citoyenneté de l'Union, qui a été instaurée par le traité de Maastricht en 1992. La suppression progressive des frontières intérieures en application des accords de Schengen a été suivie par l'adoption de la directive 2004/38/CE relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement au sein de l'Union."L'évolution préoccupante du virus appelle des mesures, mais les pays européens tentent d'agir en malmenant moins durement cet idéal.