Même si la situation devient chaque jour un peu plus inquiétante, il semble prématuré d'attendre un accord sur le baromètre déterminant les mesures à prendre en fonction de l'évolution de l'épidémie de coronavirus en Belgique, apprend-on ce matin de source gouvernementale. Le système ne serait pas encore au point et il n'entre pas dans les intentions des gouvernements de le lancer pour devoir ensuite rapidement l'ajuster.
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Même si la situation devient chaque jour un peu plus inquiétante, il semble prématuré d'attendre un accord sur le baromètre déterminant les mesures à prendre en fonction de l'évolution de l'épidémie de coronavirus en Belgique, apprend-on ce matin de source gouvernementale. Le système ne serait pas encore au point et il n'entre pas dans les intentions des gouvernements de le lancer pour devoir ensuite rapidement l'ajuster. Annoncé il y a déjà plus de deux semaines, le fameux baromètre avait déjà obtenu un délai de 15 jours après la présentation d'une première mouture jugée trop floue par Wilmès. Dans cette nouvelle copie, peu de choses auraient cependant été radicalement modifiées, selon le Soir. On aurait simplement changé certains aspects. Par exemple les niveaux des seuils des contaminations et hospitalisations qui détermineront la couleur attribuée à chaque province. Une autre modification pourrait être l'ajout d'un nouveau niveau, le noir. Ce dernier pourrait impliquer un nouveau confinement dans certaines parties du pays. La couleur rouge pourrait être aussi plus restrictive et obligerait à limiter sa bulle à une seule personne. Si les couleurs ne faisaient plus débat, ce ne seraient pas le cas des mesures qui y sont liées, avait laissé entendre en matinée l'ex-ministre Nathalie Muylle (CD&V). Au niveau fédéral, et bien que Frank Vandenbroucke (SP.A), le tout nouveau ministre de la Santé, a rencontré dès dimanche matin le Premier ministre Alexander De Croo (Open Vld) et quelques experts afin de s'accorder sur la façon dont ce gouvernement allait s'attaquer à la crise du Corona, on reste prudent. Tout au plus sait-on que le ministre de la Santé et le Premier ministre comptent s'attaquer à la crise d'une manière différente de celle du gouvernement précédent. De Croo: "Dans le passé, on annonçait trop souvent des choses qui n'étaient pas claires, ce qui rendait les gens encore plus confus. Je veux éviter cela. Chacun doit comprendre ce que l'on attend de lui".Frank Vandenbroucke ne cache cependant pas que la situation est grave. Dimanche, il s'est dit même "très inquiet" de l'augmentation rapide du nombre d'infections tout en précisant qu'il n'y avait pour l'instant aucune "raison de paniquer", même si "les chiffres vont vraiment dans le mauvais sens". Sur RTL, Vandenbroucke a même conseillé aux citoyens d'avoir des contacts étroits avec un maximum de trois personnes, avant de revenir sur ses propos. "Il s'agissait d'un "bon conseil" plutôt que d'une mesure décidée" a-t-il pris la peine de préciser. Les mesures officielles "suivront de toute façon dans les prochains jours", toujours selon M. Vandenbroucke.Au-delà du baromètre, une autre question importante est également de savoir avec quels experts Vandenbroucke et De Croo vont façonner la politique Corona de ce gouvernement.Une question d'autant plus floue depuis le grand jeu de chaise musicale qui a eu lieu au sein du Celeval, l'organe consultatif qui conseille le Conseil de sécurité nationale, au début du mois de septembre. A vrai dire, personne n'a vraiment compris pourquoi le Celeval, avait à ce point été remodelé. Il compte désormais moins de virologues et plus de partisans de mesures plus souples. La logique qui sous-tend les décisions du Conseil national de sécurité a pourtant longtemps été simple : plus il y avait des cas de covid confirmés, plus les mesures étaient strictes et plus le pays était confiné. Cette logique a brutalement changé le 23 septembre. Pour la première fois, malgré des indicateurs clés à la hausse, le Conseil de sécurité va décider d'assouplir les règles. Au grand mécontentement de nombreux experts qui étaient derrière la gestion de la crise depuis des mois.Cette volte-face est due au fait que le Celeval a été revu en profondeur au début du mois de septembre. Ce Celeval 2.0 a dû élaborer des recommandations politiques qui ne visaient plus à "aplatir la courbe" mais à "apprendre à vivre avec le virus". Après tout, ce qui était au départ une crise sanitaire aiguë s'est entre-temps transformé en un problème sociétal majeur. La crise s'installant dans la longueur, on se devait d'avoir une vision plus large de la pandémie. Le Celeval devait devenir davantage un groupe capable d'évaluer les conséquences des mesures pour la société.Le résultat de ce remaniement a été, entre autres, que certains des plus grands - et des plus ardents défenseurs - des mesures strictes ont été écartés. Le biostatisticien Geert Molenberghs et les épidémiologistes Pierre Van Damme et Tinne Lernout (Sciensano) ont quitté le navire, les virologues Marc Van Ranst et Steven Van Gucht (Sciensano) sont passés au second plan. Un siège a été prévu pour l'ancien patron de BePost Johnny Thijs et pour la porte-parole du secteur événementiel Vinciane Morel. L'économiste de la santé Lieven Annemans (UGent/VUB) a également rejoint le groupe. Ces dernières semaines, ce dernier a été violemment critiqué de toutes parts pour sa vision de l'épidémie et son rôle au sein de Celeval. Il a pourtant rejoint le Celeval à la demande de De Block. "Elle m'a en effet téléphoné pour me dire : "Nous sommes d'accord avec votre vision plus large" et m'a chargé de la mettre au point dans le cadre du Celeval réformé" dit-il ainsi dans De Morgen. Avec moins de "resserreurs de vis " et plus de personnes qui voient le salut dans des mesures plus souples, "c'est comme si on avait mis dans la cellule d'évaluation des personnes qui diraient toujours ce que les politiciens veulent entendre, à savoir que les mesures peuvent être aussi souples que possible" précise Van Ranst.Pour De Block, il s'agissait surtout de ne pas trop décourager la population. "Vous pouvez toujours prendre des mesures aussi strictes que possible, mais si elles ne sont pas respectées, cela ne vous sert pas à grand-chose". Pedro Facon, directeur général des soins de santé au SPF Santé publique dit-lui que "la tactique du bâton, c'est-à-dire un verrouillage complet, a été cruciale, mais elle ne permet pas de maintenir un pays pendant des mois et des mois sans causer de graves dommages dans d'autres domaines". "Cette décision de remaniement était donc légitime. Il est très difficile qu'au moment où vous élaborez une telle vision à long terme, l'épidémie recommence, comme elle l'a fait jusqu'à présent". Peut-être, mais élaborer une vision à long terme est plus compliqué qu'il n'y paraît disent certains experts. En supprimant le poids de l'expertise biostatistique et en virologie, fait que des personnes qui n'en savent pas beaucoup sur le sujet sont autorisées à voter sur certaines questions essentielles. Avec pour résultat que, dans le Celeval nouvelle mouture, il existe aujourd'hui trop peu de distinction entre l'"analyse des risques" - qui est généralement le fait des virologues, des biostatisticiens et des épidémiologistes - et la "gestion des risques", c'est-à-dire la traduction concrète de ces analyses en mesures. De l'aveu même de Facon, il serait donc plus judicieux que les analyses soient effectuées par des personnes comme Molenberghs et co et qu'ensuite seulement le Celeval pourrait étudier la manière d'intégrer cela dans des recommandations politiques qui tiennent compte de tous les aspects sociaux. Un avis qui risque de peser puisqu'il vient d'être proposé comme "commissaire corona". Selon nos confrères du Soir, Pedro Facon sera proposé comme commissaire coronavirus lors d'un comité de concertation qui se réunit ce mardi à 14 heures. Pedro Facon est l'actuel directeur général "Soins de santé" au SPF Santé publique. Il occupe ce poste depuis 2017. Selon nos confrères de Het Laatste Nieuws, sa nomination ne fait aucun doute.Il a occupé des postes de recherche, d'enseignement, de conseil et de gestion à l'Institut de gestion publique (KULeuven), à l'Institut national d'assurance maladie et invalidité et au cabinet de Maggie De Block lorsqu'elle était ministre de la Santé. Le rôle du commissaire corona figure dans l'accord de gouvernement Vivaldi. Il est nommé "afin d'assurer la coordination des politiques de santé entre le niveau fédéral et les entités fédérées." Il aura une mission d'un an, renouvelable pour six mois. Toujours selon nos confrères du Soir, une adjointe a également été proposée. Il s'agit de Carole Schirvel, médecin hygiéniste au Chirec.