Même si la tendance à la baisse du nombre d'hospitalisations se poursuit, la virologue Erika Vlieghe craint toujours les effets du déconfinement, amorcé début mai. Elle rappelle que le GEES avait demandé qu'il y ait au moins quinze jours entre chaque série d'assouplissements, mais que le gouvernement a préféré instaurer une semaine d'intervalle entre chaque assouplissement. "Je suis toujours inquiète, surtout à propos de l'effet de l'élargissement des contacts humains, de ladite règle de quatre personnes", confie-t-elle au Morgen.
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Même si la tendance à la baisse du nombre d'hospitalisations se poursuit, la virologue Erika Vlieghe craint toujours les effets du déconfinement, amorcé début mai. Elle rappelle que le GEES avait demandé qu'il y ait au moins quinze jours entre chaque série d'assouplissements, mais que le gouvernement a préféré instaurer une semaine d'intervalle entre chaque assouplissement. "Je suis toujours inquiète, surtout à propos de l'effet de l'élargissement des contacts humains, de ladite règle de quatre personnes", confie-t-elle au Morgen.Elle revient également sur la décision d'autoriser les propriétaires de secondes résidences à s'y déplacer. À l'origine, cet assouplissement devait faire partie d'une série de mesures plus globales sur le tourisme. En soi, la décision ne la dérange pas, "tant qu'on ne forme pas de nouveau foyer du virus. Si vous pouvez garantir cela à la côte, je suis satisfaite Mais cela donne l'impression que vous voulez servir plus rapidement les propriétaires de secondes résidences que les autres", dit-elle.Nommée coordinatrice nationale pour Ebola en 2014, Erika Vlieghe savait déjà un peu où elle allait mettre les pieds. Depuis, les investissements en soins de santé ont encore diminué, et elle a l'impression que les compétences en matière de santé sont encore plus éparpillées, même si vu l'ampleur de la crise, elle est à présent confrontée à tous les niveaux de pouvoir. Elle cite l'interview de Pedro Facon, le directeur général du SPF Santé publique, paru dans le quotidien De Morgen, le 19 mai dernier. Ce dernier avait expliqué que les niveaux de pouvoir en Belgique adoptaient des stratégies de tests différentes. Ainsi, les hôpitaux psychiatriques dépendent du niveau fédéral alors que les maisons de soins psychiatriques (MSP) dépendent de la Région. Comme en pratique certains hôpitaux psychiatriques et MSP sont rassemblés dans un seul bâtiment, cela signifie qu'il y a des établissements où la stratégie de tests diffère d'un couloir à l'autre."Une répartition hallucinante du pouvoir""Ce n'est qu'un aspect de la répartition hallucinante du pouvoir dans ce pays. Personne ne peut encore s'y retrouver. En soi, ce n'est pas un drame de travailler avec des personnes de différents niveaux, la plupart des employés sont très dévoués, mais cela a un effet paralysant. Il faut tellement de temps avant qu'une décision ne soit prise", déclare-t-elle.Elle explique qu'au sein du GEES elle conseillait les différentes instances, et que chaque fois qu'elle faisait une recommandation, elle demandait qui était responsable de la "boîte", mais personne ne tranchait. "Tout le processus décisionnel était complexe, il s'est déroulé sans sentiment d'urgence, alors qu'en cas de crise, il faut agir très rapidement. Si nous n'avons pas connu de situations italiennes, où des gens sont morts dans le couloir de l'hôpital, ce n'est pas grâce au système. Au contraire, les efforts des individus nous ont sauvés. Le système est vermoulu. Et ça ne marche pas"Elle revient également sur les nombreuses critiques quant à l'approche de la crise. Ainsi, pour le virologue Marc Wathelet, les skieurs venus d'Italie du Nord auraient dû immédiatement être mis en quarantaine. "C'était hors de question. À l'époque, cependant, contrairement aux directives officielles du Risk Management Group, nous avons testé les skieurs en masse. La ligne directrice était la suivante : 'Vous ne testez que les personnes qui ont été dans les onze villages du nord de l'Italie où Covid-19 a été repéré'. Mais dans mon hôpital (NDLR : l'hôpital universitaire d'Anvers), j'ai dit : 'Nous faisons des tests plus larges. Après une semaine de dur labeur, ces Italiens du Nord venaient se divertir dans les grandes stations de ski. Naturellement, ils sont entrés en contact avec des skieurs belges.'Erika Vlieghe défend la méthode de recensement parfois critiqué du gouvernement belge, qui consiste à reprendre tous les décès suspects dans les chiffres officiels. Dans les comparaisons internationales, toute nuance disparaît : "Belgium worst of the world". On n'arrive plus à rétablir une phrase comme celle-là. Mais d'un point de vue intellectuel, ce n'est pas mal ce que nous faisons : une grande partie des victimes non prouvées de Covid-19 sont mortes de la maladie".Elle insiste que la Belgique est passée à côté d'une plus grande catastrophe encore. "Entre-temps, la plus grande calamité semble être derrière nous : tout le monde recommence à pleurnicher, et surtout sur les plus petits détails. Les gens ne se rendent pas compte que nous sommes passés par le chas de l'aiguille dans notre pays. Nous avons uni nos forces pour éviter le désastre".Une intrusion brutale Pour elle, la pandémie n'est pas une vengeance de la nature, mais une conséquence de l'intrusion brutale de l'humain dans le biotope animal. "Nous avons d'étranges contacts avec les animaux : nous les rassemblons en grands groupes, nous les élevons, nous les mangeons. Il n'est pas surprenant que nous ayons de plus en plus à faire face à des virus qui proviennent d'animaux. On ne les laisse pas tranquilles dans leur jungle ou leur savane, on leur enlève leur espace", estime-t-elle. Elle craint que ce ne soit pas la dernière fois que nous ayons à faire face à un tel virus.