Au temps du confinement, la peur de la maladie, avivée par l'accélération de l'épidémie dans l'Italie si proche, a contribué à l'adhésion aux mesures de prévention. Leur radicalité favorisait leur compréhension. Leur compréhension facilitait leur acceptation. La préoccupation économique ne concurrençait pas encore l'urgence sanitaire. Et la privation de libertés était tolérée parce que temporaire et justifiée par la valeur suprême de la vie. En plus, une Première ministre s'affirmait comme capitaine dans la tempête. Parfois critiquée sur la forme, sa voix était néanmoins écoutée.
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Au temps du confinement, la peur de la maladie, avivée par l'accélération de l'épidémie dans l'Italie si proche, a contribué à l'adhésion aux mesures de prévention. Leur radicalité favorisait leur compréhension. Leur compréhension facilitait leur acceptation. La préoccupation économique ne concurrençait pas encore l'urgence sanitaire. Et la privation de libertés était tolérée parce que temporaire et justifiée par la valeur suprême de la vie. En plus, une Première ministre s'affirmait comme capitaine dans la tempête. Parfois critiquée sur la forme, sa voix était néanmoins écoutée. Au temps du déconfinement, le sentiment de soulagement s'est vite heurté à la pesanteur des contraintes, indispensables dans cet entre-deux entre crise et pas vraiment sortie de crise, et à la complexité de la réponse politique, voulue progressive et ciblée pour prévenir une rechute. La pressante raison économique a pris le pas sur les nécessités médicales. Et pour conjuguer les deux objectifs, les mesures barrières se sont étendues. On croyait recouvrer sa pleine liberté et on a dû déchanter. La privation n'était pas aussi radicale que sous le confinement mais s'est révélée moins soutenable et, la disparition de la peur aidant, moins comprise. Et puis, la voix de la Première ministre s'est peu à peu trouvée en concurrence avec celles des ministres-présidents des entités fédérées. Pour la relation entre les décideurs et la popu- lation, la phase dans laquelle nous sommes entrés depuis l'été, caractérisée par une reprise des infections et un durcissement concomitant des mesures de prévention, exacerbe les tendances observées pendant le déconfinement. La méfiance (envers les autorités) et l'incompréhension (à l'égard des mesures qu'elles prennent) grandissent. On en a vu les effets à la côte à propos de l'accès aux plages, à Anvers au sujet du couvre-feu, à Bruxelles en regard du port généralisé du masque. En outre, la Première ministre s'est mise en retrait. L'attention politique s'est déplacée vers la formation, encore très hypothétique, de l'équipe de son (sa) successeur(e). Et la prise de décision s'est dispersée entre niveaux de pouvoir, bourgmestres, gouverneurs, Régions avec son lot d'imprécisions, d'incohérences et d'ajustements a posteriori. L'équilibre entre liberté et protection en a pâti. Pour autant, le pays n'est pas encore au bord de l'éruption, ni même de la crise de nerfs. Les incidents à Blankenberge sont restés limités. Le port du masque en Région bruxelloise est majoritairement respecté. Et la manifestation organisée dans la capitale contre la " dictature " des scientifiques n'a rassemblé que quelques centaines de personnes. Il serait néanmoins irresponsable d'ignorer que la population peine de plus en plus à adhérer aux dispositions prises pour contenir l'épidémie et que celles-ci, par leur durée, leur multiplication et les doutes sur leur proportionnalité, sont de plus en plus questionnées, et questionnables selon Unia, l'institution publique indépendante de lutte contre la discrimination. Avec la rentrée économique menaçante annoncée, ce tableau justifie amplement d'avoir à nouveau un(e) capitaine à la barre du navire Belgique.