Depuis l'introduction de la loi de 1996, le Conseil central de l'écono mie établit tous les deux ans une norme salariale, fonction de l'in flation prévue et de la progression attendue des salaires en France, en Allemagne et aux Pays-Bas. Que cette marge soit imposée par un Accord interprofessionnel oupar le gouvernement fédéral, un...

Depuis l'introduction de la loi de 1996, le Conseil central de l'écono mie établit tous les deux ans une norme salariale, fonction de l'in flation prévue et de la progression attendue des salaires en France, en Allemagne et aux Pays-Bas. Que cette marge soit imposée par un Accord interprofessionnel oupar le gouvernement fédéral, une ten dance se dégage: l'augmentation effective des salaires se situe sys tématiquement sous cette norme, même lorsqu'elle n'était qu'indi cative, jusqu'à sa révision en 2017. Les salaires belges ont donc pro gressé encore moins vite, depuis un quart de siècle, que ce qu'au torisait le mécanisme introduit pour les limiter. Cette modération salariale bien réelle, norme ou pas, accompagne une tendance : la part des revenus du travail par rapport à ceux du capital dans la richesse produite chaque année diminue. Cette part salariale représente la proportion de ce que le travailleur touche (impôts et cotisations com pris) par rapport à la richesse qu'il produit, le reste rétribuant les pro priétaires du capital. Proche des deux tiers dans les années 1960 et 1970, elle n'est plus que de 55 %, selon les calculs de l'économiste Bruno Bauraind (Gresea - Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative). La crise financière de 2008 a un temps atté nué la trajectoire, mais elle est, pour la Belgique, repartie à la baisse depuis plusieurs années. Certains chercheurs, qui emploient d'autres méthodes de calcul, estiment même que la part salariale dans la valeur ajoutée est aujourd'hui passée sous les 50 %.