Pendant un moment les politiciens ont cru qu'ils pouvaient snober les experts. Qu'ils n'étaient que de gentils conseillers qui n'offraient qu'un avis poli et aidaient à faire passer leur message à la population. Mais cette douce illusion n'a tenu qu'un temps. Les choses ont très rapidement été remises à plat: si les décisions n'avaient pas l'aval des experts, cela pouvait vite finir en bataille rangée ou le grand perdant était, à coup sûr, le gouvernement puisqu'il y perdrait beaucoup de sa crédibilité.
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Pendant un moment les politiciens ont cru qu'ils pouvaient snober les experts. Qu'ils n'étaient que de gentils conseillers qui n'offraient qu'un avis poli et aidaient à faire passer leur message à la population. Mais cette douce illusion n'a tenu qu'un temps. Les choses ont très rapidement été remises à plat: si les décisions n'avaient pas l'aval des experts, cela pouvait vite finir en bataille rangée ou le grand perdant était, à coup sûr, le gouvernement puisqu'il y perdrait beaucoup de sa crédibilité. Le fait que le Conseil national de sécurité ait dû se réunir prématurément, alors qu'il y en avait déjà eu un quatre jours plus tôt, est la preuve que le gouvernement a dû changer de cap rapidement. Pendant des jours, il a semblé que l'équipe de Wilmès ne comprenait pas la gravité de la situation et qu'elle ignorait les nombreux avertissements des scientifiques parce qu'elle avait peur de prendre des mesures impopulaires. La pression a augmenté jour après jour. "Cela ressemblait à une attaque de panique collective parce que nous ne prenions soi-disant pas de mesures suffisantes", explique une source politique de haut niveau dans De Morgen.Le flux incessant de messages inquiets des virologues a été perçu comme "énormément ennuyeux", dit-on dans les milieux gouvernementaux. "D'autant plus que certains d'entre eux ne sont pas sur la touche. Ils se couvrent juste au cas où les choses tournent mal". Lorsque Bart De Wever, dans une interview avec Het Laatste Nieuws, annonce qu'il "regrette" l'échec de la réduction de la bulle sociale, le chaos est complet. La N-VA ne faisait-elle pas partie du Conseil de sécurité ? Et si De Wever exhorte le niveau fédéral à être plus décisif, l'accusation résonne aussi dans la direction opposée.Si pour expliquer cette volte-face, certains, comme Maggie De Block (Open VLD), avancent des explications pragmatiques comme "les chiffres de la semaine augmentent ", la vérité c'est qu'ils n'ont pas vraiment eu beaucoup le choix. Comme le précise le vice-premier ministre David Clarinval (MR) "Nous ne voulons pas que les virologues nous critiquent à nouveau publiquement. Cette situation est préjudiciable au soutien des mesures. Alors nous leur donnons tout. Nous espérons ainsi une communication sans ambiguïté". Cette approche fait désormais l'objet d'un large consensus parmi les politiciens.La reculade des politiques ne s'est pas limitée à un certain empressement, elle se traduit aussi dans les nouvelles mesures. "Ce sont des mesures très, très strictes", a déclaré Wilmès. "Tous les efforts ont été faits pour éviter un blocage général. Les scientifiques disent que c'est suffisant. Nous ne voulons pas aplatir la courbe, nous voulons l'arrêter". En proposant de limiter la bulle de contact à cinq personnes par famille jusqu'à la fin août la Première ministre Sophie Wilmès (MR) n'a fait que suivre les recommandations des experts du Celeval (la cellule d'évaluation du Conseil National de Sécurité, NDLR) et elle ne s'en cache pas. C'est même plutôt le contraire, puisque la Première ministre a fait de nombreuses fois référence aux scientifiques lors de sa conférence de presse lundi, tout comme ses collègues politiques par la suite.Rien que cette limitation à cinq montre l'ampleur de la victoire des experts. Alors que jeudi, les experts se seraient satisfaits de dix contacts, lundi ils en ont demandé et obtenu 5 et, de plus, non plus par personne, mais par famille. On peut aussi voir la main des experts dans la durée de la mesure ( 4 semaines), tout comme la décision de limiter à 10 le nombre de personnes présentes aux mariages ou aux fêtes d'anniversaire. "C'est une décision très difficile pour nous tous, mais les virologues disent que nous devions absolument faire quelque chose dans ce domaine. Plusieurs groupes d'infections sont apparus lors des mariages" a précisé Wilmès.L'effort a en tout cas été apprécié et les experts se sont à nouveau regroupés derrière le gouvernement. "Si tout le monde s'y tient, nous aurons à nouveau le virus sous contrôle dans quatre semaines", a déclaré l'épidémiologiste Pierre Van Damme (UAntwerp) sur VTM. Le biostatisticien Geert Molenberghs (UHasselt) a lui aussi réagi positivement. "Une bulle fixe est une très grande différence par rapport à une bulle en constante évolution", a-t-il déclaré à la VRT. "C'est ce dont nous avions besoin", a ajouté M. Van Ranst à Terzake. Un changement de ton par rapport à la semaine dernière ou il y a eu une véritable levée de boucliers face au maintien de la bulle de 15 personnes par personne et par semaine."Nous sommes allés très loin. Normalement assez loin pour ne rien avoir à faire dans les prochains jours et semaines. Mais si nous constatons que l'épidémie continue à évoluer de manière inattendue dans la mauvaise direction, nous devrons peut-être prendre encore plus de mesures" a encore prévenu Wilmès qui a rajouté que l'effet des mesures sur les chiffres ne sera visible que dans quelques semaines. "C'est très difficile pour le moral. L'objectif est de pouvoir commencer la nouvelle année scolaire en septembre avec des chiffres normalisés. Et, bien entendu, l'aval des experts.