L'escalade militaire se poursuit entre le gouvernement israélien et le Hamas. Les tensions sont fortes en Israël même, entre Juifs et Arabes. Le conflit, réveillé de sa léthargie alors qu'il pourrissait sur pied durant la pandémie, produit de fortes secousses sur la scène politique belge.
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L'escalade militaire se poursuit entre le gouvernement israélien et le Hamas. Les tensions sont fortes en Israël même, entre Juifs et Arabes. Le conflit, réveillé de sa léthargie alors qu'il pourrissait sur pied durant la pandémie, produit de fortes secousses sur la scène politique belge.C'est le reflet d'au moins trois éléments structurels, qui n'ont cesse de pourrir le débat entre les partis, singulièrement à Bruxelles: la lutte à gauche et le positionnement problématique d'Ecolo (illustré par la "maladresse" de sa coprésidente Rajae Maouane), le discours tranché des libéraux version Georges-Louis Bouchez et la difficulté de tenir des échanges sereins sur la question du communautarisme.Le débat à la Chambre lors des questions d'actualité, mercredi après-midi, a témoigné de la terrible lutte qui se joue à gauche, de longue date, pour se positionner sur la question israélo-palestienne et pour, le cas échéant, tenter de faire main basse sur une électorat d'origine étrangère potentiellement meurtri par l'attitude du gouvernement israélien, surtout à Bruxelles. Ne nous y trompons pas, cela repose sur une conviction forte: cet Israël de Netanyahu est incontrôlable, a fortiori avec la montée de l'extrême droite lors du dernier scrutin, et sa politique "coloniale" ne fait rien pour chercher la paix.La séquence parlementaire était, en elle-même, le résumé de ce bras de fer à trois PTB - PS - Ecolo. L'extrême gauche a ouvert le bal par des déclarations matamoresques pour demander comment il est possible que l'on ne sanctionne pas Israël. Contraint d'exprimer sa conviction un peu plus fort en raison de cette piqûre radicale, le PS a embrayé avec des mots forts. Ecolo n'était forcément en reste, lui dont les positionnements "communautaristes" défraient régulièrement la chronique depuis quelques années.D'un tract électoral diffusé à Bruxelles en 2019 par la section de Saint-Josse à une interview sulfureuse accordée voici quelques jours par la coprésidente Rajae Maouane sur le port du voile, Ecolo ne cesse de susciter de nombreux débats passionnés. Les verts ont fait le choix d'un positionnement "courageux" sur la question migratoire et n'hésitent pas, pour certains, à défendre une intégration teintée d'accomodement raisonnables. La "maladresse" de sa coprésidente, qui se défend contre des accusations d'antisémitisme après avoir diffusé sur les réseaux l'image d'un Palestinien en lutte accompagné d'une chanson d'une artiste pro-Hamas, n'est finalement qu'une expression de plus de ce positionnement.Lors du même débat de mercredi après-midi à la Chambre, Sophie wilmès (MR), ministre des Affaires étrangères, avait bien veillé à tenter de maintenir l'église au milieu du village en épinglant les responsabilités de parts et d'autres, tout en excluant des sanctions pour ne pas envenimer la situation. Objectif: tenter de laisse une porte ouverte au dialogue et à la diplomatie.Le MR, version Georges-Louis Bouchez, ne se prive toutefois pas d'épingler les confrontations de type "communautariste" à gauche. Evoquant les "vrais problèmes de Bruxelles" (mobilité, emploi, discriminations, formation...), le président libéral assène: "Nous devons agir avant qu'il ne soit trop tard! Ces derniers jours, la gauche bruxelloise s'en donne à coeur joie dans l'instrumentalisation du conflit israélo palestinien et du port du voile dans la fonction publique." Le MR joue la carte laïque.Sur ce sujet comme sur d'autres, Georges-Louis Bouchez communique fortement et tente la singularité en Belgique francophone. C'est une façon, aussi, de se distinguer d'Ecolo avec lequel les bleus ont un oeuf à peler sur le plan des rivalités électorales, surtout à Bruxelles. Pour être de bon compte, si le MR est aussi davantage soucieux des équilibres dans le cadre du conflit israélo-palestinien, c'est - aussi - parce que son paysage politique interne le lui permet ou lui impose de le faire.Evoquant la tempête dans laquele se trouve Rajae Maouane, Georges-Louis Bouchez allume un autre débat: "La notion même de communauté est problématique, écrit-il. Ne pas comprendre que dans une démocratie libérale, il n'y a pas de communauté mais des individus libres et égaux en possibilités est une faute. On ne peut continuer avec des conceptions infondées qui détruisent le vivre ensemble."Réplique entre des dizaines d'autres de John Pitseys, député Ecolo bruxellois et politologue: "Prenons la Belgique, notre pays, dont vous êtes fier parait-il: est-ce seulement un agrégat "d'individus libres et égaux en possibilité"? Ou n'est-ce pas un peu plus que cela tout de même ? Des institutions, une histoire, des valeurs en commun... Bref: une communauté?"Le sujet, en Belgique, est miné à plusieurs titres. Parce que pratiquement tous les partis (mais singulièrement le PS, le CDH et Ecolo) jouent la carte communautaire depuis des années. Parce que Bart De Wever (N-VA) a fait de cette notion de "communauté" sa priorité depuis des années, mais en évoquant... la Flandre. Parce que notre pays est petit, multiculturel et que le tribalisme n'est jamais loin.