La deuxième vague de l'épidémie de Covid à laquelle nous assistons partout en Europe semble avoir un caractère inéluctable, comme si le virus devait nécessairement rebondir en automne. Avec le vaccin comme seul remède au printemps, si tout va bien. Chez nous, un nouveau Comité de concertation est prévu ce vendredi à 14h, sans doute pour présenter un baromètre attendu depuis des lunes, mais aussi pour ajuster les mesures de restriction: au rythme où cela va dans certaines provinces, un reconfinement quasiment intégral est quasiment inéluctable. La seule question est de savoir si les écoles pourront rester ouvertes. Et à vrai dire, on est en droit de déplorer ce gâchis, tout en s'interrogeant sur ses causes.
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La deuxième vague de l'épidémie de Covid à laquelle nous assistons partout en Europe semble avoir un caractère inéluctable, comme si le virus devait nécessairement rebondir en automne. Avec le vaccin comme seul remède au printemps, si tout va bien. Chez nous, un nouveau Comité de concertation est prévu ce vendredi à 14h, sans doute pour présenter un baromètre attendu depuis des lunes, mais aussi pour ajuster les mesures de restriction: au rythme où cela va dans certaines provinces, un reconfinement quasiment intégral est quasiment inéluctable. La seule question est de savoir si les écoles pourront rester ouvertes. Et à vrai dire, on est en droit de déplorer ce gâchis, tout en s'interrogeant sur ses causes.Car la virulence de cette deuxième vague n'était pas forcément inéluctable et, jour après jour, il semble bien qu'un quintuple chaos l'explique au point que l'on en arrive à un simple "principe de précaution" sous la forme de "chacun reste chez soi" pour une durée de quelques semaines.La lecture du dossier que Le Vif/L'Express consacre au traçage des foyers de contaminations dans notre pays est tout simplement hallucinante. Ainsi, selon l'institution ou le niveau de pouvoir, les lieux où l'on pourrait contracter la maladie seraient différents: l'école, la famille, les bars ou restaurants ou les transports en commun? En réalité, on ne sait pas - ou on ne veut pas le dire parce que, par exemple, refermer les écoles serait un drame - et l'épidémiologiste Yves Coppieters (ULB) conclut bien en disant que la conclusion est "le principe de précaution". Le porte-parole interfédéral Yves Van Laethem mettait en avant la montée en puissance, ces dernières semaines, des "super contaminateurs" qui pourrait être à l'origine de la croissance exponentielle du Covid, mais là non plus, rien n'a été fait pour les détecter. Par contre, les responsables politiques ont décidé de fermer les bars et restaurants : le signal est certes fort, mais il repose sur des arguments faibles et s'expose à des recours en justice. Le plus incroyable, c'est qu'un système de traçage avait bel et bien mis en place dans les établissements, où chacun devait donner son nom et son adresse, mais cela n'a visiblement servi à rien.Avec le traçage, le testing était l'autre pilier de notre politique de prévention. Résultat ? Depuis trois semaines, on voit des centres de tests dépassés par les événements, des files d'attente sans fin et un délai qui n'a cessé de se rallonger pour atteindre parfois plus d'une semaine. En d'autres termes, cela ne sert pratiquement plus à rien de se faire tester, autant tout de suite rester à la maison... Si l'on à des symptômes, parce que les asymptomatiques passent entre les mailles du filet. La stratégie de testing a d'ailleurs été revue par les ministres de la Santé : temporairement, priorité aux plus vulnérables.L'infectiologue de réputation mondiale Nathan Clumeck disait mardi soir à la RTBF qu'il s'agissait en réalité de "remettre les compteurs à zéro" dans les laboratoires, pour reprendre le contrôle sur l'épidémie et redémarrer cette stratégie. En attendant, les tests de détection rapide (salivaires) auraient pu être bien utiles, même si moins fiables, pour faire un premier tri : l'université de Liège, notamment, a cherché à montrer l'exemple, mais a fini par renoncer, de guerre lasse. Le fiasco des tests fait singulièrement songer au fiasco des masques lors de la première vague.La reprise de l'épidémie considérée comme une "vaguelette" cet été n'a guère donné lieu à des réponses politiques: le bourgmestre d'Anvers, Bart De Wever (N-VA), s'est même fait copieusement critiqué pour son couvre-feu. Ensuite, ce n'est pas trahir la bonne volonté de l'ancienne Première ministre Sophie Wilmès (MR) que de le constater: les indispensables négociations pour la formation d'un gouvernement fédéral ont occupé les esprits et généré une forme de "vide du pouvoir" dont le virus a profité.Le gouvernement De Croo a repris immédiatement le taureau par les cornes, avec un omniprésent ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke, mais il était déjà trop tard pour Bruxelles et la Wallonie. Les tensions déjà perceptibles entre niveaux de pouvoir, les confusions dans la prise de décision et l'urgence pas toujours bonne conseillère réveillent les démons de la première vague. Faut-il rappeler que la prévention à la santé, les tests et le traçage sont des compétences en tout ou en partie régionales et communautaires? Que le pouvoir fédéral n'a pas de primauté législative et que les pouvoirs spéciaux ne sont plus de mise depuis fin juin?Les expressions en sens divers des experts dans les médias ont été souvent montrées du doigt. Les uns (surtout au nord du pays) étaient alarmistes et ont provoqué une vigilance accrue, les autres (surtout au sud du pays) ont été plus "rassurants" et induit un relâchement. C'est, en partie, une caricature et les médias ont sans aucun doute joué un rôle en amplifiant cette polarisation, parfois simplement pour refléter précisément la diversité d'opinions.Mais - et c'est une experte de la santé qui le dit - "le fait est aussi que la gestion de la pandémie est devenue une gestion d'egos". Et d'ajouter: "certains experts sont totalement sortis de leur rôle se complaisant dans celui de politicien ou de stars de plateaux télé". Conclusion forte quand même: "C'est à partir de là que c'est parti en vrille".Il est évidemment trop facile de se dédouaner à bon compte en évitant de citer notre responsabilité à tous. Oui, il y a du relâchement dans les comportements, parfois légitime mais pas toujours, par envie de profiter de l'été et de renouer avec une vie sociale. Cette pandémie est une plaie et l'envie d'y échapper est parfois irrépressible.Cela dit, certains groupes, certaines catégories ou certaines communautés ont manqué de la vigilance la plus élémentaire et contribué à cette croissance exponentielle. Par défaut, aussi, de moyens de communication pour les atteindre. Le sujet est, en outre, extrêmement délicat sur le plan politique : il faut éviter de stigmatiser, de caricaturer et certaines mesures comme le couvre-feu visent certains sans le dire ouvertement.Le quintuple constat posé, voici une nouvelle fois l'heure de l'effort collectif pour pallier aux lacunes. Tenir, en grinçant des dents. En attendants sans doute, dans la foulée, une improbable commission d'enquête parlementaire.