Les dieux du stade. Expression bien pensée. C'étaient des hommes, on les adulait mais dans un périmètre bien délimité. On les voyait outils de manipulation des foules. Exutoires de pulsions animales. Figures d'un nationalisme en short. Et puis on en a fait des symboles. De la suprématie raciale. De la puissance d'un régime. De l'intégration réussie. De la méritocratie. A corps vaillant, rien d'impossible. Et plus on les drapait de gloire, plus ils engrangeaient d'argent, plus ils étaient scrutés hors de leurs arènes. On a montré leurs conquêtes, leurs maisons, leurs voitures, leur fortune. Et on a vite pointé leurs dérives. Dopage, évasion fiscale, ivresse, bagarres, ...

Les dieux du stade. Expression bien pensée. C'étaient des hommes, on les adulait mais dans un périmètre bien délimité. On les voyait outils de manipulation des foules. Exutoires de pulsions animales. Figures d'un nationalisme en short. Et puis on en a fait des symboles. De la suprématie raciale. De la puissance d'un régime. De l'intégration réussie. De la méritocratie. A corps vaillant, rien d'impossible. Et plus on les drapait de gloire, plus ils engrangeaient d'argent, plus ils étaient scrutés hors de leurs arènes. On a montré leurs conquêtes, leurs maisons, leurs voitures, leur fortune. Et on a vite pointé leurs dérives. Dopage, évasion fiscale, ivresse, bagarres, viols, paternités non reconnues, mercenariat. On a alors compris que dans le monde de ces héros-là aussi, le machisme, l'homophobie, le racisme et la mégalomanie occupaient les places fortes. Et qu'il fallait se résigner: aucun exploit sportif n'a permis dans une société plus de justice, d'égalité, de tolérance ou de solidarité. Mais ça change. Depuis quelques années, et avec une accélération en 2020: le footballeur britannique Marcus Rashford a fait plier par deux fois le gouvernement de Boris Johnson pour garantir des repas gratuits aux centaines de milliers d'enfants pauvres dans le pays, même hors période scolaire ; son compatriote septuple champion du monde de Formule 1, Lewis Hamilton, comme la tenniswoman japonaise Naomi Osaka, victorieuse de l'US Open, comme tout le basket pro américain, puis le base-ball, et le hockey, ont dénoncé les violences policières contre la population noire ; des athlètes, partout dans le monde, ont mis un genou en terre, avant l'épreuve, en signe de protestation contre ces violences, comme l'avait fait, le premier, quatre ans plus tôt, le footballeur américain Colin Kaepernick ; une rencontre de la Ligue des champions a été arrêtée par les joueurs de Basaksehir, imités par leurs adversaires du PSG, après des propos injurieux d'un des arbitres à l'adresse de l'entraîneur adjoint, noir, du club turc ; aux Etats-Unis, l'équipe de San Diego a déserté la pelouse en réaction aux insultes homophobes contre l'un des siens ; Bubba Wallace, pilote noir de stock-car, a fait bannir des circuits US le drapeau des Confédérés, symbole du ségrégationnisme ; Antoine Griezmann, star française du foot, a cassé son contrat plantureux avec Huawei parce que le géant de la téléphonie est soupçonné d'aider la répression de la minorité musulmane ouïghour en Chine ; sa collègue américaine Megan Rapinoe, figure du mouvement LGBTQ+, s'est dressée contre Donald Trump, durant la campagne présidentielle, considérant qu'il y a "un nationaliste blanc à la Maison-Blanche" et "que les crachats de haine, l'exclusion du reste du pays n'ont fait qu'entraîner plus de clivages entre les gens, plus de désespoir, d'anxiété et de peur"... Champions, engagés et militants. Epousant la contestation, la réinventant, lui donnant un écho avec lequel aucune autorité ne peut longtemps rivaliser. Et humiliant les fédérations, nationales et internationales, pour lesquelles l'idéal olympique de neutralité a bon dos. S'imprégner de cette évolution au coup d'envoi d'une année de J.O. et d'Euro de foot, si la pandémie le permet, est de très bon augure.