Le bras de fer entre les experts et certains responsables politiques avait marqué la première vague de la crise du coronavirus, après que les premiers aient pris une place inédite dans l'espace médiatique. Il recommence de façon tendue depuis la semaine dernière, avec en toile de fond un moment délicat et incertain de la gestion de la crise de la Covid, marqué par la lassitude de la population à l'égard des restrictions des libertés, couplée à l'incertitude des informations relatives à l'impact des variants britannique, sud-africain et brésilien.
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Le bras de fer entre les experts et certains responsables politiques avait marqué la première vague de la crise du coronavirus, après que les premiers aient pris une place inédite dans l'espace médiatique. Il recommence de façon tendue depuis la semaine dernière, avec en toile de fond un moment délicat et incertain de la gestion de la crise de la Covid, marqué par la lassitude de la population à l'égard des restrictions des libertés, couplée à l'incertitude des informations relatives à l'impact des variants britannique, sud-africain et brésilien."On attend des experts scientifiques qui conseillent le gouvernement d'être loyaux, a une nouvelle fois martelé Georges-Louis Bouchez, président du MR, ce lundi matin sur LN24. Nous sommes partenaires de gouvernement et avons dit tout haut ce qu'on pense tout bas. Le Premier Ministre a dit la même chose il y a deux jours." En précisant: "Le débat public est dominé par la peur et il est compliqué d'y développer des arguments rationnels. La nuance est compliquée aujourd'hui: oui les mesures sont bonnes, mais on discute à la marge, mesure par mesure."La semaine dernière, Marc Van Ranst (KUL) et Georges-Louis Bouchez, président du MR, se sont sérieusement affrontés au départ des perspectives à donner ou non aux métiers de contact. Alors que le premier douchait déjà leurs espoirs, en vue de l'évaluation prévue le 5 février lors du Comité de concertation, le second demandait une analyse vraiment scientifique et, surtout, une plus grande réserve des experts qui ne cessent de s'exprimer dans les médias.Ce week-end, le Premier ministre, Alexander De Croo (Open VLD), a lui aussi sonné la fin de ces sorties médiatiques sans filtre: "Il y a un bombardement constant de la part des experts dans le sens large, aussi du côté politique, a-t-il souligné dimanche sur RTL-TVI. On doit essayer de se calmer, ne pas faire de surenchère, il faut communiquer ce que l'on sait." Ce faisant, Alexander De Croo relayait une expression similaire de son président de parti, Egert Lachaert, venu au secours de son homologue francophone Georges-Louis Bouchez dans ces mêmes termes. Et le Premier ministre d'ajouter: "Il y a une certaine fatigue par rapport au covid et je comprends cette fatigue."Est-ce pour mieux ancrer les choses ou pour répondre au ras-le-bol des experts? Toujours est-il que le Nieuwsblad révèle ce lundi matin que les membres du Groupe d'experts pour la stratégie de gestion du Covid-19, dont Erika Vlieghe, Marc Van Ranst et Pierre Van Damme, recevront désormais des jetons de présence de l'ordre de 50 euros à chacune de leur réunion. "La compensation devrait rendre leur position plus claire, avance-t-on dans les milieux gouvernementaux. De cette façon, ils sont vraiment au service du gouvernement." Compenser pour mieux contrôler.Croyez-le ou pas, le sujet a donné lieu a un autre échange énervé entre Marc Van Ranst et Georges-Louis Bouchez: le premier affirme qu'il n'avait pas touché un euro jusqu'ici, le second prétendant que des rémunérations étaient prévues, mais délivrées seulement en 2021. De l'animosité jusqu'au moindre "détail".Emmanuel André, microbiologiste et ancien porte-parole fédéral lors de la première vague, avait volé au secours de Marc Van Ranst, vendredi, en utilisant des mots très durs: "Quand un président de parti attaque personnellement un scientifique parce que les faits qu'il expose ne lui plaisent pas, on retombe des siècles en arrière, quand la terre n'avait pas le droit d'être ronde. Et on trébuche dans la boue du populisme." Une expression qui lui a valu bien des critiques.Dimanche soir, il s'en prend cette fois à une "certaine presse". "Lorsqu'une certaine presse s'empresse, sans prendre la peine de contextualiser ou mettre en perspective, de publier un rapport technique qui expose l'évolution d'un risque, regrette-t-il. Et que ces mêmes rédactions parlent de ce rapport comme 'alarmant' puis imputent la 'faute de communication' à ses auteurs sans leur donner la parole, mais en leur faisant dire des choses qu'ils n'ont ni dites ni écrites. Ces rédactions ont transformé une rapport microbiologique basé sur des observations vérifiables en point de départ de tant d'affirmations solennelles, critiques offusquées et de tensions sociales (voire communautaires)."Il conclut: "L' épidémie est au final contenue jour après jour par les gestes d'une population fatiguée et de professionnels ereintés. Cette semaine, on aura tout au plus créé de l'incompréhension et de la démotivation. Et celui qui en profitera si on ne se ressaisit pas, c'est le virus.""Plutôt que de chouiner, si vous nous expliquiez de manière argumentée, rétorque un citoyen sur Twitter. On n'a pas besoin d'experts qui nous donnent l'avis qu'un quidam pourrait exprimer mais plutôt de votre analyse scientifique. Ça nous aiderait vachement à nous faire notre propre idée en tant citoyen..."Ces tensions entre experts et politiques sont en effet préjudicables et les expressions en tous sens désarçonnantes alors que les faits nécessitent, en effet, des nuances. Faut-il se réjouir de voir que le nombre d'hospitalisations est passé un moment, samedi,et de façon très ponctuelle, sous la barre des 75 indiquée par le gouvernement pour entamer des assouplissements? Ou craindre l'impact des variants, comme dans les pays voisins où l'on resserre la vis, alors que l'on vient par exemple de découvrir un cluster potentiel du virus sud-africain à Arlon?En tout état de cause, un retour à la sérénité s'impose.