65%. C'était le taux de vaccination que s'était fixé Bruxelles pour fin octobre. A la date butoir, 57% de tous les Bruxellois ont reçu au moins une dose de vaccin. "C'est partout dans les médias, on n'a pas atteint nos objectifs." Mais Inge Neven, qui coordonne la campagne de vaccination à Bruxelles, veut y voir du positif. Un peu plus de deux semaines après l'entrée du Covid Safe Ticket, 10.000 personnes continuent à être vaccinées (première dose) chaque semaine à Bruxelles. "La stratégie fonctionne, on évolue toujours. Les recettes, on sait ce qui fonctionne bien."
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65%. C'était le taux de vaccination que s'était fixé Bruxelles pour fin octobre. A la date butoir, 57% de tous les Bruxellois ont reçu au moins une dose de vaccin. "C'est partout dans les médias, on n'a pas atteint nos objectifs." Mais Inge Neven, qui coordonne la campagne de vaccination à Bruxelles, veut y voir du positif. Un peu plus de deux semaines après l'entrée du Covid Safe Ticket, 10.000 personnes continuent à être vaccinées (première dose) chaque semaine à Bruxelles. "La stratégie fonctionne, on évolue toujours. Les recettes, on sait ce qui fonctionne bien."Pour affiner la stratégie de vaccination, différents outils existent. Parmi ceux-ci : les chiffres de vaccination par quartier. Ces chiffres qui sont accessibles aux autorités depuis plusieurs mois, et que Le Vif publie en exclusivité, permettent d'affiner la campagne de vaccination et de savoir où mettre le focus tant en terme opérationnel que de sensibilisation mais aussi de mesurer l'impact des actions de terrain. A la date du 9 octobre, dans huit quartiers bruxellois, la majorité des plus de 12 ans n'était pas vaccinés. "Il y a des endroits où on aurait attendu beaucoup plus que ce qu'on a atteint, c'est clair. Mais il faut faire attention à garder un équilibre. On veut convaincre mais on ne veut pas imposer parce qu'à ce moment-là on crée plus de blocages que de sentiment positif. Il faut laisser du temps."Une carte avec des quartiers qu'on sait difficiles à atteindre mais qui, Inge Neven l'admet, contient quelques surprises. "Et alors là on essaye de comprendre. Grâce à une collaboration avec les communes, des associations et des acteurs de terrain qui ont une connaissance plus pointue des quartiers, on essaye d'analyser pourquoi la vaccination est moins élevée. Des facteurs comme les tranches d'âges, la présence d'une maison de repos ou d'un hôpital ou encore la non-prise en compte de vaccinations à l'étranger peuvent avoir un impact sur les chiffres. Une fois qu'on a une meilleure compréhension du pourquoi, on essaye de cibler où on peut encore faire des actions spécifiques. L'outil a surtout été utilisé au début de la campagne. A ce moment-là, on avait encore énormément de quartiers à cibler et on voulait se concentrer sur les quartiers les plus vulnérables. Le premier bus installé à Jette était basé sur ces statistiques-là par exemple. Maintenant, on continue de regarder les quartiers où le nombre de plus de 65 ans non-vaccinés est plus élevé. S'il reste des quartiers où on peut toucher disons 50 personnes, c'est vraiment des quartiers qu'on va cibler."Aujourd'hui, après plusieurs mois de vaccination et de sensibilisation, les explications sont nombreuses et dépendent de chaque situation de terrain. Cependant, les experts ont pu tirer différents enseignements de ce qu'ils ont appris. Le constat est connu : les attitudes et perceptions négatives liées à la vaccination se retrouvent souvent chez des personnes issues de milieux socio-économiques défavorisés. Mais selon l'épidémiologiste Yves Coppieters, le gradian socio-économique est un vecteur particulièrement important à Bruxelles, plus encore que dans d'autres villes en Wallonie où la vaccination est également plus à la traine. "Vu la diversité des nationalités, ce gradian socio-économique est également associé à des catégories socio-culturelles. Il faut réussir à trouver des canaux d'informations adaptés, envers les populations fragiles surtout." Dans les chiffres, le facteur socio-économique se révèle déterminant si l'on compare le revenu imposable moyen par habitant et le pourcentage de personnes encore à vacciner. Les communes où l'effort vaccinal est le plus grand font partie de la classe de revenu la plus élevée. Et vice-versa. Sans aucune exception. "A Bruxelles, nous constatons également que dans les communes les plus riches, le taux de vaccination est certes plus élevé mais ne l'est pas autant que dans les communes flamandes les plus riches par exemple" explique Geert Molenberghs, biostatisticien à la KU Leuven. "Cela est dû en partie à une plus grande méfiance des francophones à l'égard du vaccin." Une méfiance plus grande des francophones que l'on remarque également dans les médias par exemple."Certaines rues et quartiers peuvent héberger des communautés très homogènes : lorsque des personnes écoutent les mêmes médias (parfois étrangers), vont aux mêmes lieux de cultes et leurs enfants vont dans la même école, il est probable qu'elles aient la même attitude par rapport à la vaccination" ajoute Emmanuel André, microbiologiste. "Ce phénomène n'est pas exclusivement observé dans les communautés avec un fort lien vers l'international. Certains réseaux montrent une affinité particulière pour les théories complotistes, recourent à certaines médecines alternatives ou s'informent auprès de certains médias qui alimentent leurs croyances." Autre clé de compréhension donc : la confiance dans les autorités ou la déconnexion du système de santé ou du gouvernement. "Nous savons que Bruxelles est une ville extrêmement diversifiée. Le degré de confiance d'un groupe, d'un quartier dans le gouvernement est un facteur important dans la gestion de la vaccination" explique Geert Molenberghs. "La confiance est difficile à changer" abonde Inge Neven. "Une fois qu'on a une famille ou des femmes qui sont vraiment liées et que certains se font vacciner, petit à petit le reste va suivre. Ça peut être dans un quartier mais ça peut être aussi dans plusieurs quartiers. Il y a un effet un par un. Ça peut même durer plusieurs semaines."Pour essayer de passer outre cette défiance, la Cocom passe par d'autres acteurs clés, avec qui les gens sont directement et souvent en contact. La sensibilisation se fait avec l'aide des médecins généralistes mais pas seulement, les communes, les travailleurs de rue, les assistants sociaux, les CPAS oules pharmaciens sont également impliqués. "L'effet d'exemple est important", complète Emmanuel André. "En raison de toutes les fake news qui circulent, les personnes qui hésitent encore seront souvent motivées à se faire vacciner non-pas sur base de leur compréhension théorique des bénéfices de la vaccination, mais sur base d'une personne proche qui s'est fait vacciné. Le rôle de ces personnes "déclencheuses" est donc très important." Cet effet déclencheur, Jean-François Vandenheede, président du club de football en salle Futsal à Jette l'évoquait avec nous au moment de la mise en vigueur du Covid Safe ticket. "Ce que je regrette c'est que quand on regarde la jeunesse bruxelloise, ce n'est pas toujours eux qui choisissent de ne pas se faire vacciner. On les met parfois dans une situation familiale compliquée où ils devraient aller à l'encontre de l'avis de leurs parents. Il y a une pression sur ces jeunes, notamment avec l'entrée en vigueur du CST."Et puis il y a toujours l'importance des sources d'informations. Une étude réalisée notamment par Grégoire Lits, chercheur en communication, montre l'importance des pratiques d'information dans la vaccination. Face à tous les messages qui circulent depuis le début de la pandémie, l'étude met en avant trois comportements différents. Premièrement, les personnes qui s'informent via les médias traditionnels et qui font confiance aux autorités. Ce groupe qui représente plus ou moins la moitié de la population belge, est largement vacciné. Ensuite le groupe inverse, qui s'informe via les discussions avec les proches ou les réseaux sociaux, moins vacciné et dont la vaccination diminue au fil de la campagne. Et enfin le groupe des anxieux, qui s'informe énormément mais qui ne fait pas confiance aux sources officielles. Ici encore, leur vaccination diminue au fil de la campagne. "Le rapport à l'information et la manière de s'informer joue très fort" insiste Grégoire Lits. "Et on voit que le rapport aux sources d'information a évolué au fil de la crise : plus la crise a avancé plus la défiance envers les experts a augmenté, par exemple. Les pharmaciens et les médecins restent par contre des sources de confiance pour une majorité de la population." Une clé pour demain ?A lire sur le sujet > Pourquoi ils refusent toujours le vaccin: ils témoignentEnfin, l'âge. La part des 12-17 ans varie énormément de quartier en quartier. Selon les dernières données qui datent de 2019, cette tranche d'âge représente plus de 10% de la population dans certains quartiers et à peine plus de 2% dans d'autres. Et l'on constate que dans quatre des 10 quartiers où les 12-17 sont les plus présents, plus de 50% de la population qui peut être vaccinée ne l'est pas encore. C'est le cas à Molenbeek Historique, Gare de l'Ouest, Duchesse ou encore Koekelberg. Dans deux autres, c'est plus de 40%. Depuis le début de l'année scolaire, 12.000 enfants ont été vaccinés mais la vaccination des plus jeunes fait toujours partie des challenges à relever en région bruxelloise : 41% des 12-17 ans ont reçu une première dose, 53% des 18-24 ans.