Entre les nationalistes flamands et les écologistes francophones, le bras de fer est devenu stratégique, tant au niveau politique que stratégique. Tout oppose les deux camps et c'est devenu un enjeu monté en épingle régulièrement sur un nouvel axe que les politologues ont mis en avant entre les nationalistes et les internationalistes, pour faire court. Cela donne lieu à des passes d'armes régulières, dont certaines sont particulièrement sensibles sur le terrain du rapport à l'Islam.
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Entre les nationalistes flamands et les écologistes francophones, le bras de fer est devenu stratégique, tant au niveau politique que stratégique. Tout oppose les deux camps et c'est devenu un enjeu monté en épingle régulièrement sur un nouvel axe que les politologues ont mis en avant entre les nationalistes et les internationalistes, pour faire court. Cela donne lieu à des passes d'armes régulières, dont certaines sont particulièrement sensibles sur le terrain du rapport à l'Islam.Des attaques de la N-VA contre les verts au sujet de subsides octroyés au Collectif contre l'islamophobie en Belgique (CCIB) en témoignent à nouveau. L'ancien secrétaire d'Etat fédéral Theo Francken avait soulevé la question dans un tweet le 31 décembre: il se disait "choqué" par un montant de 20 000 euros octroyés par le gouvernement fédéral à cette association et demandait sa suspension, le temps d'une enquête approfondie de la Sûreté de l'Etat. Ce Collectif contre l'islamophobie en Belgique présente des liens avec l'organisation du même nom que le président français Emmanuel Macron souhaite interdire dans la foulée de l'assassinat de Samuel Patty, car elle aurait relayé des appels à la fatwa contre l'enseignant et soutiendrait une vision puriste ou radicale de l'Islam. Le Vif/L'Express avait publié des révélations au sujet du caractère problématique de cette association en novembre, déjà.Theo Francken épinglait, dans sa dénonciation, les "conflits d'intérêts potentiels" de la part des écologistes, très présents dans les organes de ce Collectif. Il attaquait par la même occasion l'axe "bleu-vert" au fédéral en se prenant frontalement à l'actuel ministre de la Justice, Vincent Van Quickenborne (Open VLD), en l'accusant - à tort - d'avoir signé le subside. Une attaque, on le voit, très "politique".Le cabinet de la secrétaire d'Etat à l'Egalité des chances et à la Diversité, Sarah Schlitz (Ecolo), a immédiatement réagi: "Au-delà des insinuations trompeuses, ce soupçon de connivence est absurde. Ce dossier a été entièrement préparé par le gouvernement précédent sous la supervision de la ministre Nathalie Muylle (CD&V)". Au passage, épinglons ceci: la porte-parole de la secrétaire d'Etat n'est pas n'importe qui, Jessika Soors était en effet une députée fédérale Groen réputée avant de quitter le Chambre pour ce poste.Quant à Vincent Van Quickenborne, il a contre-attaqué vigoureusement, en parlant lui aussi de "mensonges". Avec, à la clé, cette attaque en règle contre Theo Francken: "Qu'y a-t-il encore comme différence avec le Vlaams Belang?". Depuis son retour dans l'opposition, sur fond de rejet du Pacte des migrations des Nations unies en décembre 2018, une part du parti de Bart DE Wever a radicalisé ses positions en matière d'immigration ou de relation à l'Islam, avec la montée en flèche de l'extrême droite dans les sondages en toile de fond.Ce n'est visiblement pas fini pour autant. Koen Metsu, député fédéral N-VA spécialiste des questions de sécurité, publie ce lundi une opinion sur le site nationaliste Doorbraak en compagnie de Julien De Wit, membre du comité de gestion de la N-VA à Edegem avec lequel il publie en février un livre, Ontwapend, consacré au risque terroriste dans la foulée des attentats de Bruxelles. "Pendant l'écriture de notre livre, nous avions déjà établi le lien entre le CCIB et son pendant français CCIF, écrivent-ils. Le CCIB est directement lié au parti de gouvernement Ecolo, tel qu'il ressort de notre enquête." Les deux membres de la N-VA soulignent que les deux associations utilisent le même logo et que le CCIB avait soutenu son homologue français sur les réseaux sociaux et sur leurs sites. Ils citent plusieurs noms d'élus Ecolo faisant partie des organes du CCIB. Le sujet est sensible et rejoint des accusations de liens entre certains milieux écologistes et les Frères musulmans, cette association qui soutient le développement d'un Islam belge et européen, non sans ambiguïtés.Un bras de fer politique et/ou judicaire en vue? Le sujet devrait rebondir au parlement via des interpellations. Il donnera lieu, sans aucun doute, à d'autres débats médiatiques. Rien ne dit, à ce stade, que cela ira plus loin.