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La Belgique a connu sa vague de " fils de ", si naturels qu'ils étaient presque nés dedans : sur les huit présidents de parti qui négocièrent la réforme de l'Etat en 2011, six (Charles Michel, Benoît Lutgen, Alexander De Croo, Jean-Michel Javaux, Benoît Lutgen et Bruno Tobback) avaient un père actif en politique. Aujourd'hui, la Belgique francophone connaît un autre afflux d'héritiers à la tête de ses partis. Mais, cette fois, les paternels gamètes n'y sont pour rien : en 2019, les présidences du CDH, de DéFI (après vingt-cinq ans d'Olivier Maingain !), d'Ecolo, du MR et du PS (après vingt ans d'Elio Di Rupo !) ont changé de dépositaire, à chaque fois avec l'aval, et très souvent à l'initiative, de leurs glorieux prédécesseurs. Il n'y a que le PTB, dans les partis francophones représentés au Parlement, à avoir conservé son président, l'Anversois Peter Mertens. C'est Benoît Lutgen qui, en janvier 2019, a choisi de céder la présidence à Maxime Prévot. C'est Olivier Maingain qui a encouragé François De Smet à remporter la course à sa succession, ce qu'il fit le 1er décembre dernier. C'est Zakia Khattabi qui a décidé de remplacer Patrick Dupriez par Jean-Marc Nollet, en novembre 2018, puis de céder sa propre place à Rajae Maouane, en août 2019. C'est Charles Michel qui a voulu placer Georges-Louis Bouchez dans son fauteuil, ce qui se fit en deux tours, en novembre 2019, l'opposition de Denis Ducarme ayant été plus opiniâtre que prévu. C'est Elio Di Rupo qui fit de Paul Magnette son successeur désigné, ce qu'il devint le 20 octobre 2019, même si les dernières années avaient un peu éloigné la créature de son créateur. Jamais une génération complète de dirigeants ne s'était effacée d'un tel mouvement, jamais les pères n'avaient promu tant de fils en même temps (il n'y a qu'une fille, remarquez). Et cette fois, les fils ne sont plus naturels : ils sont politiques. Tous donc sont les héritiers de leur testataire, auquel ils doivent gros. Ils ne sont pas tous si jeunes. La cadette, Rajae Maouane, a 30 ans, l'aîné, Paul Magnette, en a déjà 48. Mais tous se disent encore frais. Tous prétendent porter les aspirations de renouveau d'un système politique réputé à bout de souffle. Tous annoncent qu'ils vont changer les choses, dans leur parti (ils ont tous dit qu'ils allaient le moderniser et remettre le militant au coeur de leurs préoccupations) et en dehors. Ils n'en ont pas encore eu vraiment le temps, surtout pas ceux qui ont dû, à peine installés, se charger d'une mission royale (Paul Magnette en novembre et décembre, et Georges-Louis Bouchez en décembre et janvier). Mais comment, au fond, tout changer alors qu'on est un héritier ? Comment renouveler un système dont on est le produit ? Le Vif/L'Express a tenté de déceler, sous la langue de bois - jamais rassurante - des premiers mois, ce que les nouveaux ont déjà modifié par rapport à ces aînés auxquels ils doivent tout, et ce qu'ils vont encore faire bouger. Sur le ton, car la communication est primordiale. Sur le fond, car les valeurs sont importantes. Sur les institutions, car les appareils de parti sont, quoique fatigués, plus nécessaires que jamais. Et puis sur les tensions, externes et internes, que l'arrivée de ces présidents héritiers suscite ou apaise. Par Mélanie Geelkens et Nicolas De Decker.