Le tunnel Léopold II, cette voie d'accès bien connue vers le centre de Bruxelles depuis l'autoroute de la mer, sera donc rebaptisé tunnel Annie Cordy. Nawal Ben Hamou (PS), secrétaire d'Etat à l'Egalité des chances, l'a annoncé ce lundi 8 mars. En suscitant des réactions pas forcément unanimes, preuve que la symbolique des noms de lieux publics reste importante.
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Le tunnel Léopold II, cette voie d'accès bien connue vers le centre de Bruxelles depuis l'autoroute de la mer, sera donc rebaptisé tunnel Annie Cordy. Nawal Ben Hamou (PS), secrétaire d'Etat à l'Egalité des chances, l'a annoncé ce lundi 8 mars. En suscitant des réactions pas forcément unanimes, preuve que la symbolique des noms de lieux publics reste importante."Avec Elke Van den Brant, nous voulions commencer la journée des droits des femmes en vous annonçant le nouveau nom du tunnel Leopold II... C'est notre Annie Cordy nationale que vous avez choisie avec 6940 votes!", a souligné, enthousiaste, la secrétaire d'Etat. Décédée le 4 septembre 2020, la chanteuse et comédienne née à Laeken est restée un grand nom de notre pays, même si elle a passé la grande partie de sa carrière en France. Elle a été choisir après une consultation populaire qui a permis de départager 15 candidates, parmi lesquelles on retrouvait les noms de Semira Adamu, Marie Curie, Simone Weil, Marguerite Yourcenar...Le choix de cette personnalité rayonnante pour baptiser un déversoir à voitures est dénoncé dans de nombreuses réactions. "Un tunnel, c'est moche, sinistre et sale, souligne le chroniqueur Alain Gerlache (RTBF). C'est réservé aux bagnoles et aux camions et la seule musique qu'on y entend est celle des souffleries. Choisir un tunnel pour "honorer" Annie Cordy, cette grande artiste populaire, est une insulte à sa mémoire."Les correspondants européens de médias internationaux abondent dans le même sens. Alex Pigman, de l'Agence France Presse, évoque un "tunnel cauchemardesque de 2,5 kilomètres". Christoph Schmidt, correspondant européen du journal hollandais Trouw prolonge en soulignant qu'il n'est "pas sûr qu'il s'agisse là d'un grand honneur". "Léopold II n'est pas mal, après tout...", constate-t-il. Tandis que d'autres commentaires soulignent qu'il eut été plus judicieux de remplacer la statut de Léopold II, à deux pas du palais royal, par une représentation de la chanteuse.La personnalité d'Annie Cody n'est guère contestée. Si ce n'est que certains soulignent le caractère parfois caricatural de ses chansons, reflet d'une époque révolue. "Celui qui coupait les mains des africains remplacé par l'interprète de 'Cho Ka Ka O', chanson remplie de clichés racistes, c'est bien, on progresse!", écrit un twitto relayé par la RTBF. Du côté flamand, certains grincent des dents tant ce choix est surtout francophone, alors que Bruxelles est la capitale du pays: 'Annie wie? Geen enkele Vlaming die het weet..." Personne en Flandre ne connaîtrait Annie Cordy, ce qui est un peu exagéré.Forcément, quand il s'agit d'un choix initié par les politiques et en l'occurrence par la majorité régionale bruxelloise (PS-Ecolo-DéFI), les commentaires politiques ne sont jamais loin. "On veut et il faut féminiser l'espace public. Très bien, commente Youssef Lakhloufi, secrétaire politique du MR forestois. Bizarrement, jamais entendu quelqu'un proposer Margaret Thatcher. Pourtant, elles ne sont pas légion à avoir dirigé une puissance mondiale.Alors je le fais. Rarement une femme aura incarné autant = Femmes/Hommes."En cette journée des droits des femmes, l'annonce bruxelloise est toutefois un symbole bienvenu. Une étude de Brussels studies, qui réunit des chercheurs bruxellois, est là pour le rappeler: "Si une rue bruxelloise sur deux célèbre des personnes, la probabilité qu'il s'agisse d'un homme est dix fois supérieure à celle qu'il s'agisse d'une femme. En moyenne en effet, pour l'ensemble des communes, 46 % des odonymes sont masculins et 4 % seulement féminins. Ce déséquilibre, largement hérité mais non pour autant immuable, se double d'ailleurs d'autres formes de minorisation des femmes. Les auteur·trice·s relèvent par exemple une présence féminine moindre plus on s'élève dans la hiérarchie des voiries, sauf dans le cas de souveraines qui figurent parmi les trois représentations féminines principalement véhiculées par les noms de rues (et qui laissent peu de place à la majorité des Bruxelloises) : la personnalité individuelle, la figure royale et la figure sainte ou surnaturelle."Voilà pourquoi la Stib a, quant à elle, décidé de mettre à l'honneur dix grandes femmes de l'histoire en renommant 10 stations de métro pour 24 heures, ce 8 mars. On retrouve des personnalités internationales comme Rosa Parks, Simone Veil ou Greta Thunberg. Des grandes femmes belges prêtent aussi leur nom, comme Lucia de Brouckère, première femme à enseigner dans une Faculté des Sciences en Belgique, ou encore Sainte-Gudule, sainte patronne de Bruxelles au côté de Saint Michel."En 2021, les symboles et les traces urbaines restent plus importants que jamais.