Dans le sérail hollywoodien, on le surnommait " the pig ", " le cochon ". Harvey Weinstein, producteur américain, a fini par être rattrapé par sa réputation. La révélation de ses comportements d'abuseur sexuel met le monde des femmes en ébullition et leur indignation ne connaît plus de frontières. Elles érigent de nouvelles barricades. Twitter est devenu leur mégaphone et le hashtag un lieu de ralliement pour des milliers de victimes jusqu'ici condamnées au silence. #MeToo leur a offert un espace où livrer leurs témoignages, lesquels s'accumulent par milliers. #balancetonporc est le mot clé qui doit tuer et rendre fou les abuseurs de tout poil. Cet appel d'une journaliste à nommer les bourreaux et à décrire leurs abus sur les réseaux sociaux, a suscité un déferlement de tweets. Les langues se délient à propos de supérieurs hiérarchiques ou de responsables de stage coupables de harcèlement sexuel. Agressions physiques ou verbales au boulot, attouchements dans les transports publics, injures en rue, tout y passe. En 140 caractères, ça balance ferme.
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Dans le sérail hollywoodien, on le surnommait " the pig ", " le cochon ". Harvey Weinstein, producteur américain, a fini par être rattrapé par sa réputation. La révélation de ses comportements d'abuseur sexuel met le monde des femmes en ébullition et leur indignation ne connaît plus de frontières. Elles érigent de nouvelles barricades. Twitter est devenu leur mégaphone et le hashtag un lieu de ralliement pour des milliers de victimes jusqu'ici condamnées au silence. #MeToo leur a offert un espace où livrer leurs témoignages, lesquels s'accumulent par milliers. #balancetonporc est le mot clé qui doit tuer et rendre fou les abuseurs de tout poil. Cet appel d'une journaliste à nommer les bourreaux et à décrire leurs abus sur les réseaux sociaux, a suscité un déferlement de tweets. Les langues se délient à propos de supérieurs hiérarchiques ou de responsables de stage coupables de harcèlement sexuel. Agressions physiques ou verbales au boulot, attouchements dans les transports publics, injures en rue, tout y passe. En 140 caractères, ça balance ferme. Les " porcs " sont partout. Au sein de l'Eglise, dans les vestiaires de clubs sportifs, dans les camps de jeunesse, dans les loges et sur les plateaux de tournage. Dans le monde de l'entreprise et de la politique aussi. Partout où il y a des relations de pouvoir. Mais désormais, les " porcs " n'ont qu'à bien se tenir. Car les lignes ont bougé, de manière irréversible. C'est en tout cas la conviction que l'historienne Valérie Piette, membre de la Structure interdisciplinaire sur le genre (Striges) de l'ULB, a fait partager sur le site levif.be, la semaine passée : " L'omerta est rompue. Les digues ont cédé. Enfin. Et la parole coule, comme un torrent. Délivrée enfin. Elle s'affiche sur les réseaux sociaux sans discontinuer et sa puissance libératrice impressionne. Il y aura sans conteste un avant et un après Harvey Weinstein. " C'est aussi ce que pense Geneviève Fraisse, philosophe française et auteure d'ouvrages sur la problématique sexe/genre Où sont les hommes ? Au rapport, aux abris. Déstabilisés, interpellés. Pas assez, au goût de Hilde Vautmans. C'est au sexe dit fort que s'adresse cette députée européenne Open VLD : " Je me tourne vers les hommes : où restez-vous ? La manière dont nous parlons de l'intimidation sexuelle se focalise sur les femmes, tandis que nous devons regarder en direction des hommes ", relève l'élue belge qui appelle la gent masculine à se positionner sous le hashtag #NotMe. Liesbeth Homans (N-VA), ministre flamande de l'Egalité des chances, a elle aussi tenu à avoir une pensée pour eux, en s'exprimant au parlement flamand. Non pas pour les abuseurs mais pour les abusés. " Je trouve dommage que l'on ne parle que des femmes qui sont victimes. Elles sont certes plus nombreuses que les hommes mais ceux-ci le sont aussi. Nous devons regarder des deux côtés. " " Nous ", le monde politique compris, qui ne pouvait décemment rester insensible. Au nord comme au sud du pays, des élus flamands et francophones se sont émus de ce flot de drames quotidiens qui se déverse sur les réseaux sociaux. Ils portent le débat au sein de leurs parlements respectifs. Invitent les pouvoirs publics à battre le fer tant qu'il est encore chaud. En appellent à une réaction forte, à la hauteur du scandale qui éclate au grand jour. Comme en Flandre, où la commission parlementaire spéciale déjà instituée pour enquêter sur les abus sexuels dans le sport va s'attaquer aux milieux culturels quand elle en aura fini avec son tour des vestiaires. Mais au-delà des paroles de circonstance et des effets de manche, que faire, quelle(s) loi(s) opposer à la loi du silence et à la difficulté criante qu'éprouvent les victimes à porter plainte et à se faire entendre ? On se repasse les parades en boucle : sensibiliser à l'égalité des genres dès le plus jeune âge, faire évoluer les mentalités, privilégier la mixité, etc. L'exercice a ses mérites et ses limites, admet Rudy Demotte (PS), ministre- président de la Fédération Wallonie-Bruxelles. " Les victimes de harcèlement sont peu nombreuses à se référer à des mécanismes qui leur permettraient de faire entendre leurs droits. Les lois de 2014 relatives au sexisme et au harcèlement sont insuffisamment connues. " Elles sont aussi difficiles à mettre en oeuvre, tant la preuve n'est pas évidente à apporter. " La loi tendant à lutter contre le sexisme dans l'espace public endosse un rôle symbolique essentiel ", prolonge Isabelle Simonis (PS), ministre des Droits de de la femme en Communauté française. C'est déjà ça. Mais ça reste trop peu. Pourquoi donc ne pas porter sur le terrain technologique la guerre totale déclarée au sexisme ? Twitter, Facebook ouvrent la voie. D'autres armes n'attendent que de s'engouffrer dans la brèche. Yves Evrard, député MR à la Fédération Wallonie-Bruxelles, a eu vent du lancement imminent en Région bruxelloise d'une application mobile contre le harcèlement de rue, fondée sur les mécanismes de la géolocalisation. L'outil s'inspire d'une récente application française baptisée HandsAway, qui permet un signalement rapide et précis de violences ou de propos sexistes. A la fois système d'alerte directe et réceptacle de témoignages de victimes, l'outil est combiné à un réseau de Street Angels prêts à apporter écoute et soutien. Idéal pour dresser une cartographie des agressions sexistes, identifier des zones et des quartiers sensibles et concevoir des mesures adaptées. A quand un HandsAway en configuration wallonne ? Pas si vite. Interpellée par l'élu libéral, Isabelle Simonis (PS) ne nie pas l'intérêt du programme. Mais ne cache pas les réserves qu'il lui inspire. Gare à la stigmatisation de quartiers ou de populations sur la base de témoignages reçus de façon aléatoire, sans fondement scientifique, et à la véracité non confirmée. Mieux vaut aussi confier l'accompagnement des victimes à des services de première ligne formés pour cela qu'à " des Street Angels dont on ne pourra, à ce stade en tout cas, garantir la qualité ". Ce principe de précaution est pris pour de la frilosité par le député MR, prêt à mettre de côté certains scrupules pour la cause. " Un pourcentage de témoignages incohérents pourrait être intégré dans les données. Ce système permettrait en tout cas d'identifier véritablement les zones plus sensibles, et tant pis si cela stigmatise tel ou tel quartier ". Chasse aux " porcs ", oui. Aux sorcières, non.