La démission d'Ihsane Haouach de son poste de commissaire du gouvernement auprès de l'Institut pour l'égalité hommes-femmes, vendredi, soulage un peu la pression sur la Vivaldi. Mais elle ne change rien, fondamentalement: les plaies restent béantes, et exprimées comme jamais, entre partenaires de la majorité, singulièrement entre les libéraux d'un côté, les écologistes de l'autre, mais aussi les socialistes.
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La démission d'Ihsane Haouach de son poste de commissaire du gouvernement auprès de l'Institut pour l'égalité hommes-femmes, vendredi, soulage un peu la pression sur la Vivaldi. Mais elle ne change rien, fondamentalement: les plaies restent béantes, et exprimées comme jamais, entre partenaires de la majorité, singulièrement entre les libéraux d'un côté, les écologistes de l'autre, mais aussi les socialistes.De même, les explications du Premier ministre, Alexander De Croo (Open VLD) et de la secrétaire d'Etat Sarah Schlitz (Ecolo), n'ont pas levé toutes les zones d'ombre ce lundi matin.Voici les flous et les questions qui demeurent et qui sont susceptibles d'empoisoner le climat au sein de la majorité.Ihsane Haouach a démissionné de son fonction de commissaire du gouvernement parce qu'elle ne s'estimait plus en mesure de pouvoir exercer sereinement sa mission. Elle évoquait dans un message publié sur Facebook les "attaques personnelles incessantes" et le cyberharcèlement dont elle a fait l'objet. Orchestré notamment, dénonce Ecolo, par un partenaire de la majorité. Mais le rapport de la Sûreté de l'Etat, posant la question de liens éventuels avec les Frères musulmans, est venu semer le doute au sujet de la motivation réelle de sa démission. D'autant que celle-ci est intervenue après une séance plénière au cours de laquelle le Premier ministre avait évoqué le fait qu'il n'y aurait "plus de marge" pour le moindre incident. Sarah Schlitz affirme qu'il n'y a pas de lien entre ce rapport et sa démission, qui avait été évoquée avant sa diffusion. Dont acte.Toute la clarté est-elle faite, désormais, sur la séquence exacte de cette note des Renseignements. L'initiative a été prise par la Sûreté d'Etat elle-même, pas par le gouvernement, suite à l'interview accordée par Ihsane Haouach au Soir, le 3 juillet, dans laquelle elle exprimait un certaine relativisme au sujet de la séparation entre l'Eglise et l'Etat (qui peut évoluer avec la démographie, laissait-elle entendre).La note, qui pose la question de liens éventuels (fortuits?) avec les Frères musulmans, est arrivée au cabinet du ministre de la justice, Vincent Van Quickenborne (Open VLD), mercredi 7 juillet en fin de journée. Elle a été transmise au Premier ministre, jeudi 8 juillet à midi, affirmait-il ce matin. Un "délai qui n'est pas trop long", précisait-il. Curieusement, pourtant, alors que le sujet brûlant était au menu de la séance plénière de la Chambre, ce même jeudi après-midi, il n'en a pris connaissance qu'à 15h15, avant d'organiser une réunion avec les ministres concernés vers 16h15. Pour prendre le temps d'analyser, exprime-t-il.La démission d'Ihsane Haouach est survenue le lendemain, vendredi 9 juillet. Après un contact avec elle consécutif au rapport, selon le Premier, tandis que la secrétaire d'Etat affirme que sa démission était déjà en vue.Le Premier ministre et la secrétaire d'Etat ont affirmé ce matin que ce rapport ne peut être divulgé qu'auprès de personnes habilitées en matière de sécurité de l'Etat. Pas question, donc, de le transmettre aux parlementaires, même à huis-clos.Que dit-il? "Selon plusieurs sources, côté politique et dans le renseignement, le rapport indique qu'à la connaissance des enquêteurs, Ihsane Haouach n'est pas membre des Frères musulmans et qu'elle n'a pas attiré l'attention en raison de positions extrémistes", souligne Le Soir. Une information confirmée au Vif. Le rapport indique toutefois qu'Ihsane Haouach a eu des contacts avec des membres des Frères musulmans et que son entourage en a eus, mais précise qu'il est d'usage, pour les Frères musulmans, de ne pas se faire connaître des personnes qu'ils rencontrent.L'interprétation de ce rapport prête toutefois à de sérieuses divergences entre libéraux et écologistes, les premiers mettant l'accent sur des liens qui restent possibles, tandis que les autres nient toute relation. De façon plus générale se pose la question, relayée ce lundi au parlement, de "l'entrisme de certaines organisations fondamentalistes dans notre pays" (dixit Danie Bacquelaine - MR - et Georges Dallemagne - CDH) - et, sous-entendu, auprès de représentants de certains partis. Certains libéraux épinglent aussi les relais qui ont permis sa nomination, notamment au sein du cabinet Schiltz.Le tout reste explosif.Entre Ecolo et le MR, il y a un autre hiatus fondamental: une telle fonction de commissaire général auprès d'un Institut fédéral doit-il respecter les règles en matière de neutralité des services publics, et notamment de port des signes convictionnels? Pas forcément, laissent entendre les Verts, affirmant qu'il ne s'agit pas d'une "fonction politique". Forcément, disent les libéraux ,car cette fonction fait partie de la fonction publique et qu'elle revêt, en outre, une dimension symbolique importante en étant liée à l'égalité hommes-femmes - le voile étant un signe à l'opposé même de ce principe.Cela ne laisse pas augurer de débats sereins pour la suite, notamment pour la désignation de la personne qui va succéder à Ihsane Haouach. D'auant que les plaies sont béantes et que la clarté n'est pas de mise. "Le premier ministre a refusé de répondre à ma question pour confirmer le fait que le port de signes convictionnels serait un obstacle" à cette nomination, dit Peter De Roover (N-VA). Qui ajoute: ce faisant, "il nie le souhait du MR".De nombreuses expressions ont regretté que le débat ait à ce point été personnalisé autour de la personne de madame Haouach. En demandant un débat serein pour la suite. Mais sur quoi doit-il porter? Les garanties à donner en matière de neutralité des services publics et, comme en Région bruxelloise, une définition plus précise? Un débat sur la place des Frères musulmans dans la société et les risques du "prosélytisme religieux"? L'inscription de la laïcité dans la Constitution?En tout état de cause, il ne sera pas aisé d'avoir un débat serein, vu la joute à laquelle on vient d'assister. D'autant qu'en toile de fond, deux visions de la société s'opposent frontalement, pour faire court celle de la "neutralité intégrale" et celle de la "diversité inclusive". Qui plus est, la manière de les faire connaître publiquement à l'extérieur crée de fortes tensions. Il faudra du temps et une bonne dose de psychologie pour les réconcilier.