Le Premier ministre, Alexander De Croo (Open VLD) s'est expliqué ce lundi matin au sujet de l'affaire Haouach. Il a expliqué en commission de la Chambre les événements qui ont mené à la démission d'Ihsane Haouach, en compagnie de la secrétaire d'Etat Sarah Schlitz (Ecolo).
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Le Premier ministre, Alexander De Croo (Open VLD) s'est expliqué ce lundi matin au sujet de l'affaire Haouach. Il a expliqué en commission de la Chambre les événements qui ont mené à la démission d'Ihsane Haouach, en compagnie de la secrétaire d'Etat Sarah Schlitz (Ecolo).La démission de la commissaire générale du gouvernement auprès de l'Institut pour l'égalité hommes-femmes n'apaise pas les tensions au sein de sa coalition, loin s'en faut, en raison d'une rapport des Services de renseignement et de la colère écologiste sur une "manipulation" de l'affaire par les libéraux francophones.Une note de la Sûreté de l'Etat au sujet d'Ihsane Haouach est au coeur des discussions. L'opposition s'étrangle: le gouvernement était au courant de ces informations avant la séance plénière du parlement, jeudi dernier.Ihsane Haouach, commissaire générale du gouvernement auprès de l'Institut pour l'égalité hommes-femmes, a démissionné vendredi de son poste après des semaines de polémique. Une décision prise pour des raisons personnelles. "Depuis ma nomination, je fais l'objet de violentes attaques personnelles qui n'ont été qu'en s'amplifiant", a-t-elle indiqué vendredi dans une lettre adressée à Mme Schlitz et rendue publique par le cabinet de la secrétaire d'État. Indépendamment de ma nomination, le débat sur la neutralité est légitime, mais il ne peut se faire dans une volonté de nuire."Mais très vite, des informations ont fuité pour préciser qu'une note des Services de renseignement avait été remise au Premier ministre, posant la question de liens éventuels entre la commissaire et le mouvement des Frères musulmans. Cette mise en garde aurait été à la source de sa démission, alors que le Premier ministre avait affirmé mercredi à la Chambre qu'aucun faux pas supplémentaire ne serait toléré.Réaction de Georges-Louis Bouchez, président du MR: "La démission de la commissaire du gouvernement était la seule solution. La neutralité de l'Etat est intangible. Le respect des personnes doit rester de mise. Ainsi, le combat est contre le communautarisme, pas contre des individus, pour un réel vivre ensemble."Ecolo est dans la tourmente.Dans les rangs du parti, on ne décolère pas d'avoir été mis en boîte de la sorte. "Tout en la regrettant, je respecte la décision de Madame Haouach, surtout au vu du climat de haine qui règne depuis des semaines autour de sa personne, riposte rapidement Gilles Van den Burre, chef de groupe Ecolo à la Chambre. Cette manière de faire est un recul pour notre société."Plus fondamentalement, les écologistes s'indignent de l'instrumentalisation du rapport des Services de renseignements, singulièrement par le MR. Parce qu'il n'atteste pas des liens entre Ihsame Haouach et les Frères musulmans, tout d'abord: sa tonalité est plus nuancée."Selon plusieurs sources, côté politique et dans le renseignement, le rapport indique qu'à la connaissance des enquêteurs, Ihsane Haouach n'est pas membre des Frères musulmans et qu'elle n'a pas attiré l'attention en raison de positions extrémistes", souligne Le Soir. Une information confirmée au Vif. Le rapport indique toutefois qu'Ihsane Haouach a eu des contacts avec des membres des Frères musulmans et que son entourage en a eus, mais précise qu'il est d'usage, pour les Frères musulmans, de ne pas se faire connaître des personnes qu'ils rencontrent.D'autre part, Ecolo s'étrangle d'entendre dire les libéraux que le rapport aurait été transmis à la secrétaire d'Etat Sarah Schlitz dès mercredi, soit la veille de la séance plénière houleuse à la Chambre. "Il ne lui a été transmis que jeudi à 15h30, après la séance plénière."De façon plus générale, les verts reprochent aux libéraux d'avoir alimenter la chronique de façon malsaine depuis des semaines, au risque de nourrir les extrêmes."Toute cette séquence de lynchage collectif en dit long sur notre société fracturée, le racisme, l'opportunisme politique et la diffusion dangereuse de fake news, même de la part d'élus à priori respectables, souligne l'eurodéputée Ecolo Saskia Bricmont. Qui ajoute: "Ishane Haouach mérite des excuses publiques de tous ceux qui l'ont prise pour cible et accusée d'appartenir à une mouvance extrémiste sans vérifier la vérité de cette info." Et encore: "Le débat doit avoir lieu. Pas à la manière du MR via les attaques ad nominem avec comme résultat la destruction d'une personne."En retour, les libéraux rappellent qu'il s'agit d'un débat de fond, au-delà de la personne, sur des valeurs fondamentales.Fondamentalement, aussi, ce sont deux visions de la société qui s'opposent. "Nous n'avons aucun mal à dire que nous sommes pour la diversité inclusive", dit-on chez Ecolo. Mais en rien nous n'avons des liens avec un tel mouvement, ni ne faisons du prosélytisme islamique comme certains le prétendent."Une façon d'essayer de changer un storytelling qui leur est devenu nettement préjudiciable.Peter De Roover, chef de groupe N-VA, demandait l'audition d'Ihsane Haouach au parlement, en compagnie d'autres partis d'opposition. "L'évolution de la situation incite davantage à entendre le Premier ministre et la secrétaire d'Etat Ecolo", ajuste-t-il, lundi matin. Gilles Vanden Burre affirme qu'il faut "mettre fin à toutes les spéculations, dont certains sont nauséabondes" et demande qu'"ils s'expriment pour faire taire "les rumeurs et les conditionnels"."Le contrôle parlementaire est utile et il est légitime" de mener ces auditions, souligne Daniel Bacquelaine (MR). Qui ajoute: "Cela permettrait aussi d'ouvrir un débat sur l'entrisme de certaines organisations fondamentalistes dans notre pays". "Il y a un consensus sur la méthode, mais il faut arrêter les insinuations ou les attaques", acquiesce Georges Dallemagne (CDH). Il y a en effet un débat de fond très important à mener pour notre démocratie, notamment sur l'entrisme de certains mouvements".Alexander De Croo introduit le débat et cède d'abord la parole à la secrétaire d'Etat, Sarah Schlitz qui rappelle la nomination d'Ihsane Haouach, le 17 mai dernier, son CV ad hoc, précise que la rémunération est de 1000 euros par an et qu'il ne s'agit pas "d'une fonction publique de premier plan". "J'ai été informée de la volonté de démission de Madame Houach jeudi", explique-t-elle. Une réunion a eu lieu ensuite apres la séance plénière du parlement, vers 16h15, au cours desquelles les informations ont été divulgées au sujet du rapport des Services de renseignement. "J'appelle à la prudence au sujet des conclusions qui ont été tirées", insiste Sarah Schlitz. La démission de la commissaire générale est liée à la campagne à son encontre, qui rendait son action impossible, précise la secrétaire d'Etat."Jeudi midi, juste avant de partir au parlement, j'ai été saisi d'une information relative à madame Haouach", précise Alexander De Croo. qui a a pris connaissance ensuite. Il s'agit d'une initiative prise par la Sûreté de l'Etat, d'elle-même. Les deux ministres précisent que le rapport ne peut être dévoilé. Une réunion a eu lieu ensuite avec le ministre de la Justice, jeudi donc à 16h15. Sur base de cela, un contact a été pris avec madame Haouach, qui avait déjà émis de sérieux doutes au sujet de la poursuite de sa mission.Sa démission a suivi.Peter De Roover, chef de file N-VA, s'étonne de la séquence des événements et notamment du fait que la note des Services des renseignements avait été diffusée mercredi, que le ministre de la Justice l'a visiblement gardé sous le coude, mais aussi que le Premier ministre est informé mercredi midi, mais ne prend connaissance de son contenu... qu'après la séance plénière. "Vous saviez qu'il y avait une note", dénonce Peter De Roover. "Consciemment, vous ne vous êtes pas informé." L'existence de la note n'a été mentionnée publiquement que dans un article du Soir, après la démission, vendredi en fin de journée."Lors de la nomination de madame Haouach, s'est-on interrogé sur son passé?, demande encore Peter De Roover. Elle a été nommée sur base d'un CV en béton, je suis d'accord." Mais il revient sur les déclarations passées de la commissaire démissionnaire et des informations semant le doute qui ont filtré depuis. Le chef de file nationaliste dénonce encore les confusions dans la communication. Il souligne que Sarah Schlitz, "qui suit son agenda de gauche" a mis plusieurs fois la majorité en péril.Gilles Vanden Burre, chef de file Ecolo, souligne que "la transparence doit être mise" et émet "d'immense regrets pour cette séquence politique que l'on connaît depuis des semaines, d'une rare violence." Notamment à l'encontre d'Ihsane Haouach, "que je ne connais pas par ailleurs". "Honnêtement, une telle violence ne nous grandit pas, quelle que soit notre opinion ou notre camp politique."Il en appelle à une grande prudence. Ce débat extrêmement clivant ne permet pas des approximations ou des rumeurs, insiste-t-il. "Ce serait gravissime si ces liens entre madame Haouach et les Frères musulmans étaient avérés, mais ce n'est pas le cas", ajoute-t-il. Il dénonce aussi des insinuations au sujet des liens entre Ecolo et le CCIB et le CCIF français (qui a été interdit). "On abaisse le débat. Pas comme ça, pas de cette manière!"Il ajoute encore: Ayons ce débat sur la neutralité, aucune difficulté. Mais dans la sérénité et dans le respect, avec l'objectif de rassembler. Mais pas de cette manière qui nous enfonce tous."Patrick Prévot (PS) en appelle aussi à la sérénité dans le débat. Et revient sur les différentes séquences de cette nomination. "C'est évidemment une nomination qui a suscite des interrogations: c'est toujours sain d'avoir de tels débats. Malheureusement, on a du constater que certains élus avaient orchestré un harcèlement organisé. Cela n'étonne pas venant de l'extrême droite, cela inquiète davantage quand cela vient de partis démocratiques. Ce type de comportement n'a pas permis davoir un débat serein. On a basculé d'un débat sur le fond à des attaques ad hominem."La sortie de Madame Haouach dans la presse n'était "pas heureuse", souligne le député PS, notamment lorsqu'elle affirmait un certain "relativisme" au sujet de la séparation entre l'Eglise et l'Etat, "auquel mon parti est attaché". "Nous avions pris acte de votre position ferme, monsieur le Premier ministre", ajoute-t-il. "Pour nous, l'incident était clos, c'est avec une certaine surprise que nous avons appris vendredi la démission. La surprise a été encore plus grande en apprenant certaines insinuations." En tant que socialiste, on ne peut que regretter cette fuite. "Qui aurait raison de faire fuiter ce genre de gouvernement? Comptez-vous prendre des mesures pour que cela n'arrive plus?"Permettez-mois d'abord de remercier le Premier ministre pour la réaffirmation de son attachement aux valeurs fondamentales, dit Daniel Bacquelaine (MR). Cet attachement aux libertés fondamentales me permet d'user de la liberté d'expression."Le débat ne porte pas sur le rapport de la Sûreté de l'Etat, tempère Daniel Bacquelaine, bien que nous n'en aurons pas connaissance." Même si un débat sur la transparence de ces informations serait sans doute judicieux. Mais "la désignation de la commissaire de gouvernement n'était pas opportune", insiste-t-il. Je sai que l'on parle d'un CV en béto,n mais à côté de cela, il y a tout le contexte. Il était nécessaire de faire un screning plus détaillé.""Madame la secrétaire d'Etat, je ne peux pas vous suivre quand vous dites qu'elle n'était pas concernée par le port des signes convictionnels, ajoute le MR. Au contraire, elle l'était à double titre. Cela fait partie de la fonction publique et, en outre, il s'agissait d'une nomination d'une portée symbolique à l'Institut pour l'égalité hommes-femmes.""Bien entendu, je ne partage pas le déferlement sur les réseaux sociaux, précise encore le député libéral. Mais deux éléments rendaient sa mission impossible". Il cite son interview où elle évoquait le "lobby musulman" et l'interview où elle relativisait la séparation entre l'Eglise et l'Etat. "J'entends bien que vous affirmez que le débat est clos, conclut Danie Bacquelaine. Mais cela en ouvre de nouveau, sur la neutralité ou sur l'entrisme de certains mouvements" dans notre démocratie."Je déplore aussi la façon dont le débat a été mené, mais la responsabilité en incombe au gouvernement lui-me^me", conclut Georges Dallemagne (CDH). Selon lui, "cette crise n'est pas terminée et j'ai même l'impression qu'il y a une crise de confiance au sein du gouvernement".Dans sa réponse aux nombreuses questions, le Premier ministre souligne que la "fonction de commissaire de gouvernement est généralement peu visible", représente le gouvernement et ne participe aux décisions, mais doit mettre son veto et informer le gouvernement.Alexander De Croo souligne que la note de la Sûreté de l'Etat est bien arrivée au cabinet de la Justice mercredi soir et qu'il a été informé juste avant la séance plénière de jeudi après-midi. "Ce n'est pas un délai trop long", souligne-t-il. "Vous dites que je savais. Effectivement, mais vous comprendrez que je voulais prendre le temps" de les analyser. Ce qu'il a fait après la plénière.L'initiative, confirme le Premier ministre, a été prise de son propre chef par la Sûreté de l'Etat. "Ce n'est pas si étonnant que ça." Et ce n'est pas possible de le faire pour chaque personne nommée quelque part, ajoute-t-il. "Nous serions dans un Etat de sécurité vraiment pas souhaitable." En outre, la mécanique a finalement fonctionné."Je comprends que d'aucuns aimeraient que l'on partage ces informations de la Sûreté de l'Etat, ajoute encore Alexander De Croo. Le problème, c'est que cela ne peut être partagé qu'avec des personnes disposant d'une habilitation de sécurité."A-t-il réagi de façon trop passive? "Pas du tout, dès que j'ai analysé les informations, nous avons organisé une réunion jeudi après-midi."