Un verre de vin par jour, mieux que l'abstinence ?

29/04/14 à 15:00 - Mise à jour à 15:00

Source: Le Vif

Kari Poikolainen, ancien expert de l'OMS, avance que consommer une bouteille de vin par jour serait moins nocif que de ne pas boire du tout. Des allégations contredites par un addictologue qui déclare qu'un verre quotidien seulement serait plus bénéfique que l'abstinence totale.

Un verre de vin par jour, mieux que l'abstinence ?

© AFP

L'affirmation parait farfelue, voire même dangereuse pour la santé publique. Dans le Daily Mail, le finlandais Kari Poikolainen, ancien expert de l'OMS et chercheur dans le domaine de la consommation d'alcool et de la santé, avance que consommer une bouteille de vin par jour serait plus bénéfique que l'abstinence. L'expert nuance toutefois ses propos en précisant qu'il faut boire "avec modération" et qu'un litre (!) de rouge quotidien ne devrait pas être dépassé.

Trois verres maximum par jour

Pourtant, ces affirmations sont loin de cadrer avec les recommandations de l'OMS. Pour cette dernière, trois verres d'alcool par jour pour les hommes et deux pour les femmes seraient le grand maximum. Elle recommande aussi de s'abstenir au moins un jour par semaine de toute consommation d'alcool, selon le site français Sciences et Avenir.

Pour le Dr Poikolainen, les conseils de l'OMS reposent sur des données "trop anciennes" et "non fondées scientifiquement". En analysant toutes les études de ces dix dernières années portant sur les effets de l'alcool sur la santé, il en est parvenu de son côté, à la conclusion qu'avant que la consommation de vin ne devienne plus nocive que l'abstinence, il faudrait en boire plus de...13 verres, soit quatre fois plus que ce qui est actuellement recommandé. Poikolainen reconnait quand même : "boire trop est pire que de s'abstenir".

Il est utile de préciser que les recommandations de l'OMS conernent l'alcool en général alors que le Dr Poikolainen parle de vin. Cette nuance mérite d'être signalée étant donné les bienfaits régulièrement reconnus du vin rouge. Grâce aux polyphénols du raisin et à la fermentation de l'alcool, le vin a en effet des effets vasodilatateurs, anti-agrégants et antioxydants qui réduisent les risques de maladies cardiovasculaires.

"Des propos insensés !"

Vu le grand écart entre les propos du chercheur finlandais et ceux de l'OMS, on ne peut que prendre avec la plus grande précaution les dires de cet expert. Ses propos sont carrément "insensés" pour l'addictologue Michel Lejoyeux, interrogé par Le Nouvel Obervateur. Pour lui, les analyses du docteur Kari Poikolainen sont même complètement fausses. " Il est dans le déni de tous les effets toxiques de l'alcool", déclare-t-il au journal français. "Avec 13 verres d'alcool par jour, nous arrivons à un seuil en contradiction avec toutes les données de santé publique. Consommé à cette dose, le vin peut faire de graves dégâts. Chez une personne non consommatrice d'alcool, il existe, d'une part, un grand risque de mauvaise tolérance. D'autre part, une telle dose représente une porte d'entrée immédiate vers la dépendance. La consommation d'une bouteille de vin par jour peut entraîner des troubles de la vigilance, des comportements violents, voire un coma éthylique. Au-delà de 13 verres, certaines personnes dans le coma peuvent tout à fait régurgiter dans leurs poumons et frôler l'overdose !", prévient-il.

Un verre par jour, mieux que l'abstinence

Toutes les affirmations du scientifique finlandais ne sont cependant pas à jeter à la poubelle. Le seul argument valable du docteur Poikolainen qui pourrait éventuellement être discuté est celui des effets positifs d'une faible consommation de vin rouge, selon Michel Lejoyeux. "Les études à ce sujet ont montré qu'à un verre ou deux maximum par jour, nous observions une diminution du risque cardio-vasculaire. Globalement, il existe bel et bien une petite tendance montrant qu'un verre par jour était meilleur pour la santé que l'abstinence totale. À moins de deux verres, la consommation n'entraîne ainsi aucune nocivité confirmée... mais certainement pas à 13 !", conclut l'addictologue.

En savoir plus sur:

Nos partenaires