Washington et Ankara veulent débarrasser le nord de la Syrie de l'Etat islamique

27/07/15 à 16:34 - Mise à jour à 20:33

Les Etats-Unis et la Turquie se sont promis lundi de développer leur coopération militaire pour éradiquer le groupe Etat islamique (EI) du nord de la Syrie, alors qu'Ankara a assuré que son offensive pouvait "changer l'équilibre" de la région.

Washington et Ankara veulent débarrasser le nord de la Syrie de l'Etat islamique

© BELGAIMAGE

"Le but est d'établir une zone débarrassée de l'EI et d'améliorer la sécurité et la stabilité le long de la frontière entre la Turquie et la Syrie", a déclaré à l'AFP un responsable militaire américain en marge d'une visite du président Barack Obama en Ethiopie.

Longtemps accusé de complaisance vis-à-vis des organisations radicales en lutte contre le régime de Damas, le gouvernement islamo-conservateur turc a opéré un virage après l'attentat suicide meurtrier de Suruç (sud), attribué à l'EI, et la mort d'un de ses soldats tué lors d'une attaque djihadiste à la frontière.

Depuis vendredi, l'armée turque a mené plusieurs raids aériens contre des objectifs de l'EI en Syrie. Ankara a aussi donné son feu vert, longtemps attendu, à l'utilisation de la base d'Incirlik (sud) aux avions américains qui bombardent l'EI en Syrie et en Irak.

Les détails de l'accord évoqué par Washington restent toutefois à définir.

Selon le responsable américain, il impliquerait un soutien turc aux "partenaires au sol" des Etats-Unis, à savoir les troupes de l'opposition syrienne modérée. En revanche, il ne s'agit pas d'instaurer la "zone d'exclusion aérienne" réclamée par Ankara.

"Nous ne voulons pas voir Daech à la frontière turque"

Le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu a confirmé lundi sa détermination à lutter contre l'EI.

"Nous ne voulons pas voir Daech (l'acronyme arabe de l'EI) à la frontière turque", a-t-il répété dans un entretien lundi dans la presse turque. "Nous n'enverrons pas de troupes terrestres", a-t-il toutefois ajouté.

"La présence d'une Turquie susceptible d'utiliser efficacement la force peut permettre de changer l'équilibre en Syrie, en Irak et dans toute la région", a-t-il ajouté.

Son ministre des Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu, a promis de son côté que son pays participerait désormais "activement" aux frappes aériennes de la coalition.

Presque simultanément à son entrée en guerre contre les djihadistes, la Turquie a bombardé les bases arrières des rebelles du parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) dans le nord de l'Irak. Dimanche soir encore, les F-16 turcs ont mené une nouvelle série de frappes contre des cibles rebelles.

Dans la foulée de l'attentat de Suruç qui a visé des militants prokurdes, le PKK avait revendiqué en représailles une série d'attaques meurtrières contre des policiers. Juste après les premiers raids aériens turcs, il a proclamé la fin de la trêve qu'il respectait depuis 2013 et revendiqué la mort de deux soldats.

Cette escalade menace de faire capoter le fragile processus de paix engagé en 2012 pour mettre un terme à une rébellion qui a fait 40.000 morts depuis 1984.

"Ces attaques (du PKK) menacent la démocratie", s'est défendu lundi M. Davutoglu.

Suspicions quant aux intentions turques

La double offensive engagée par Ankara contre le PKK et les djihadistes nourrit la suspicion. Certains affirment que la priorité des Turcs est la lutte contre les Kurdes, plutôt que celle contre l'EI.

Illustration de ces suspicions, les Kurdes de Syrie ont accusé lundi la Turquie d'avoir ouvert le feu contre deux villages du secteur frontalier de Zur Maghar, dans la province d'Alep (nord de la Syrie), faisant quatre blessés parmi ses combattants.

"Au lieu de s'en prendre aux positions occupées par les terroristes de l'EI, les forces turques attaquent nos positions de défense", ont dénoncé les Unités de protection du peuple (YPG) kurdes, alliées du PKK, à la pointe du combat contre les jihadistes.

La Turquie a démenti ces allégations, affirmant n'avoir fait que riposter à des tirs venus de la Syrie.

"Le PYD (principal parti kurde de Syrie), avec d'autres ne fait pas partie des objectifs de nos opérations militaires", a assuré à l'AFP un responsable turc qui s'exprimait sous le couvert de l'anonymat.

La Turquie s'est inquiétée à plusieurs reprises de la formation à sa frontière d'une région autonome kurde dans le nord de la Syrie.

S'ils ont applaudi son offensive contre l'EI, les alliés de la Turquie ont paru plus réservés sur celle qui vise le PKK.

"L'autodéfense doit être proportionnée", a souligné le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg à la télévision norvégienne NRK, en soulignant les "progrès" permis par le processus de paix engagé entre Ankara et les Kurdes.

L'Otan doit se réunir mardi à Bruxelles pour évoquer la situation sécuritaire en Turquie.

Par ailleurs, la police turque a poursuivi lundi sa vague d'arrestations contre des militants présumés du PKK, du groupe EI et de l'extrême gauche. Selon un responsable turc, 900 personnes ont été arrêtées depuis vendredi.

La Turquie continuera ses frappes contre le PKK jusqu'à ce qu'il dépose les armes

La Turquie va poursuivre son offensive militaire contre le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) jusqu'à ce que les rebelles kurdes déposent les armes, a promis lundi le Premier ministre islamo-conservateur Ahmet Davutoglu.

"Nous allons continuer notre combat (...) jusqu'à ce que nous parvenions à un certain résultat", a déclaré M. Davutolgu lors d'un entretien sur la chaîne de télévision ATV. "C'est soit les armes, soit la démocratie, les deux ne sont pas compatibles", a-t-il dit.

La Turquie a lancé vendredi soir une série de raids aériens contre les bases arrières du PKK dans le nord de l'Irak, en riposte aux attaques meurtrières attribuées au mouvement kurde qui ont visé des membres des forces de sécurité ces derniers jours.

Le PKK a en retour rompu la trêve qu'il respectait depuis 2013 et assassiné deux soldats.

Cette escalade menace de faire définitivement capoter le fragile processus de paix engagé à l'automne 2012 par le régime du président Recep Tayyip Erdogan afin de mettre un terme à une rébellion qui a fait 40.000 morts depuis 1984.

Le bureau du chef du gouvernement a confirmé lundi soir la dernière vague de frappes lancée il y a vingt-quatre heures contre le PKK. Elle a visé "des abris, centres logistiques et des caches", a-t-il précisé dans un communiqué.

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