US-Russie: les vraies raisons du coup de froid entre Obama et Poutine

08/08/13 à 13:59 - Mise à jour à 13:59

Source: Le Vif

Barack Obama a annulé mercredi sa participation à un sommet à Moscou avec Vladimir Poutine. L'attitude de la Russie dans l'affaire Snowden, n'est que le dernier en date des points de friction entre les deux partenaires. Décryptage.

US-Russie: les vraies raisons du coup de froid entre Obama et Poutine

© Reuters

Un camouflet inhabituel. Mercredi, Barack Obama a annulé sa participation à un sommet à Moscou programmé en septembre avec son homologue Vladimir Poutine. La Maison Blanche avait déjà laissé planer le doute depuis plusieurs semaines sur le maintien de ce sommet.

Barack Obama reproche à la Russie de revenir à "une mentalité de la Guerre froide". "Ce que je dis au président Poutine, c'est que c'est le passé et que nous devons penser à l'avenir. Et il n'y a pas de raison pour que nous ne puissions pas être en mesure de coopérer plus efficacement que nous ne le faisons", a déclaré mardi le président américain lors d'un entretien télévisé.
S'il a évoqué sa "déception" sur l'attitude de Moscou dans l'affaire Snowden, celle-ci n'est que le dernier élément dans la montée des tensions entre les deux dirigeants.

"Etant donné le manque de progrès sur des questions comme la défense antimissile, la prolifération, le commerce, les questions de sécurité et des droits de l'Homme ces 12 derniers mois, nous avons informé le gouvernement russe que nous pensions qu'il serait plus constructif de repousser le sommet jusqu'à ce que nous obtenions plus de résultats", a expliqué le porte-parole du président Obama James Carney. L'expression "ces 12 derniers mois" semble mettre en cause le rôle de Vladimir Poutine, qui a repris les rênes du Kremlin en mai 2012.

A son arrivée au pouvoir, Barack Obama avait en effet tenté de relancer les relations entre les deux pays avec le président Dmitri Medvedev qui avait quelque peu assoupli les positions de la Russie, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur (le fameux reset). Mais depuis le retour de Poutine au Kremlin, les contentieux s'accumulent.

L'affaire Snowden

L'asile accordé la semaine dernière par Moscou à Edward Snowden, ancien consultant du renseignement américain - qui a révélé l'ampleur du programme de surveillance des communications électroniques par son pays - a agacé Washington. La Maison Blanche avait réclamé à maintes reprises l'expulsion de Snowden et s'est dite "extrêmement déçue" par la décision de Moscou. Cette affaire ne constitue pourtant qu'un "élément mineur", selon Steven Pifer, spécialiste de la Russie à l'institut Brookings de Washington.

L'affaire Magnitski

L'avocat russe Sergueï Magnitski, employé par un cabinet juridique américain, est mort de mauvais traitements dans une prison russe en 2009, après avoir dénoncé un scandale de corruption. En réaction, les Etats-Unis ont interdit de visas une soixantaine d'officiels russes impliqués dans l'affaire. Moscou a réagi en promulguant une loi interdisant l'adoption d'enfants russes par des citoyens américains. Et enfoncé le clou en condamnant par contumace l'avocat, quatre ans après sa mort.
Or, comme l'expliquait récemment à L'Express Marie Mendras, spécialiste de la Russie, pour Moscou la justice est un instrument utilisé pour la coercition des opposants.

Défense antimissile et prolifération

Le projet américain de bouclier antimissile aux frontières est de l'Europe orientale est l'un des autres contentieux entre les deux pays. Malgré la signature d'un accord de désarmement mutuel en 2010, les Etats-Unis n'ont réduit leur système antimissile qu'à la marge. Récemment, Barack Obama a lancé un appel, lors de sa visite à Berlin à une réduction supplémentaire des arsenaux nucléaires, mais Moscou a refusé.

Droits de l'Homme

Depuis le retour de Poutine au Kremlin, les attaques contre les droits de l'Homme pleuvent en Russie, avec des procès en série contre des opposants, ou plus récemment le vote d' une loi homophobe par la Douma. Le pouvoir s'est également attaqué aux ONG recevant des fonds extérieurs à la Russie en promulguant une loi exigeant qu'elles soient enregistrées comme "agents de l'étranger". Moscou retrouve ainsi sa capacité de tenir le monde en haleine par son 'niet!

Le dossier syrien

Depuis le début de la crise en Syrie, la Russie a systématiquement mis son veto à toutes les décisions de l'ONU condamnant le régime syrien, et ce dès les premières manifestations, alors pacifiques. Parallèlement, tout en s'indignant de la possibilité de livraison d'armes occidentales aux rebelles, Moscou a continué à en fournir au régime de Bachar el-Assad.

L'endurance du régime syrien et l'indifférence des pays

occidentaux au franchissement de toutes les "lignes rouges" par Damas (armes chimiques, intervention du Hezbollah, blocage de l'aide humanitaire, frappes hors du territoire) ont encouragé Poutine à maintenir son soutien actif au régime D'Assad, explique Marie Mendras. "Moscou retrouve ainsi sa capacité de tenir le monde en haleine par son 'niet!'"

Commerce

En juin dernier, les Etats-Unis ont énuméré plusieurs sujets d'"inquiétude" concernant le respect par la Russie des règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), à laquelle Moscou a adhéré en 2012, avec l'appui de Washington.

Et après?

Les deux partenaires maintiennent toutefois des relations parce qu'ils ont encore des intérêts communs, en particulier l'approvisionnement des soldats américains en Afghanistan. Le fait que l'administration Obama maintienne la rencontre ministérielle montre d'ailleurs "qu'ils sont prêts à coopérer là où c'est possible", assure toutefois Pifer. "Les relations russo-américaines ont toujours été mouvementées, alternant entre dialogue constructif et tensions et confrontation", rappelle de son côté Valéri Garbouzov, expert de l'institut USA-Canada.

Mais alors que les raisons de se fâcher avec la Chine ne manquent pas, Obama est obligé de faire un effort avec le géant économique que représente Pékin, relève l'éditorialiste Max Fisher dans le Washington Post. La Russie, en revanche, contrairement à l'époque de la Guerre froide, ne pèse plus suffisamment "pour constituer une priorité pour Obama ".

Par Catherine Gouëset

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