"Protéger les lanceurs d'alerte est nécessaire pour la défense des droits de l'homme"

28/03/18 à 16:58 - Mise à jour à 16:58

Source: Belga

Les lanceurs d'alerte sont nécessaires pour la défense des droits de l'homme. Il serait dès lors essentiel de faire aboutir les discussions actuelles autour d'une convention les protégeant, estime Me Christophe Marchand, qui conseille notamment le fondateur de Wikileaks Julian Assange. "Sans leurs révélations, il est impossible pour un avocat d'avancer dans un dossier d'importance."

"Protéger les lanceurs d'alerte est nécessaire pour la défense des droits de l'homme"

"Protéger les lanceurs d'alerte est nécessaire pour la défense des droits de l'homme" estime Me Christophe Marchand, qui conseille notamment le fondateur de Wikileaks Julian Assange. © BELGAIMAGE

Julian Assange est toujours "détenu" dans l'ambassade d'Équateur à Londres dans laquelle il s'est réfugié en 2012, alors qu'il craignait d'être arrêté puis extradé vers les Etats-Unis, selon les termes de son conseil. "Sa seule perspective est que le Royaume-Uni lui octroie un laissez-passer qui lui permettrait de prendre un avion pour l'Équateur et mette ainsi fin à cette détention, comme le lui ont demandé les Nations Unies dans une décision très claire mais qui n'est pas appliquée, au mépris du droit international."

Les ennuis judiciaires du fondateur de Wikileaks remontent à 2010, lorsqu'un mandat d'arrêt européen a été émis par la Suède à son encontre pour agression sexuelle. L'Australien a toujours nié les faits, craignant qu'il ne s'agisse d'un prétexte pour l'extrader vers les Etats-Unis, où les révélations du site sur les secrets de guerre en Afghanistan passent mal, certains hommes politiques allant jusqu'à réclamer l'élimination pure et simple du lanceur d'alerte.

"Quand je suis entré dans le dossier, je pensais que la Suède était un modèle de démocratie", se remémore Me Marchand. "En fait, nous nous sommes rendus compte que Stockholm avait des liens très étroits avec Washington et qu'il y avait 15 à 20 dossiers dans lesquels la Suède avait été condamnée par des juridictions internationales pour ne pas avoir respecté les droits fondamentaux dans des affaires d'extradition."

En Grande-Bretagne, après avoir été libéré sous bracelet électronique, Julian Assange voit son extradition vers la Suède finalement autorisée par un juge. Il se réfugie alors à l'ambassade d'Équateur, enclin à montrer son indépendance vis-à-vis des Etats-Unis alors qu'une vague de basculement à gauche parcourt l'Amérique latine.

"On ne sait pas qui a monté cette affaire suédoise, mais ce qu'on a constaté c'est qu'il y avait des curiosités dans le dossier", explique l'avocat de l'Australien. "La plainte avait été classée sans suite, puis un autre procureur a relancé le dossier. On a aussi découvert des mails échangés entre les parquets suédois et britannique, soit de la collusion pour s'assurer qu'Assange allait bien être condamné, ainsi que des mails entre la procureur suédoise et les autorités américaines."

Mi-2017, la Suède a abandonné définitivement les poursuites, mais le fondateur de Wikileaks risque toujours d'être arrêté s'il met un pied dehors, le Royaume-Uni ayant émis un mandat d'arrêt à son encontre pour ne pas avoir respecté les conditions de sa libération sous bracelet en 2012, en l'occurrence en se réfugiant dans l'ambassade. Une demande de levée de ce mandat a d'ailleurs été récemment refusée par la justice britannique, de manière "surprenante", selon son avocat.

Début 2018, l'Équateur, qui tente de trouver une porte de sortie à son encombrant locataire, lui a accordé la nationalité et l'a engagé comme personnel diplomatique en vue de lui faire bénéficier d'une immunité. Ce n'est cependant pas encore suffisant, un Etat ayant la possibilité de s'opposer ou de retirer le statut, comme l'a montré la récente expulsion de diplomates russes, rappelle Me Marchand.

Le film "Hacking Justice", de Clara López Rubio, se penche sur les efforts du célèbre juge espagnol Baltasar Garzón pour parvenir à l'abandon des poursuites à l'encontre de Julian Assange. Diffusé en première belge mardi soir, il fait partie de la sélection internationale du Millenium. Le nom de l'Objectif d'Or de la 10e édition du festival sera dévoilé vendredi soir au cinéma Galeries.

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