Pour Juncker, le Brexit ne sera pas "un divorce à l'amiable"

25/06/16 à 09:39 - Mise à jour à 09:52

Source: Belga

La sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne ne se passera pas comme un "divorce à l'amiable", a mis en garde le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker en réclamant que Londres dépose "immédiatement" sa demande de quitter l'UE.

Pour Juncker, le Brexit ne sera pas "un divorce à l'amiable"

© Reuters

"Ce n'est pas un divorce à l'amiable mais après tout ce n'était pas non plus une grande relation amoureuse", a-t-il lâché à l'antenne de la télévision allemande ARD vendredi soir.

"Je ne comprends pas pourquoi le gouvernement britannique a besoin d'attendre jusqu'au mois d'octobre pour décider si oui ou non il envoie la lettre de divorce à Bruxelles. J'aimerais l'avoir immédiatement", a-t-il insisté.

Le Premier ministre britannique David Cameron a annoncé vendredi, après la victoire du Brexit au référendum, qu'il quitterait ses fonctions en octobre et qu'il laisserait à son successeur le soin de négocier la sortie de l'UE de son pays.

Un des favoris à sa succession, l'ex-maire de Londres Boris Johnson, a assuré de son côté que le départ britannique devait se faire "sans précipitation", laissant entendre que les autorités allaient faire traîner les choses le plus longtemps possible.

"Scandaleux"

Le président du Parlement européen, Martin Schulz, a jugé "scandaleux" le choix de M. Cameron ne quitter son poste qu'en octobre, estimant qu'il prenait "tout le continent (européen) en otage".

Lorsque M. Cameron a annoncé en 2013 son intention d'organiser un référendum sur le maintien ou la sortie de la Grande-Bretagne de l'UE, "il a emprisonné un continent entier pour ses négociations tactiques", a déclaré dans la soirée le responsable social-démocrate sur la chaîne publique ARD.

Après la victoire du Brexit lors du référendum de jeudi, M. Cameron a annoncé sa démission en précisant qu'il quitterait ses fonctions après la désignation d'un nouveau leader lors du congrès de son Parti conservateur début octobre.

"Une nouvelle fois, tout un continent est pris en otage pour des réflexions internes au parti conservateur britannique", a fustigé M. Schulz, qui juge ce retrait trop tardif.

"On peut aussi convoquer un congrès demain matin si on le souhaite", a encore critiqué le président du Parlement européen.

Berlin va jouer un "rôle central"

Jean-Claude Juncker, a également estimé samedi dans un entretien au quotidien allemand Bild que Berlin allait jouer un "rôle central" au sein de l'UE après le vote en faveur du Brexit.

"L'Allemagne va continuer à jouer un rôle central, voire même encore plus important au sein de l'Union européenne", a déclaré M. Juncker à Bild, alors que la chancelière Angela Merkel a d'ores et déjà invité lundi à Berlin le président français François Hollande, le Premier ministre italien Matteo Renzi et le président du Conseil européen Donald Tusk.

Samedi, une réunion des ministres des Affaires étrangères des six pays fondateurs de l'UE (Allemagne, France, Italie, Belgique, Pays-Bas et Luxembourg) est également prévue à Berlin.

L'UE n'est certes pas parfaite mais "c'est ce que nous avons de meilleur pour rassembler les pays d'Europe à la même table et forger des compromis afin que les gens y vivent en paix, libres et dans la prospérité", a déclaré M. Juncker. Le Royaume-Uni va "nous manquer à cette table familiale", a-t-il dit.

M. Juncker a toutefois pointé la responsabilité et l'ambivalence du Premier ministre David Cameron, démissionnaire vendredi après le référendum lors duquel 51,9% des électeurs ont voté pour le Brexit, alors que M. Cameron avait fait campagne pour le maintien de son pays dans l'UE.

"Quand on peste du lundi au samedi sur l'Europe, il est difficile de passer pour un Européen convaincu le dimanche", a accusé M. Juncker, pour qui Bruxelles ne porte "aucune responsabilité" dans les résultats d'un scrutin voulu par M. Cameron "et non par le Parlement européen, la Commission ou le Conseil européen".

Lors du prochain sommet extraordinaire des dirigeants de l'UE, mercredi et jeudi, il faut réfléchir à "comment nous pouvons mieux nous occuper des soucis des gens et contrer les mouvements populistes de façon résolue et unie", a-t-il insisté.

Le président de la Commission européenne n'exclut du reste pas l'hypothèse de nouveaux référendums dans d'autres pays de l'UE, dans la mesure où "les populistes (...) ne perdent aucune occasion pour faire entendre à grand bruit leurs (idées) politiques anti-européennes".

"Les effets du référendum britannique pourraient toutefois amener la fin de cette grossière agitation haineuse. Il pourrait rapidement s'avérer que la Grande-Bretagne allait mieux lorsqu'elle était dans l'UE", a-t-il estimé.

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