Plongée dans le Grand ouest américain, dernier refuge des cow-boys

06/01/16 à 13:55 - Mise à jour à 13:55

Source: Afp

L'occupation par des agriculteurs armés d'un parc naturel du nord-ouest des États-Unis illustre l'aggravation de la question de l'utilisation des immenses terres fédérales, entre ceux qui veulent les exploiter et ceux qui veulent les protéger.

Plongée dans le Grand ouest américain, dernier refuge des cow-boys

© Reuters

Même si l'actuel accès de colère dans l'Etat de l'Oregon a été déclenché par une condamnation de deux éleveurs locaux, la contestation s'enracine en effet dans un problème nettement plus large et plus ancien.

Et, dans cette Amérique des ranchs et des rodéos, la grogne touche une population nettement plus importante que les quelques dizaines de manifestants coiffés de chapeaux de cow-boys qui défient la police au siège du Malheur Wildlife Refuge.

Les vastes territoires de l'Amérique ont d'abord servi au jeune et faible pouvoir central d'alors à asseoir son autorité, le gouvernement créant des nouveaux États et cédant des surfaces dans le cadre de la conquête de l'Ouest.

Les terres fédérales: 85% du Nevada...

Priorité était alors donnée au développement économique, à la construction des réseaux de transport, à la production des forêts et des mines.

Au tournant des XIXe et XXe siècles s'est toutefois opéré un revirement, l'accent étant mis désormais sur la préservation des espaces naturels et des ressources. La fondation en 1872 du parc national de Yellowstone témoigne de cette prise de conscience, qui va voir les autorités fédérales consolider leurs lois de gestion des terres, en faisant davantage primer l'intérêt du pays sur celui des populations locales. Aujourd'hui, selon un rapport du Congrès de décembre 2014, le gouvernement américain possède 28% des terres des États-Unis.

Ces propriétés foncières sont placées sous le contrôle de quatre agences fédérales chargées de la gestion du territoire, des forêts, de la pêche, des parcs nationaux et de la vie sauvage. Le ministère de la Défense en possède aussi une partie, sous la forme de bases militaires et de terrains d'entraînement.

... mais 1% de l'Ohio

Mais la répartition de ces avoirs gouvernementaux est déséquilibrée, en raison de l'histoire de la colonisation et des traités anciens.

Le gouvernement fédéral possède ainsi 85% du Nevada, 62% de l'Idaho, 53% de l'Oregon, 61% de l'Alaska ou 65% de l'Utah, des États situés à l'Ouest... mais moins de 4% de l'Alabama, du Missouri, de l'Ohio ou de la Pennsylvanie, des États situés au centre ou à l'est. Les conflits tendent à éclater dans les États aux terres majoritairement possédées par le gouvernement central.

Dans ces régions, les autorités ont longtemps délivré aux propriétaires de ranch locaux des permis de pâturage, de coupe de bois ou d'exploitation minière.

Mais ces derniers, parmi lesquels des protestataires rassemblés dans l'Oregon, dénoncent une multiplication récente de règlements entravant le libre exercice de leur métier, en particulier pour la protection des écosystèmes.

Les éleveurs, notamment, estiment détenir un droit inaliénable de faire paître leur bétail sur des terres fédérales, et se hérissent à l'idée de devoir payer pour cet accès. "Ces gens considèrent ces terres comme les leurs, même si elles ne leur ont jamais appartenu. On leur a accordé à peine un droit d'usage et non un droit de propriété. Ils prennent les gestionnaires fédéraux pour des espèces de suzerains qui ne travaillent pas la terre", explique à l'AFP Gerald Torres, professeur à l'école de droit de l'université Cornell. Déjà à l'époque du président Ronald Reagan, rappelle-t-il, l'Ouest américain avait été agité par la "Sagebrush Rebellion", un mouvement de contestataires qui revendiquaient davantage de contrôle sur les terres fédérales, voire leur privatisation.

"Quand les marchés de l'agriculture ou de l'élevage sont tendus, tout effort pour augmenter les droits de pâturage, ou même pour collecter des droits de pâturage est vu comme une attaque. À cela s'ajoutent les efforts pour protéger les espèces en danger ou les limitations des quantités d'eau que l'on peut puiser dans les rivières", souligne-t-il.

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