Petro Porochenko investi président d'Ukraine

07/06/14 à 10:27 - Mise à jour à 10:27

Source: Le Vif

Le milliardaire pro-occidental Petro Porochenko a été investi samedi cinquième président de l'Ukraine indépendante lors d'une cérémonie au Parlement à Kiev en présence de nombreux chefs d'Etat et de gouvernement étrangers. L'espoir d'une sortie de la profonde crise politique actuelle dans le pays pèse sur les épaules du milliardaire pro-occidental.

Petro Porochenko investi président d'Ukraine

© Reuters

Poroshenko, qui a été élu le 25 mai avec plus de 54% des voix, prend ses fonctions alors que de violents affrontements sont toujours en cours entre les forces gouvernementales et les séparatistes pro-russes dans l'est du pays, qui ont fait au moins 180 morts depuis le mois d'avril, selon des chiffres officiels.

Le nouveau président a été investi en présence de nombreux chefs d'Etat et délégations étrangères, comme le vice-président américain Joe Biden, le président du Conseil européen Herman Van Rompuyn, le président polonais Bronislaw Komorowski puis la présidente lituanienne Dalia Grybauskaite.

Le président russe Vladimir Poutine n'était pas convié à l'événement, mais Moscou était représenté par l'ambassadeur Mikhail Zurabov, qui a été officiellement renvoyé à Kiev plus tôt cette année pour "des consultations".

Petro Porochenko succède à Viktor Ianoukovitch, destitué fin février après un bain de sang sur le Maïdan de Kiev et en fuite depuis en Russie, à l'issue de trois mois de contestation pro-européenne.

Lors de son discours d'investiture, le président ukrainien s'est engagé a maintenir l'unité du pays, dont l'Est est en proie à une insurrection séparatiste pro-russe. Il a ajouté qu'il refuserait tout "compromis" avec la Russie sur l'orientation européenne de son pays et sur l'appartenance de la Crimée à l'Ukraine. "La Crimée a été et restera ukrainienne", a-t-il déclaré, provoquant des applaudissements dans le Parlement. "Je l'ai dit clairement au dirigeant russe en Normandie", a-t-il ajouté. "Je ne veux pas la guerre, je ne veux pas de vengeance. Je veux la paix et je vais tout faire pour l'unité de l'Ukraine."

M. Porochenko, s'adressant aux habitants de la région industrielle russophone du Donbass, contrôlée en grande partie par les rebelles et où il compte se rendre rapidement, leur a promis de mener une décentralisation du pouvoir et de garantir l'usage libre de la langue russe. "Beaucoup d'entre vous ont senti 'les charmes' du règne des terroristes", a-t-il dit, en russe, à l'intention des habitants des régions de l'Est rebelle. "Nous ne vous abandonnerons en aucune circonstance", a-t-il poursuivi.

Le président a reconnu que le rétablissement de la paix serait impossible sans la normalisation des relations avec la Russie tout en insistant que le statut de la Crimée, péninsule ukrainienne annexée à la Russie, et l'orientation pro-européenne de l'Ukraine n'étaient pas négociables.

Il a également promis la "signature le plus vite possible" du volet économique de l'accord d'association avec l'Union européenne et l'introduction d'un régime sans visa pour les Ukrainiens. "Aujourd'hui nous revenons dans notre maison, c'est un processus irréversible. Que Dieu nous bénisse. Gloire à l'Ukraine", a-t-il conclu.

L'Otan et l'UE saluent l'investiture de Porochenko

L'investiture samedi du président ukrainien Petro Porochenko a immédiatement été saluée par l'Otan et par le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, qui ont rappelé dans des communiqués séparés le soutien des deux institutions à l'Ukraine, son intégrité territoriale et sa stabilité.

"Je félicite chaleureusement Petro Porochenko pour son investiture en tant que président de l'Ukraine", écrit le secrétaire général de l'Alliance atlantique, Anders Fogh Rasmussen, dans un communiqué.
"J'ai confiance dans le fait que le leadership du président Porochenko contribuera à la stabilisation du pays, en s'appuyant sur le dialogue politique sans exclusive lancé avant les élections", poursuit-il. Il rappelle que l'Otan "est en train de finaliser de nouvelles mesures complètes pour aider l'Ukraine et soutenir les réformes dans le domaine de la sécurité et de la défense du pays".
"Les Alliés de l'Otan restent fermes dans leur soutien à la souveraineté, l'indépendance et l'intégrité territoriale de l'Ukraine", conclut-il.

De son côté, M. Van Rompuy, qui assistait à la cérémonie d'investiture à Kiev, a "réitéré le soutien de l'Union européenne à l'Ukraine et son engagement à ses côtés".

M. Porochenko "a reçu un mandat fort pour avancer sur le chemin des réformes et faire de l'Ukraine le pays moderne et démocratique auquel ses citoyens aspirent; un pays uni et décentralisé, où chacun trouve sa place et où différentes identités et minorités sont reconnues et respectées. Un dialogue approfondi et sans exclusive jouera sans aucun doute un rôle important dans ce processus de transformation."

Sans nommer la Russie, M. Van Rompuy souligne que "le retour de l'Ukraine à la stabilité et les efforts en vue de sa croissance et de son développement profiteront à tous ses voisins". Ceux-ci "doivent aussi respecter ses choix souverains, y compris des liens plus étroits avec l'Union européenne, et son intégrité territoriale", ajoute-t-il en rappelant que "l'Union européenne se tiendra aux côtés de l'Ukraine et reste prête à coopérer avec ceux qui partagent ces objectifs de démocratie, prospérité et stabilité".

Investiture de Porochenko: réactions mitigées à Donetsk

Donetsk, place forte des séparatistes pro-russes dans l'est de l'Ukraine, les réactions à l'investiture samedi à Kiev du nouveau président Petro Porochenko étaient partagées, certains espérant l'ouverture de négociations, d'autres restant sceptiques.

"Porochenko est quelqu'un de bien. Il va peut-être réussir à régler la situation. Pas tout de suite, évidemment, mais en ouvrant des négociations avec l'est de l'Ukraine. Je crois vraiment qu'il peut trouver une solution", déclare Vladimir, 61 ans, qui loue des vélos pour enfants sur la place Lénine, au centre de Donetsk.

Une grand-mère qui vient de prendre des vélos pour ses petits-fils intervient: "Porochenko n'est pas le patron. C'est les Etats-Unis qui donnent les ordres, pas lui ! Je n'ai pas écouté son discours d'investiture, mais je suis sûre que ça ne va pas du tout s'améliorer avec lui".

"Il a été élu par l'ouest de l'Ukraine, pas par nous. Ce n'est pas notre président. Ce qui se passe à Kiev, ce n'est pas notre affaire", ajoute un père de famille, Sergueï, 48 ans.

Tatiana, 56 ans, qui promène son petit-fils, est du même avis: "Porochenko n'est pas notre président. Nous avons notre Etat à nous, la république de Donetsk, même si nous ne sommes pas reconnus pour le moment. Je veux que mon petit-fils vive dans une république indépendante, où il pourra parler russe".

Jeune mère de famille, Natacha, 32 ans, ne soutient pas du tout les séparatistes prorusses de Donetsk mais elle s'interroge sur les chances de voir le nouveau président ukrainien mettre fin au conflit meurtrier dans l'est du pays.

"J'aimerais que Porochenko vienne ici pour se mettre d'accord avec l'autre partie. Je ne sais rien de lui. Je garde espoir malgré tout, même si je vois que beaucoup de mes amis partent, surtout ceux qui ont des enfants", indique-t-elle.

Troublée par les pillages qui se sont multipliées à Donetsk après la prise du pouvoir par les séparatistes pro-russes, Tatiana espère que le nouveau président pourra restaurer un pouvoir légal dans la région: "Je veux un pouvoir légitime, élu dans un scrutin normal, pas comme ce référendum (pour l'indépendance de la région de Donetsk en mai dernier)", ajoute-t-elle.

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