Omar Ben Laden: "J'étais l'héritier de la famille"

15/04/10 à 16:52 - Mise à jour à 16:52

Source: Le Vif

Le quatrième fils d'Oussama Ben Laden s'est vu refuser l'accès à l'espace européen Schengen pour faire la promotion de son livre. Nous l'avons rencontré.

Omar Ben Laden: "J'étais l'héritier de la famille"

© Reuters

Omar Ben Laden, quatrième fils de l'homme le plus recherché au monde, Oussama Ben Laden, s'est vu refuser un visa pour les pays européens de la zone Schengen où il devait participer à la campagne de promotion de son livre, "Oussama Ben Laden, portrait de famille". "Les pays de la zone Schengen ont émis une réponse négative à sa demande de visa", explique son éditeur. "Mardi soir, la France n'avait toujours pas décidé de lui délivrer un visa à validité territoriale limitée. Depuis, silence radio! C'est au-delà des délais habituels du Quai d'Orsay et le livre paraît vendredi en librairie", a précisé la maison d'édition Denoël, interrogée par l'AFP.

Omar Ben Laden, 29 ans, quatrième fils des vingt enfants de Ben Laden et qui vit "dans un émirat du golfe", devait participer à la campagne de promotion de son livre, co-écrit avec sa mère Najwa, une Syrienne de 51 ans, première des cinq épouses connues du chef d'al-Qaïda, ainsi qu'avec une journaliste américaine indépendante, Jean Sasson.

L'ouvrage raconte la vie de la famille depuis le mariage d'Oussama Ben Laden et Najwa en 1974 en Arabie Saoudite, puis au Soudan et en Afghanistan qu'Omar quittera juste avant les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Il y dénonce la dérive meurtrière de son père. Notre envoyé spécial l'a rencontré.

Votre nom de famille est-il lourd à porter?

Disons que cela rend parfois ma vie très compliquée: les activités politiques et militantes de mon père suscitent souvent des réactions négatives, en particulier dans les pays occidentaux. En Arabie saoudite, en revanche, ce patronyme évoque aussi la figure de mon grand-père, un homme très intelligent et travailleur, qui a contribué à construire le pays.

Vous avez quitté l'école à l'âge de 12 ans et vous avez été exposé très tôt à des slogans de haine. Votre père souhaitait que vous empruntiez le même chemin que lui. Pourtant, vous n'êtes pas devenu extrémiste. Pourquoi?

Plus jeune, j'aimais monter à cheval, écouter de la musique, m'amuser. Je ne sais pas faire du mal à d'autres êtres humains. Ni aux animaux, d'ailleurs. Nous sommes tous des créatures de Dieu et il nous a rendus différents les uns des autres.

Votre père vous a-t-il demandé de prendre les armes?

Il n'était pas le genre d'homme à quémander quoi que ce soit, même aux membres les plus proches de sa famille. Mais il m'a dit que j'étais son héritier désigné. Il aurait voulu que je partage sa vision du monde. Et, en Afghanistan, il ne cachait pas qu'il souhaitait que ses fils se rendent à la mosquée et participent au djihad.

En août 1998, des attentats simultanés frappent deux ambassades des Etats-Unis en Afrique, Nairobi, au Kenya, et Dar es-Salaam, en Tanzanie, et provoquent plus de 200 morts. Quel souvenir en gardez-vous?

Nous étions alors en Afghanistan, et la nouvelle des attentats a été accueillie dans la joie. Peu de temps après, mon père a emmené ses fils et les autres hommes de son entourage: nous nous sommes éloignés des camps d'entraînement et avons vécu pendant près d'un mois dans une maison réputée sûre.

Comment a réagi le mollah Omar, leader spirituel des talibans qui régnaient alors en Afghanistan?

Mon père et lui n'étaient pas aussi proches que les médias le disent. Omar était manifestement contrarié et a demandé que nous quittions le pays. Mais mon père l'a convaincu d'attendre un an afin que lui et ses hommes puissent organiser leur départ. Par la suite, au fil des mois, la relation entre les deux hommes s'est apaisée.

Vous avez douté que votre père fût à l'origine des attentats du 11 septembre 2001. Est-ce encore le cas?

Je n'arrivais pas à croire qu'il soit à l'origine d'une telle attaque contre les Etats-Unis. C'est l'écoute d'une bande enregistrée où il en assume la responsabilité, quelques mois plus tard, qui m'a convaincu. Il m'arrive encore d'espérer que mon père était étranger à tout cela, mais son rôle ne semble guère faire de doute. Je regrette les souffrances infligées lors de cette journée tragique.

Les Etats-Unis ont-ils proposé de vous protéger en échange d'informations concernant votre père?

Une offre de ce genre m'a été faite il y a quelques années. Mais j'ignore où il se trouve. Je ne l'ai pas vu depuis les premiers mois de 2001, et il ne cherchera jamais à se mettre en rapport avec moi. Seul un nombre très réduit de personnes a sa confiance.

Si vous le saviez, accepteriez-vous de révéler où il se trouve?

Je ne peux pas vous répondre.

L'aimez-vous toujours?

Si je le voyais aujourd'hui, je le considérerais comme mon père, et non comme un personnage haï ou admiré par des millions d'individus. Je l'aime en tant que père, mais je suis en désaccord avec sa lutte armée.

Oussama ben Laden. Portrait de famille, par Jean Sasson, Najwa ben Laden,Omar ben Laden. Denoël, 432 p.

Propos recueillis par Marc Epstein

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