Officiellement investie Première ministre, Theresa May promet de relever le défi du Brexit

13/07/16 à 19:20 - Mise à jour à 22:14

Source: Afp

Officiellement investie comme Première ministre britannique, Theresa May a promis mercredi de relever le défi du Brexit et de construire "un nouveau rôle audacieux et positif" hors de l'Union européenne pour son pays.

Officiellement investie Première ministre, Theresa May promet de relever le défi du Brexit

© REUTERS

Theresa May, qui devient la deuxième femme à prendre les rênes d'un exécutif britannique après Margaret Thatcher (1979-1990), veut aussi garantir "la justice sociale" et le maintien de l'unité du Royaume-Uni, menacé d'éclatement par la sortie de l'UE.

L'ancienne ministre de l'Intérieur, 59 ans, s'est vu confier la responsabilité de former le nouveau gouvernement conservateur par la reine Elizabeth II lors d'une audience privée à Buckingham Palace.

Une photo diffusée par le palais, sur laquelle on la voit faire la révérence devant la reine en lui serrant la main, témoigne du moment solennel. Quelques minutes plus tôt, Elizabeth II avait reçu son prédécesseur, David Cameron, venu remettre, sous l'orage menaçant, sa démission, en compagnie de son épouse Samantha et de leurs trois jeunes enfants.

Devant Downing Street, pour sa dernière allocution en tant que Premier ministre, il a souhaité à son pays qu'il "aime tant" de "continuer à réussir". "Je marche dans les pas d'un grand Premier ministre moderne", a déclaré Theresa May en prenant possession des lieux, après avoir reçu les félicitations de la Maison Blanche et du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.

Une certaine froideur

54e Premier ministre du pays, May, une fille de pasteur, est réputée pour sa détermination, sa force de travail mais aussi une certaine froideur. Elle hérite d'un Royaume-Uni que le référendum a laissé sens dessus dessous, entre turbulences économiques et pression des dirigeants de l'UE pour que Londres engage au plus vite la procédure de divorce.

May, une eurosceptique qui avait rejoint le camp du maintien dans l'UE pendant la campagne référendaire, n'a pas dévoilé ses intentions mercredi. Elle avait prévenu auparavant qu'elle ne comptait pas activer l'article 50 du Traité de Lisbonne - qui lance le processus de sortie de l'UE - avant la fin de l'année.

Lors de sa dernière séance de questions devant le Parlement, David Cameron l'a invitée à ne pas complètement tourner le dos aux 27 autres membres de l'union. "Nous devons essayer d'être aussi proches de l'UE que possible", a-t-il déclaré. "Il est vital pour notre industrie d'avoir un bon accès au marché unique, cela devra être une priorité", a ajouté M. Cameron, avant de recevoir une ovation debout des députés tories mais aussi de quelques travaillistes.

"Ne pas complètement tourner le dos aux 27"

Les premiers jours de la nouvelle Première ministre devraient être scrutés de près par les marchés, en quête de certitudes après le choc du référendum. La livre s'est reprise de plus de 4% par rapport à ses plus bas en 31 ans atteints la semaine dernière. Mais la Banque d'Angleterre pourrait assouplir dès jeudi sa politique monétaire afin de faire face à la détérioration des perspectives économiques du Royaume-Uni.

Pour David Cameron, qui avait prôné le maintien dans l'UE, c'est une nouvelle vie qui commence. Le dirigeant conservateur a remporté deux élections législatives (2010 et 2015), survécu au référendum d'indépendance de l'Ecosse... mais restera pour l'Histoire le Premier ministre du Brexit. "Ca a été le plus grand honneur de ma vie de servir notre pays comme Premier ministre ces six dernières années", a-t-il souligné devant Downing Street avant de remercier, très ému, ses enfants et son épouse, "l'amour de (s)a vie". "Cela n'a pas toujours été facile (...) mais aujourd'hui notre pays est plus fort", a-t-il encore dit louant son bilan économique.

Alors que le pays se dote d'un nouveau leader, l'opposition travailliste reste secouée par une profonde crise de leadership, énième répercussion du référendum. Visé par une fronde de ses parlementaires, le chef du parti Jeremy Corbyn a remporté mardi soir une victoire cruciale contre ses opposants après la décision du comité exécutif du parti de l'autoriser à se présenter lors de nouvelles élections pour la direction du Labour. Il sera défié par au moins deux candidats, Angela Eagle et Owen Smith lors de l'élection qui doit se dérouler cet été.

Lire aussi: Les six travaux de Theresa May

Theresa May

Theresa May © REUTERS

Juncker presse May d'ouvrir "bientôt" des négociations avec l'UE

De son côté, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a pressé la nouvelle Première ministre britannique d'ouvrir "bientôt" des négociations avec l'UE sur le Brexit.

"Le résultat du référendum du Royaume-Uni a créé une nouvelle situation à laquelle le Royaume Uni et l'Union européenne doivent répondre bientôt. J'ai hâte de travailler étroitement avec vous et d'apprendre vos intentions à ce sujet", a expliqué M. Juncker dans une lettre diffusée sur Twitter.

"J'espère vous rencontrer dans un futur proche", a-t-il ajouté, lui souhaitant par ailleurs "plein de succès" pour former un nouveau gouvernement.

Sur son compte Twitter, l'Allemand Schulz a également exhorté Londres à la diligence: "Les questions de dirigeants étant réglées, j'attends désormais que nous travaillions rapidement pour retrouver la stabilité".

Dans une brève lettre rendue publique mercredi, le président du Conseil européen Donald Tusk a félicité la nouvelle Première ministre qui négociera le Brexit, et espéré une relation de travail "fructueuse".

Un "sommet ou une rencontre" sur les suites du Brexit entre le président français François Hollande, la chancelière allemande Angela Merkel et le président du Conseil italien Matteo Renzi se tiendra fin août en Italie.

Charles Michel enfonce le clou

"Au nom du Conseil européen", qui réunit les dirigeants des 28 Etats membres, M. Tusk a également fait part de sa "hâte" de pouvoir l'accueillir au Conseil.

Le Premier ministre belge, Charles Michel, a lui aussi enfoncé le clou.

"Nous ne pouvons nous permettre une longue période d'incertitude. Dans l'intérêt tant de l'Union européenne que du Royaume-Uni, il conviendra de clarifier la situation", a plaidé M. Michel.

"Nous attendons du Royaume-Uni qu'il active l'article 50 du Traité de Lisbonne, afin de pouvoir démarrer les négociations portant sur les relations futures du pays avec l'Union européenne. Cette activation devrait se faire dans les meilleurs délais", a prôné le Premier ministre de la Belgique, un des pays fondateurs de l'UE.

Poutine espère "un dialogue constructif" avec Theresa May

Le président russe Vladimir Poutine s'est dit mercredi prêt à "un dialogue constructif" avec la Première ministre britannique Theresa May, qui vient d'être officiellement investie dans ses fonctions.

"Vladimir Poutine a confirmé sa volonté d'avoir un dialogue constructif et de collaborer avec la Première ministre britannique sur les questions actuelles concernant les relations bilatérales et l'ordre du jour international", a déclaré le Kremlin dans un communiqué.

L'ancienne ministre de l'Intérieur, 59 ans, s'est vu confier la responsabilité de former le nouveau gouvernement conservateur par la reine Elizabeth II.

Quelques minutes plus tôt, Elizabeth II avait reçu son prédécesseur, David Cameron, venu remettre sa démission.

M. Poutine a "remercié David Cameron pour sa coopération (avec la Russie, ndlr) et s'est dit confiant dans le fait que les relations russo-britanniques ont un potentiel positif", selon le Kremlin.

"J'espère que ta riche expérience politique sera mise à profit au Royaume-Uni comme dans la sphère mondiale", a déclaré le président dans un télégramme adressé à M. Cameron, selon le communiqué.

Vladimir Poutine avait estimé fin juin que le vote historique des citoyens britanniques en faveur d'un retrait du Royaume-Uni de l'UE aurait un "effet traumatisant" qui sera "ressenti pendant très longtemps".

Il avait également estimé que ce vote sur le Brexit était dû à "l'attitude présomptueuse et superficielle" du gouvernement britannique.

Les relations entre la Grande-Bretagne et la Russie ne sont plus au beau fixe depuis quelques années, notamment en raison d'affaires d'espionnage, mais aussi de l'enquête sur la mort à Londres en 2006 de l'ex-agent du FSB (services secrets russes) Alexandre Litvinenko.

Londres est également l'un des plus fervents défenseurs des sanctions occidentales décrétées en 2014 contre Moscou pour son rôle présumé dans la crise ukrainienne.

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