Nadine Morano perd son investiture aux élections régionales après sa déclaration polémique

07/10/15 à 22:55 - Mise à jour à 22:56

Source: Afp

Elle était l'un des plus ardents soutiens de l'ancien président Nicolas Sarkozy: la dernière saillie de Nadine Morano sur la France, pays de "race blanche", embarrasse le chef de la droite au moment où il tente de concurrencer l'extrême droite sur ses thèmes favoris de l'immigration et de l'identité nationale.

Nadine Morano perd son investiture aux élections régionales après sa déclaration polémique

Nadine Morano © AFP

"A force de courir après le Front national", le parti d'extrême droite de Marine Le Pen, "c'est la plus stupide qui s'est fait prendre", a ironisé jeudi sur la radio RTL le président socialiste de l'Assemblée nationale Claude Bartolone.

Le "cas Morano" est pain béni pour les socialistes au pouvoir, empêtrés dans l'absence de résultats face au chômage et menacés de subir une lourde défaite à des élections régionales en décembre.

Le Premier ministre Manuel Valls a dénoncé "une course effrayante, une surenchère à l'extrême droite". "Quand on parle du 'danger' de 'millions' de migrants, quand on veut trier en fonction de la religion (...), on fracture le pays", a-t-il déclaré mercredi devant les députés.

Ces propos visaient implicitement M. Sarkozy qui avait évoqué début septembre le risque d'une "désintégration de la société française" lié à une politique migratoire jugée trop libérale, et qui avait comparé en juin l'afflux de migrants à une "fuite d'eau".

Nicolas Sarkozy a attendu quatre jours pour demander mercredi soir le retrait de l'investiture de son ancienne ministre par son parti Les Républicains aux élections régionales.

"Que tous ceux qui cherchent par leurs déclarations à s'assurer une publicité qui nuit à la crédibilité des Républicains comprennent que cela ne peut pas rester sans conséquence", a souligné la direction du parti dans un communiqué.

Entre-temps les modérés de cette formation avaient plaidé en interne pour une exclusion de Nadine Morano, qui n'en est pas à son premier faux pas politique. En juin 2012, elle avait estimé que Marine Le Pen avait "beaucoup de talent". Elle s'était aussi défendue d'être raciste car sa meilleure amie était "tchadienne, et donc plus noire qu'une arabe".

"Un pays judéo-chrétien (...) de race blanche, qui accueille des personnes étrangères"

C'est d'ailleurs pour ses déclarations à l'emporte-pièce susceptibles de "faire le buzz" que Nadine Morano, aujourd'hui simple députée européenne, est fréquemment invitée sur les plateaux de télévision.

Samedi soir, lors d'une émission mêlant débat et divertissement appelée "On n'est pas couchés" sur la chaîne publique France 2, où était discutée la question des demandeurs d'asile en Europe, elle a défini la France comme "un pays judéo-chrétien (...) de race blanche, qui accueille des personnes étrangères".

Réitérant ce même propos polémique, Nadine Morano, qui participait à Moscou à un forum parlementaire sur la sécurité internationale y a estimé que la France est "un pays de race blanche avec des noirs, comme le Congo est un pays de race noire avec des blancs".

Des affirmations contraires à la fois à la réalité - la France est un vieux pays d'immigration et compte plusieurs territoires non européens - et à la conception républicaine de la Nation fondée sur la citoyenneté quelle que soit l'origine ou la religion, mais qui rencontrent un certain écho dans une partie de la population.

"J'ai envie que la France reste la France et je n'ai pas envie que la France devienne musulmane", a-t-elle poursuivi. La crainte d'une "islamisation" de la France, exprimée par des essayistes à succès comme Eric Zemmour (Le suicide français) ou par le médiatique maire de Béziers(sud) Robert Ménard, proche du FN, a eu son expression la plus éclatante avec la publication en janvier d'un roman de Michel Houellebecq, "Soumission", qui imagine le pays dirigé par un président islamiste.

Nadine Morano, 51 ans, issue d'un milieu modeste de Lorraine (nord-est), entrée en politique dès ses années d'étude, a longtemps été l'un des plus fervents soutiens de Nicolas Sarkozy. Celui-ci l'a remerciée en la nommant sous sa présidence à plusieurs postes ministériels (famille, formation professionnelle).

Critiquée jusque dans son parti pour ses positions outrancières, battue aux élections législatives de 2012, elle jouit cependant d'une certaine popularité à la base du parti Les Républicains. Elle a été écartée de l'organigramme de cette formation mais envisage de se présenter à la présidentielle de 2017. Quant à Nicolas Sarkozy, "ce n'est même pas la peine qu'il songe à se présenter à la présidentielle, je le dézinguerai", a-t-elle promis à l'hebdomadaire le Point.

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