Le projet d'attentat visait "les chrétiens, les catholiques de France"

22/04/15 à 19:07 - Mise à jour à 19:41

Source: Belga

Le Premier ministre français Manuel Valls a déclaré mercredi que c'était "les chrétiens, les catholiques de France" qui étaient visés par le projet d'attentat déjoué dimanche et qui devait cibler une église, "symbole de la France".

Le projet d'attentat visait "les chrétiens, les catholiques de France"

Le Premier ministre s'est exprimé ce matin au micro de RTL © Reuters

"Vouloir s'en prendre à une église, c'est s'en prendre à un symbole de la France, c'est l'essence même de la France qu'on a sans doute voulu viser", a ajouté Manuel Valls, à Villejuif en banlieue parisienne, après avoir visité deux églises évoquées dans le projet d'attentat d'un jeune Algérien arrêté dimanche à Paris.

Arrestation d'un Algérien

Un Algérien, soupçonné de préparer un attentat contre une église et d'avoir assassiné une femme, a été arrêté à Paris et des documents en lien avec l'EI et Al-Qaïda ont été saisis, ont révélé mercredi les autorités, en soulignant la persistance d'une menace "inédite".

"En janvier, c'est la liberté d'expression, les forces de l'ordre, les Français juifs qui ont été visés. Cette fois-ci sans doute c'était les chrétiens, les catholiques de France qui étaient visés, pour la première fois", a fait valoir le Premier ministre Manuel Valls, en faisant allusion aux attentats djihadistes qui ont fait 17 morts à Paris en début d'année.

Sid Ahmed Ghlam, 24 ans, étudiant en informatique hébergé dans une résidence universitaire parisienne et qui a été arrêté dimanche, était "en contact" avec une personne pouvant se trouver en Syrie "qui lui demandait explicitement de cibler particulièrement une église", a précisé le procureur chargé de l'enquête, François Molins.

La femme assassinée est une "nouvelle victime du terrorisme et première victime depuis les attentats de janvier" et cet Algérien est soupçonné "d'assassinat en relation avec une entreprise terroriste", a-t-il ajouté.

Le jeune Algérien avait auparavant été surveillé par les services de renseignements français qui suspectaient des "velléités de départ en Syrie" afin d'y rejoindre les rangs djihadistes, avait indiqué un peu plus tôt le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve, en révélant son arrestation.

Dans sa chambre d'étudiant et dans son véhicule, les enquêteurs ont découvert quatre fusils d'assaut kalachnikov, des pistolets, des gilets pare-balles, des brassards et des chasubles marqués "Police", des documents en arabe faisant référence à Al-Qaïda et à l'organisation Etat islamique (EI), ainsi que des notes manuscrites prouvant qu'il avait fait des reconnaissances pour commettre un attentat, a précisé le procureur.

"Cet attentat a été évité dimanche matin", a déclaré le ministre de l'Intérieur, qui a estimé que la France "fait face à une menace terroriste inédite, par sa nature et par son ampleur". "Un acte terroriste a été déjoué. Ce n'est pas le premier, il y en a eu d'autres dans ces dernières semaines et ces derniers mois", a réagi le président français François Hollande.

L'un des voisins de chambre de Sid Ahmed Ghlam s'est déclaré "choqué". "Je suis inquiet", "j'ai peur qu'il se passe quelque chose dans une fac parisienne", a ajouté Léo Coeur, 18 ans, étudiant en philosophie.

L'arrestation de l'Algérien s'est faite dans des circonstances rocambolesques: selon le procureur, les services médicaux d'urgence sont appelés dans l'est parisien dimanche peu après 08h00 locales, par l'homme lui-même, blessé à une cuisse. Sid Ahmed Ghlam évoque d'abord un règlement de comptes, assure ensuite s'être blessé alors qu'il tentait de jeter son arsenal dans la Seine, puis multiplie ce que le magistrat a qualifié de déclarations "fantaisistes", avant de s'enfermer dans le mutisme.

Plusieurs perquisitions et interpellations ont été réalisées dans son entourage et sa famille, selon des sources policières. Mercredi matin, les forces de l'ordre ont ainsi arrêté à Saint-Dizier, dans l'est de la France, une femme vêtue d'une burqa, selon un correspondant de l'AFP. Agée de 25 ans, elle est de son entourage très proche et vraisemblablement convertie à l'islam, selon une source proche de l'enquête.

Les premières analyses balistiques, génétiques et de géolocalisation téléphonique mettent le suspect en cause dans le meurtre d'une jeune femme de 32 ans, Aurélie Châtelain, tuée d'une balle et dont le corps a été retrouvé dimanche à Villejuif dans la banlieue parisienne.

C'est à Villejuif qu'une église était visée, selon les enquêteurs, qui ont évoqué deux édifices catholiques repérés par le suspect. La victime a été découverte morte dans une voiture, sur le siège passager. L'ADN de Sid Ahmed Ghlam été retrouvé dans cette voiture et du sang de la victime sur un vêtement du suspect. La balle qui a tué la jeune femme venait d'une arme détenue par l'étudiant algérien.

La mort brutale d'Aurélie Châtelain, venue du nord de la France en banlieue parisienne pour y suivre un stage de gymnastique, avait plongé ses proches dans la stupeur.

Depuis les attentats commis entre les 7 et 9 janvier, les autorités françaises ont maintes fois rappelé que le pays restait sous la menace de nouveaux attentats. Un plan de vigilance antiterroriste est toujours actif dans les lieux publics, les transports, et devant les lieux de culte, notamment israélites et musulmans, ainsi que les sièges des médias parisiens.

L'annonce de cet attentat déjoué intervient en plein débat parlementaire sur un projet de loi destiné à renforcer les pouvoirs des services français de renseignement, jugé liberticide par ses opposants.

Les services de renseignement avaient été critiqués pour leur défaut de surveillance autour des trois jihadistes auteurs des attaques en janvier et tués par les forces de l'ordre, car ils étaient déjà connus des autorités.

A Villejuif "on a évité un carnage..."

Un curé, douze fidèles: une messe du mercredi matin comme les autres à Villejuif dans la banlieue parisienne sud. La police est là aussi, venue sécuriser l'une des deux églises de la ville où un djihadiste, arrêté dimanche, avait projeté un attentat. "On a évité un carnage...", tremble le prêtre.

"Il y avait trois policiers quand je suis arrivé ce matin. Je leur ai à peine parlé. Je me suis dit qu'il y avait juste une rumeur", témoigne Philippe Louveau, le curé de Saint-Cyr-Sainte-Julitte, la principale église de la ville.

Peu après l'office, en milieu de matinée, ce petit homme aux cheveux blancs apprend avec stupeur, par l'un de ses paroissiens, l'origine de la présence policière: un islamiste de 24 ans, arrêté dimanche matin, prévoyait de commettre un attentat contre deux églises de la ville, dont la sienne. L'homme est aussi soupçonné de l'assassinat d'une jeune femme de 32 ans, Aurélie Châtelain, retrouvée tuée d'une balle dans sa voiture, le dimanche de l'arrestation, à seulement deux kilomètres de là.

Philippe Louveau frémit en imaginant cet homme -chez qui de nombreuses armes ont été trouvées- un dimanche à la sortie de la messe, sur la place de la mairie, devant son église, la plus grande et la plus centrale de la ville. "Le dimanche, elle est pleine, 300 personnes", explique-t-il, entre deux messages téléphoniques de paroissiens inquiets. "Si des cinglés sont à ce point fanatisés pour tuer des enfants juifs, musulmans ou chrétiens, je ne vois pas comment on pourrait le prévoir..." "Ça devient grave s'ils s'en prennent aux églises", renchérit une habituée de la paroisse, à l'ombre du petit clocher, bâti entre le XIIIe et le XVIe siècle.

Une autre paroissienne, Annie Saavedra, croix dorée et "médaille de Saint-Christophe" autour du cou: "Tout ça, ça donne pas envie de sortir dans la rue. On peut se faire tirer dessus à n'importe quel moment".

Le maire de la ville lui-même, Franck Le Bohellec (UMP, opposition de droite) confesse avoir ressenti "une crainte, une peur" quand il a découvert ces projets d'attentat. "Mais aujourd'hui, je suis là pour rassurer la population", ajoute-t-il, soulignant que des renforts policiers patrouillent déjà dans sa ville, qui compte quatre églises catholiques et une église copte.

Parmi elles, Sainte-Thérèse, la deuxième église visée par le jihadiste selon l'enquête, un petit bâtiment en briques rouges, planté dans une rue étroite du nord de Villejuif. Elle était fermée mercredi matin. A Saint-Cyr-Sainte-Julitte, en revanche, pas question de fermer les portes. Le curé s'y refuse. Il a même célébré un enterrement dans l'après-midi. "Ne sombrons pas dans la psychose."

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