Le Kenya veut fermer ses camps de réfugiés et déplacer près de 600,000 personnes

09/05/16 à 10:09 - Mise à jour à 11:32

Source: Afp

Le Kenya a annoncé vendredi qu'il refuserait désormais d'accueillir sur son sol de nouveaux réfugiés, en particulier d'origine somalienne, et allait fermer très rapidement les deux principaux camps de réfugiés du pays, pour des raisons de sécurité nationale.

Le Kenya veut fermer ses camps de réfugiés et déplacer près de 600,000 personnes

© Reuters

"Le gouvernement de la République kényane, après avoir pris en compte ses intérêts de sécurité nationale, a décidé que l'accueil de réfugiés allait prendre fin", a déclaré dans un communiqué un haut responsable du ministère de l'Intérieur, Karanja Kibicho.

Selon les nouvelles directives, les réfugiés somaliens nouvellement arrivés au Kenya ne recevront plus automatiquement le statut de réfugiés, comme c'était le cas jusqu'ici, et devront déposer des demandes individuelles.

Le gouvernement kényan a également réaffirmé son intention de voir ceux vivant déjà au Kenya être rapatriés le plus rapidement possible en Somalie.

Quelque 550.000 réfugiés (somaliens, sud-soudanais, burundais, congolais...) vivent actuellement au Kenya, selon les chiffres du Haut commissariat aux réfugiés de l'ONU (HCR), dans les camps de Kakuma (nord-ouest) et Dadaab (est).

Plus grand camp de réfugiés au monde, situé à la frontière somalienne, le tentaculaire complexe de Dadaab accueille depuis 1991 les personnes fuyant la guerre civile en Somalie.

"Le message est clair, nous fermons les camps et nous n'accepterons plus de réfugiés dans le pays", a précisé à l'AFP Mwenda Njoka, le porte-parole du ministère de l'Intérieur.

La nouvelle réglementation est d'abord destinée aux Somaliens, mais elle pourrait aussi affecter les réfugiés d'autres nationalités, a-t-il précisé. "Ceux qui posent problème, ce sont les Somaliens. C'est avec eux qu'on commence", a-t-il déclaré.

En 2013, les gouvernements kényan et somalien avaient signé avec le HCR un "accord tripartite" destiné à faciliter le retour volontaire des réfugiés somaliens dans leur pays. Mais quelques milliers seulement ont choisi cette voie, d'où la frustration du Kenya.

"Le Kenya a été contraint par les circonstances de reconsidérer toute la question de l'accueil des réfugiés et du processus de rapatriement", a expliqué M. Kibicho.

L'obligation légale de protéger les réfugiés

Il a ajouté que l'organisme gouvernemental en charge des réfugiés (DRA) avait été "dissous". Cela signifie que même si des réfugiés déposent des demandes pour en obtenir le statut, il n'y aura a priori plus aucune autorité administrative pour examiner leur dossier.

Un employé du DRA joint par téléphone au travail vendredi a exprimé sa surprise, disant ignorer que la structure allait disparaître.

Le gouvernement et les responsables sécuritaires kényans ont fréquemment défendu l'idée que des islamistes radicaux shebab se cachaient parmi les réfugiés somaliens, des accusations contestées par des observateurs indépendants et les réfugiés eux-mêmes, qui soulignent fuir les violences commises par les shebab.

Ces derniers contrôlent toujours de vastes zones rurales du centre et du sud de la Somalie. Ils ont aussi mené de nombreuses attaques au Kenya, qui ont fait au total plus de 400 morts depuis 2013.

Après l'attaque par un commando shebab du centre commercial Westgate de Nairobi en septembre 2013 (au moins 67 morts), des responsables kényans avaient déjà demandé la fermeture de Dadaab.

Puis en avril 2015, quelques jours après l'attaque contre l'université de Garissa (148 morts, dont 142 étudiants), revendiquée par les shebab, le vice-président kényan William Ruto avait donné trois mois au HCR pour rapatrier dans leur pays les réfugiés somaliens.

Le HCR avait fait valoir que le Kenya avait l'obligation légale de protéger les réfugiés, ce qui inclut de ne pas les rapatrier de force.

Quelques semaines plus tard, le gouvernement kényan était revenu sur cette annonce et avait réitéré que tout rapatriement se ferait de manière volontaire, dans le cadre de l'accord tripartite.

L'annonce de vendredi a entraîné une réaction indignée d'Amnesty International. "Cette décision irréfléchie du gouvernement kényan est un renoncement de son devoir de protéger les personnes vulnérables et mettra des milliers de vie en danger", a ainsi déclaré Muthoni Wanyeki, directeur régional pour l'Afrique de l'Est de l'organisation de défense des droits de l'Homme.

"Cela pourrait mener au retour non volontaire de milliers de réfugiés en Somalie et dans d'autres pays d'origine, où leur vie pourrait encore être en danger", a-t-il ajouté. "Ce serait une violation des obligations du Kenya dans le cadre de la législation internationale."

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