La mosquée de New York et le "double langage" de Barack Obama

17/08/10 à 10:35 - Mise à jour à 10:35

Source: Le Vif

En tempérant son soutien à la construction d'une mosquée à deux blocs de Ground Zero, le président américain brouille les pistes. Et prête le flanc aux critiques.

La mosquée de New York et le "double langage" de Barack Obama

© Reuters

"C'est un problème que la ville et la communauté de New York doivent gérer seules. La Maison-Blanche n'a pas à s'immiscer dans cette prise de décision locale." Ainsi parlait Robert Gibbs, porte-parole de la présidence américaine, rapporte le blog The Caucus. Le "problème" qu'il évoquait, le 3 août dernier? La construction d'un centre culturel musulman à deux blocs de Ground Zero, site du sud de Manhattan à jamais associé aux attentats du 11-Septembre 2001.

"Les musulmans doivent bénéficier du droit de pratiquer leur religion" Barak Obama


Pas d'intervention de Barack Obama donc... Et pourtant si: ce vendredi 13 août, le président américain sortait de son silence. Poussé par la virulence de la polémique entre partisans et opposants au projet, Barack Obama "a senti qu'il était de sa responsabilité de parler", d'après son conseiller David Axelrod, cité par le New York Times. Il a donc saisi l'occasion du traditionnel dîner du ramadan pour annoncer: "En tant que citoyen et en tant que président, je crois que les musulmans doivent bénéficier du droit de pratiquer leur religion comme n'importe quel autre ressortissant de ce pays. Cela inclut le droit de construire un lieu de culte et un centre communautaire sur une propriété privée dans le bas de Manhattan dans le respect des règlements et du droit local. Nous sommes en Amérique et notre engagement pour la liberté religieuse est indéfectible."

Ce discours est "la chose la plus impressionnante et louable que Barack Obama ait faite depuis le début de son mandat", lit-on sur le blog Salon. Toute autre prise de position que la défense du premier amendement de la Constitution, "aurait été un acte de sectarisme, un grave précédent", ajoute un éditorial du Washington Post. Mais tous ne partagent pas cet avis et si le but était de désamorcer la tension croissante, c'est raté...

Soutien à la mosquée ou pas?

Car les propos présidentiels ont aussitôt été interprétés comme un soutien au projet de Cordoba House, le centre culturel musulman. Les "pros", renforcés par le saut d'un verrou légal début août, se sont réjouis de ce qu'ils ont perçu comme un adoubement. Les "antis" ont crié à la remise en question de l'identité nationale, alors que le très conservateur Washington Times anticipait le discours en publiant, dès jeudi, un éditorial intitulé "L'Amérique islamique d'Obama".

"Le président flatte l'islam radical." Newt Gingrich, élu républicain.

Au sein du parti républicain, les condamnations ont fusé. Le président "flatte l'islam radical", a décrété Newt Gingrich, ancien porte-parole du Grand Old Party à la Chambre des représentants. Il a "tort et s'enfonce dans le politiquement correct", a ajouté Peter T. King, élu de New York, rejoint par John Boehner, actuel leader de la minorité républicaine à la Chambre des représentants.

Une "clarification déroutante"

La Maison-Blanche a alors tenté de rectifier le tir. Et samedi, dans un "échange non planifié avec un journaliste", rapporte le Washington Post, Barack Obama a affirmé qu'il ne s'était pas exprimé "sur le bien-fondé de prendre la décision d'installer une mosquée là-bas", à deux blocs d'un lieu de mémoire, mais seulement "sur le droit" de le faire.

Un net changement de ton qui permet à Obama de réaliser un magistral tour de force, souligne le quotidien américain: "subir des dégâts politiques pour avoir tenu des propos impopulaires... sans pour autant recevoir aucun crédit pour son courage politique". Le blog Politico a également quelques difficultés à comprendre le signal que la Maison-Blanche espère envoyer par cette "clarification déroutante" qui ne fait que "frustrer davantage les partisans du projet".

De nombreux républicains se sont engouffrés dans la brèche, profitant de l'occasion pour fustiger le "double langage" de Barack Obama. Une critique qui revient par intermittence sur divers sujets (voir l'encadré ci-dessous).

Pour le sénateur républicain du Texas John Cornyn,interviewé sur Fox News, Obama "est déconnecté de l'Amérique" et ses propos vont transformer un débat new-yorkais en thème de campagne pour le scrutin de novembre prochain. Au même titre que l'immigration: Washington s'est emparé d'un débat d'abord local, plus précisément une loi républicaine en Arizona, suscitant une véritable fronde. Si la justice fédérale se mêle de ce texte d'Arizona, la décision sera bien locale, à New York. "Mais c'est le peuple américain qui rendra son verdict", en novembre, rappelle John Cornyn.

Et, pour l'heure, alors que 68% des Américains sont opposés au projet de mosquée près de Ground Zero selon un sondage CNN Opinion Research, le camp démocrate ne se mobilise guère derrière le président Obama. Certains comme Harry Reid, chef de file des démocrates au Sénat, se disent opposés au projet immobilier. Mais la plupart choisit de faire profil bas, trois mois avant des élections qui s'annoncent difficiles.

Par Marie Simon, L'Express.fr

Les messages embrouillés d'Obama

Ce n'est pas la première fois que Barack Obama prête le flanc à la critique en changeant subitement de cap ou en envoyant des signaux contradictoires.

Sur la question des forages pétroliers en eaux profondes par exemple: le président américain a décrété un moratoire jusqu'au 30 novembre, à la suite de la marée noire causée par le naufrage de la plate-forme Deepwater Horizon de British Petroleum.

Pourtant, en mars, il donnait son feu vert à de nouvelles explorations permettant aux Etats-Unis de diminuer leur dépendance aux importations pétrolières, rappelle BBC News. Un changement tactique, critiqué par les deux bords politiques analyse Fox News. Une position délicate alors que l'opinion jugeait insuffisante la réponse de l'administration américaine face à l'ampleur de la catastrophe qui s'apprêtait à devenir le "Katrina de Barack Obama", titrait USA Today en mai dernier.

Sur le mariage gay , alors que la Californie est revenue sur son interdiction et que le cas, s'il arrive jusqu'à la Cour suprême, pourrait devenir déterminant pour le pays entier, la position de Barack Obama n'est guère plus lisible: ni pour, ni contre, bien au contraire. Son conseiller David Axelrod a voulu "clarifier" la chose sur MSNBC. Non, il ne soutient pas le mariage entre deux personnes du même sexe. Mais "au nom de l'égalité, il soutient les unions civiles. Cela n'a pas changé", estime Axelrod. En revanche, il ne soutient pas non plus la "proposition 8" californienne dont les principes sont "mauvais" à ses yeux. Pourtant, dans une interview accordée à ABC en juin

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