La Guinée équatoriale dit avoir déjoué un "coup d'Etat"

03/01/18 à 15:26 - Mise à jour à 15:26

Source: Afp

La Guinée équatoriale a affirmé mercredi avoir déjoué un "coup d'Etat" préparé fin décembre par un groupe de mercenaires étrangers pour le compte de partis de l'opposition radicale, une accusation immédiatement dénoncée comme un montage par le principal parti d'opposition.

La Guinée équatoriale dit avoir déjoué un "coup d'Etat"

Nguema © Reuters

"Le ministère de la Sécurité nationale informe la population que le 24 décembre, un groupe de mercenaires tchadiens, soudanais et centrafricains ont infiltré les localités de Kye Ossi, Ebibeyin, Mongomo, Bata et Malabo pour attaquer le chef de l'Etat, qui se trouvait dans le palais présidentiel de Koete Mongomo pour passer les fêtes de fin d'année", a rapporté un communiqué du ministre de la Sécurité, Nicolas Obama Nchama, lu à la radio d'Etat.

Ces "mercenaires" avaient été "contractés par des Equato-guinéens militants de certains partis d'opposition radicale avec le soutien de certaines puissances" étrangères, a ajouté le texte sans donner plus de détails.

Le ministre ajoute avoir "activé immédiatement une opération de démantèlement en collaboration avec les services de sécurité du Cameroun".

Dirigeant son pays pétrolier d'Afrique centrale d'une main de fer depuis son accession à la présidence en 1979 par un coup d'État, Teodoro Obiang, âgé de 75 ans et doyen des chefs d'État africains pour la longévité au pouvoir, a été réélu en avril 2016 avec plus de 90% des suffrages.

Le principal parti d'opposition de Guinée équatoriale, Citoyens pour l'innovation (CI) s'est défendu de toute implication dans les troubles présumés dans cette ancienne colonie espagnole de 1,2 million d'habitants et dont une grande partie vit dans la pauvreté.

"Le parti CI n'a rien à voir avec la tentative de coup d'Etat, je n'ai aucune idée de ce dont ils sont en train de parler, les autorités ne peuvent fournir aucune preuve", a réagi son dirigeant Gabriel Nse Obiang, joint par téléphone par l'AFP.

L'affaire avait fait l'objet de premières informations la semaine dernière avec l'arrestation par la police camerounaise d'une trentaine d'hommes armés, le 27 décembre, à la frontière entre le Cameroun et la Guinée équatoriale, selon des sources camerounaises et diplomatique équato-guinéenne.

Mercredi, l'AFP a en outre appris que l'ambassadeur de Guinée équatoriale au Tchad, en villégiature à Ebibeyin, à la frontière camerounaise, pour les fêtes de fin d'année, avait été arrêté le 30 décembre par les autorités équato-guinéennes, selon un de ses cousins et un haut responsable policier s'exprimant sous couvert de l'anonymat.

M. Enrique Nsue Anguesom est détenu depuis dans un camp militaire de Bata, la capitale économique, "pour des raisons d'enquête concernant les hommes interpellés" le 27 décembre, selon ces mêmes sources.

Le même jour également, les frontières équato-guinéennes avec le Gabon et le Cameroun ont été fermées à Kye Ossie, lieu des arrestations, avaient déclaré des sources concordantes. Des sources locales avaient en outre indiqué que des renforts de l'armée équato-guinéenne avaient été envoyés à la frontière camerounaise.

Ni l'arrestation de M. Nsue Anguesom, ni la fermeture des frontières à Kye Ossi ou l'envoi de renforts n'ont pu être confirmés par l'AFP auprès du gouvernement de la Guinée équatoriale, un pays à l'histoire agitée par des coups ou tentatives de coups d'Etat depuis l'indépendance de 1968.

- 'Trop de temps au pouvoir?' -

"Je ne sais pas ce qu'ils vont inventer, le montage qu'ils vont faire" suite à cette "histoire de coup d'Etat", s'est encore inquiété M. Nse Obiang.

Depuis les élections générales du 12 novembre, où le pouvoir a obtenu 99 sièges sur 100 au Parlement, le CI, qui dispose d'un unique siège, dénonce des "dizaines" d'arrestations de ses militants, dans les capitales politique Malabo et économique Bata.

Les autorités n'ont pu être jointes par l'AFP concernant ces présumées arrestations dont les médias publics n'ont pas fait état.

"Ma résidence où se trouvent également les bureaux du parti est assiégée depuis le 29 décembre, rien ne sort rien n'entre. Nous avons plus de nourriture ni d'eau et plus de 45 personnes sont enfermées ici au siège" à Malabo, a affirmé Gabriel Nse Obiang.

"Est-ce que le problème est d'être un parti d'opposition sérieux qui ne veut pas faire le jeu du régime?", s'est interrogé M. Nse Obiang.

Un autre parti d'opposition, Convergence pour la démocratie sociale (CPDS), a demandé dans un communiqué "la libération" des militants de CI et réclamé au gouvernement d'"informer la population sur ce qu'il se passe".

Le président Obiang avait dénoncé samedi dernier une "guerre" en préparation contre lui "car ils disent que j'ai passé beaucoup de temps au pouvoir". Il était resté vague sur les instigateurs présumés et n'avait pas indiqué pas s'il faisait référence à la trentaine d'hommes armés interpellés le mercredi précédent.

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