L'Europe a des "possibilités énormes" pour redonner confiance

01/09/16 à 07:09 - Mise à jour à 07:08

Source: Afp

L'Europe dispose de "possibilités énormes" pour redonner confiance à ses citoyens, en proie au doute et tentés comme les Britanniques par le repli national, plaide le vice-président de la Commission européenne Frans Timmermans, dans un entretien à l'AFP.

L'Europe a des "possibilités énormes" pour redonner confiance

© Reuters

Face au défi migratoire, "on a encore beaucoup de choses à faire", admet-il par ailleurs, reconnaissant que "l'Europe a du mal à trouver une approche commune", dans cette interview en français, à l'occasion de la sortie en France de son essai "Fraternité" (éditions Philippe Rey).

Dans la campagne sur le Brexit, ce qui a guidé le vote des Britanniques, "c'est le sentiment qu'en quittant l'Europe, on reprend le contrôle de notre destin", commente le numéro 2 de l'exécutif européen, ancien chef de la diplomatie des Pays-Bas.

"Moi, je dirais que seule l'Europe peut nous mettre en position en tant qu'Européens, dans un contexte de globalisation énorme, de regagner le contrôle de notre destin", estime-t-il, confessant dans son livre penser "pour la première fois" que le projet européen peut "réellement échouer".

Pour recréer "une dynamique positive" et contrer la rhétorique nationaliste, "on est tous responsables, dirigeants locaux, régionaux, nationaux et européens", dit M. Timmermans, faisant valoir des raisons d'espérer des jours meilleurs.

"Si on augmente les investissements en Europe dans certains domaines, si on est conscients du fait que l'économie devra être durable tôt ou tard (...), si on voit les opportunités du numérique, de l'économie circulaire, dans le domaine de l'énergie, je vois quand même des possibilités énormes pour l'Europe", énumère-t-il.

-'Hyperboles' blessantes-

Le commissaire polyglotte, qui comme ses collègues s'était imposé de ne pas interférer dans la campagne britannique du Brexit, admet avoir peu apprécié les "hyperboles" des europhobes dans ce débat, évoquant notamment des déclarations de Boris Johnson, le nouveau ministre britannique des Affaires étrangères.

"Cela me fait du mal quand on reproche à ceux comme moi qui défendent le projet européen de vouloir compléter le projet d'Adolf Hitler", explique-t-il, "parce que la construction européenne, c'est la réponse des Européens contre les totalitarismes qui ont été le fléau de notre continent pendant presque un siècle".

Interrogé sur la position de l'UE dans les négociations à venir sur le divorce avec Londres, M. Timmermans a répondu, en anglais sur ce point, qu'il suivait "de près" les "discussions politiques au Royaume-Uni". "Peut-être qu'ils devraient d'abord se mettre d'accord et nous dire ce qu'ils veulent vraiment".

-Humanité et insécurité-

Pour répondre à la crise migratoire qui a ébranlé l'UE, le premier vice-président de la Commission admet que "l'Europe a du mal à trouver une approche commune".

"Ce qu'on voit, c'est qu'on oscille sans cesse entre le sentiment humanitaire d'un côté, et le sentiment d'insécurité de l'autre". "Ce qui pourrait nous aider c'est de voir le réfugié comme un homme, une femme, un enfant", estime-t-il.

Il défend les progrès accomplis lors des mois écoulés, comme l'adoption rapide d'un nouveau corps européen de gardes-frontières ou le coup d'arrêt aux flux migratoires en provenance de Turquie.

Mais il regrette la mise en oeuvre difficile par les Etats membres du plan de répartition de réfugiés dans l'UE depuis l'Italie et la Grèce. "Nous ne sommes pas encore en mesure d'arrêter" les flux migratoires venant "de la Libye vers l'Italie", reconnaît-il aussi.

"Donc, on a fait des choses, mais on a encore beaucoup de choses faire", affirme-t-il, défendant notamment l'approche consistant à proposer des aides aux pays d'origine et de transit des migrants, pour éviter qu'ils ne tentent de venir clandestinement en Europe.

"Dans la mesure où ils peuvent rester proches de leur pays, dans des conditions acceptables, avec des écoles pour leurs enfants, avec des hôpitaux, du boulot, ils préfèrent rester là, donc je ne vois pas le problème moral" de cette politique, que l'UE va tenter de développer dans les prochains mois avec des pays africains, dit-il.

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