L'Allemagne et Merkel doivent compter avec un nouveau parti anti-euro

19/03/13 à 16:45 - Mise à jour à 16:45

Source: Le Vif

Les eurosceptiques allemands viennent de créer le premier vrai parti anti-euro du pays. Objectif: s'installer durablement dans le paysage politique pour travailler à une dissolution " contrôlée " de la zone euro. Leur pouvoir de nuisance pourrait se révéler dès les élections législatives du 22 septembre prochain.

L'Allemagne et Merkel doivent compter avec un nouveau parti anti-euro

© Reuters

Son programme est réduit mais sans ambiguïté: " Alternative pour l'Allemagne " (AfD), le premier véritable parti anti-euro outre-Rhin, ne veut pas de " sauvetage de la monnaie unique " et exige la dissolution de la zone Euro par une sortie " progressive et contrôlée " des pays d'Europe du sud, puis d'Europe du nord.

" L'Allemagne n'a de toute façon pas besoin de la monnaie unique ", estime l'économiste Bernd Lucke, ancien membre du parti conservateur d'Angela Merkel pendant 33 ans et cofondateur de la nouvelle formation. Sa méthode est simple : "L'Allemagne doit cesser de verser toute aide aux fonds pour obliger les Etats-membres à négocier une sortie des traités, pour les pays qui le désirent ", a-t-il précisé lors de la première grande présentation publique du petit parti, lundi dernier à Berlin.

Un parti créé par des économistes, des journalistes et des entrepreneurs

Pour la nouvelle formation, l'actualité européenne est idéale : la crise financière chypriote relance les angoisses des citoyens, les remèdes vermoulus de Bruxelles et du FMI montrent que même le bas de laine des petits épargnants n'est plus à l'abri. Enfin, l'Italie s'enfonce dans une crise politique verrouillée par l'euroscepticisme du comique Beppe Grillo. " Les eurosceptiques allemands n'ont jamais trouvé de place sur l'échiquier politique ", explique Matthias Jung de l'Institut de sondages Forschungsgruppe Wahlen. Et c'est précisément ce que le nouveau parti, fondé en février 2013 par un groupe de professeurs d'économie, de journalistes économiques et de petits entrepreneurs, veut changer.

Jusqu'à présent, le seul parti politique à avoir placé la lutte contre l'euro au centre de son message était PRO-DM, une formation créée en 1998 par un patron de presse financière avide de publicité. Farouche opposant de l'introduction de la monnaie unique, Pro-DM avait cependant bien vite sombré, dès l'avènement de l'Euro et suite à l'infiltration par des éléments nationalistes.

Depuis, les opposants allemands à la monnaie unique ont créé moult associations et ont lancé de retentissantes attaques contre le projet européen en portant plainte à plusieurs reprises devant le Tribunal fédéral constitutionnel. Partisans du maintien de l'autonomie budgétaire nationale, ils détestent les glissades successives d'Angela Merkel vers une Union européenne de transfert, elle qui avait successivement garanti que l'Allemagne n'aiderait pas financièrement la Grèce, ne soutiendrait pas un mécanisme européen permanent d'aide financière, une annulation partielle de la dette grecque, etc...

Déjà 23% à 26% d'opinions favorables

Une semaine seulement après sa création, 3000 déçus de droite avaient déjà rejoints l'AfD qui recueille des scores de 23 % à 26 % d'opinions favorables dans les sondages (Forsa - TNS-Emnid) et compte bien entrer au Bundestag à l'issue des élections législatives du 22 septembre. Évidemment, la formation est encore minuscule, dispose d'un programme politique qui n'aborde que les questions d'euro, d'Europe et de démocratie et ne possède encore aucune figure politique connue et expérimentée parmi ses dirigeants.

Pourtant, les partis conservateur (CDU) et libéral, incertains de réunir une majorité nationale, ont flairé le danger. " L'Allemagne a besoin de l'Europe. C'est ce que la soi-disante alternative pour l'Allemagne ne comprend pas. Ce groupe ne représente rien d'autre que la peur du futur sous une forme institutionnelle", a expliqué le président du groupe parlementaire conservateur Volker Kauder. Si l'AfD a peu de chances réelles d'entrer au Parlement, le nouveau parti espère au moins profiter de la vague protestataire générale pour grappiller les quelques points qui pourraient empêcher la droite de revenir au pouvoir. Ou pousser Merkel à durcir sa politique européenne.

Thomas Schnee

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