Fukushima, les bilans 4 ans après la catastrophe nucléaire

11/03/15 à 14:57 - Mise à jour à 14:56

Le 11 mars 2011, un puissant séisme suivi d'un tsunami ravage la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. 4 ans après, le site n'est plus considéré comme une poudrière, mais n'est toujours pas assaini pour autant. La tâche semble presque insurmontable. Bilan.

Fukushima, les bilans 4 ans après la catastrophe nucléaire

© Reuters

La centrale

Les réacteurs touchés par l'accident avaient fait craindre un déluge nucléaire. Qu'en est-il ? Les réacteurs 1 à 3 ont eu leur "coeur" fondu lors de la catastrophe et sont aujourd'hui perpétuellement refroidis à l'aide d'eau. La compagnie Tokyo Electric Power (Tepco) et des centaines d'entreprises sous-traitantes s'attellent à déblayer et à "refroidir" le site. On ne sait néanmoins toujours pas comment récupérer le combustible fondu de ces trois réacteurs. Le réacteur 4, vide au moment du tsunami, a été déblayé en décembre dernier et ne présente plus de danger. Le début du même travail pour les combustibles usés des autres piscines de refroidissement est programmé entre cette année et fin 2017 selon l'AFP.

Le problème des eaux contaminées

Arrosée quotidiennement de 350 m³ d'eau afin d'éviter de nouveaux rejets radioactifs et maintenir les réacteurs en dessous de 50°, la centrale est également source de pollution. Les bâtiments et le sol fissurés font qu'il y aurait près de 90.000 tonnes d'eau contaminée en dessous des bâtiments. Dont 300m³ se déverse chaque jour dans la mer. Des ouvriers pompent 650 m³ d'eau par jour, la traitent et la réinjectent ensuite. A moitié dans le flux de refroidissement, l'autre moitié est stockée. Ce qui fait que 615. 000 tonnes d'eau contaminée sont stockées dans 1100 cuves sur le site, soit 160 piscines olympiques. Problème, certaines cuves se sont mises à fuir, mettant en danger les 6000 ouvriers travaillants sur le site. Les travaux, censés installer un mur de glace pour éviter que l'eau qui arrive des montagnes pour rejoindre la mer soit également contaminée par le site, ont pris beaucoup de retard. Les autorités assurent cependant que "la radioactivité n'est pour ainsi dire pas présente en dehors du port de la centrale".

Combien de morts ?

6000 à 7000 personnes travaillent chaque jour sur le site. Si les conditions restent difficiles, la radioactivité ambiante a néanmoins baisé de 2/3 sur le site. Cela n'empêche pas des accidents mortels. Par ailleurs on n'a pas non plus de véritables réponses à la question de savoir comment il est possible de maintenir sans risque du personnel compétent durant des décennies sur le site.

Officiellement, à la date du mois de mars 2013, des 25 000 travailleurs ayant travaillé sur le site, seul 7 seraient mort et aucun décès ne serait attribuable à une exposition aux radiations. Toutes causes confondues, il y aurait moins de 5 morts liés à l'accident affectant les réacteurs nucléaires. De 40 à 50 personnes seraient décédées suite à l'évacuation des territoires contaminés, moins de 20 personnes auraient été blessées ou fortement irradiés suite à l'accident affectant les réacteurs nucléaires de Fukushima Daiichi. Le personnel faiblement irradié s'élèverait de 100 à 1000. Enfin une étude publiée en août 2012 indique que le stress causé par l'évacuation forcée aurait provoqué la mort de 34 personnes, principalement des personnes âgées.

En 2014 des autorités locales ont annoncé que plus de personnes étaient mortes victimes de stress et de complications de santé dans la province de Fukushima, que du désastre lui-même. D'après des chiffres officiels, 1.656 personnes sont décédées depuis le 11 mars 2011 dans la province, alors que 1 607 victimes étaient mortes lors de la catastrophe. Une hausse spectaculaire des suicides est aussi à noter.

Selon une étude réalisée par John Ten Hoeve et Mark Z. Jacobson de l'université de Stanford, les radiations émises pourraient provoquer de 15 à 1300 morts et de 24 à 2500 cas de cancer. À cela il faut ajouter les 600 morts suite à l'évacuation, dont 245 à cause des irradiations. Selon une autre étude, la proportion d'enfants de la province de Fukushima atteints d'un cancer de la thyroïde est de l'ordre de 30 pour 100.000, mais on ne peut pas d'établir avec certitude un lien avec le désastre atomique. L'expert nucléaire Arnie Gundersen précise tout de même que, les filles étant plus sensibles à la radioactivité, celles qui sont retournées vivre dans leur village contaminé seront une sur dix à développer un cancer, pas nécessairement celui de la thyroïde, dans les 10 années à venir.

Par ailleurs, en dehors des cancers de la thyroïde et de la surmortalité constatée chez les liquidateurs, l'effet réel sur la population est difficile à analyser. Un décompte final est dès lors impossible à établir puisque les effets se dilatent sur des décennies. Il est à noter que pour la journaliste japonaise indépendante Mako Oshidori, Tepco et le gouvernement japonais censurent purement et simplement la mort des travailleurs de Fukushima. Pour ceux qui veulent se pencher davantage sur le sujet un blog répertorie les différents morts de Fukushima.

Les déplacés de Fukushima

La zone irradiée autour de la centrale s'étend sur une centaine de communes qui sont pour certaines situées à plusieurs dizaines de kilomètres de la centrale. Éradiquer la radioactivité est impossible. Il n'est question ici que de faire baisser celle-ci sous le seuil des 20 millisieverts par an (la limite annuelle de radiation autorisée au Japon pour la population, mais toujours 20 fois plus haute que celle préconisée par l'OMS) pour pouvoir faire revenir, à terme, les 130 000 personnes évacuées selon l'estimation communément admise. En attendant, 20 000 "décontamineurs" continuent de remplir des sacs plastiques bleus ou noirs qui s'entassent un peu partout. On estime que la décontamination devrait "produire" de 30 et 55 millions de m3 de matière radioactive.

Décontaminer une telle surface est un travail de titan surtout lorsqu'on sait que 65% de cette zone est recouverte de forêts qui avec ses feuilles et son humus agissent comme une véritable éponge sur la radioactivité. Dans un sous-bois, le compteur Geiger mesure une radioactivité doublée, voire quadruplée si on la mesure à même le sol. Pour décontaminer un sol, il faut retirer jusqu'à 5 centimètres de terre. Une solution envisagée a été de couper tous les arbres, mais on se contente aujourd'hui de limiter l'accès au bois.

La seule commune officiellement décontaminée est celle de Kawaguchi qui se trouve à une vingtaine de kilomètres de la centrale. Il aura fallu le travail de plus d'un millier de décontamineurs durant deux ans pour y arriver. Mais cela représente aussi des coûts astronomiques. Diminuer le taux de radioactivité d'une commune de 3000 habitants coûte en moyenne 90 millions d'euros.

TEPCO estime que les travaux de décontamination, financés à hauteur de 35 milliards par les contribuables japonais, s'échelonneront sur plus de 40 ans.

Malgré les difficultés et une efficacité qui pose question, le gouvernement entretient soigneusement l'idée d'un retour possible et tend à rouvrir progressivement les zones qui étaient interdites à l'habitation.

Selon Cécile Asanuma-Brice du CNRS "le gouvernement japonais fait état de 118 812 personnes déplacées, dont 73 077 à l'intérieur de la province de Fukushima et 45 735 à l'extérieur". Ce chiffre, toujours selon elle, serait bien plus élevé que cela suite à un système d'enregistrement contraignant. Par ailleurs, la gratuité de certains logements publics a pris fin en décembre 2012. Si des logements provisoires ont été construits, ils l'ont été en partie sur des terrains en zones contaminés. Le revenu de 750 euros versés par Tepco est insuffisant pour couvrir les frais faisant souvent passer ces réfugiés comme des assistés. Une véritable honte au Japon. D'un autre côté, la migration étant trop couteuse, on pousserait à relever la norme de sécurité à 100 mSv/an et on apprendrait aux habitants à gérer leur quotidien dans un environnement contaminé. Une sorte de lavage de cerveau qui mêle nostalgie, fierté et relance de la production locale. Une stratégie déjà appliquée à Tchernobyl.

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