Déjà quatre ans de printemps arabe, les troubles prendront-ils fin un jour ? (deuxième partie)

10/11/14 à 09:55 - Mise à jour à 10:10

Source: Knack

L'insatisfaction à propos de l'économie bancale et de décennies de régime autoritaire s'est embrasée en décembre 2010 lorsqu'un jeune chômeur s'est immolé par le feu. Mohamed Bouazizi a mis le feu aux poudres : la population est descendue dans la rue dans pas moins de 12 pays arabes pour tenter d'obtenir l'égalité et la démocratie. Quatre ans plus tard, la révolution du Jasmin a porté ses fruits dans le pays où tout a commencé: le parti séculier Nidaa Tounes a battu les islamistes d'Ennahda - le grand gagnant des premières élections. Cependant, qu'est-ce qu'a apporté le printemps aux 11 autres pays qui se sont révoltés ? Ce lundi, nous nous attardons sur la Libye, la Jordanie et l'Égypte.

Déjà quatre ans de printemps arabe, les troubles prendront-ils fin un jour ? (deuxième partie)

Manifestation contre le président Moubarak sur la place Tahrir au Caire © REUTERS

La Libye

Le président libyen Mouammar Kadhafi

Le président libyen Mouammar Kadhafi © Reuters/iStock

Comment tout a débuté

En Libye, la crise a débuté en février 2011 lorsque les services de sécurité ouvrent le feu sur des manifestants à Benghazi. Ensuite, les protestations contre le gouvernement se sont étendues à d'autres villes avant de finalement atteindre la capitale Tripoli. Les actions se sont rapidement muées en révolte destinée à chasser Muammar Kaddhafi du pouvoir.

En mars 2011, le Conseil de sécurité des Nations Unies a déclaré que "toutes les mesures possibles" pouvaient être prises pour protéger les citoyens. L'OTAN est intervenue avec des frappes aériennes sur des cibles de l'état. Leur but était d'instaurer une zone d'exclusion aérienne.Six mois plus tard, les rebelles ont pris la capitale Tripoli avec l'aide de l'Occident et de plusieurs états arabes. L'opération a coûté la vie à des milliers de personnes. Après avoir été au pouvoir pendant quarante ans, Kaddhafi est tué près de Syrte en octobre 2011.

Le Conseil national de transition qui avait dirigé la révolution a qualifié la Libye d'officiellement libérée avant de promettre un état pluraliste et démocrate. En juillet 2012, le Conseil a organisé des élections pour un parlement intérimaire, le Congrès général national, remportées par les candidats séculiers, indépendants et libéraux aux dépens du parti lié aux Frères musulmans.

Où en est le pays à l'heure actuelle?

Depuis le renversement de Kaddhafi, la Libye est très instable. Environ 300 milices révolutionnaires se battent régulièrement. Elles refusent de déposer les armes et occupent des bâtiments d'état. Les Libyens se plaignent du développement régional inégal, du chômage et du manque de transparence de l'état.Annoncées en septembre 2013, les élections n'ont eu lieu que le 25 juin 2014. Seul un quart des électeurs enregistrés - 630.000 personnes - se sont rendus aux urnes.Comme des membres de l'ancien parlement refusaient de s'en aller, la Libye possède deux parlements et deux gouvernements.

Le gouvernement et le parlement élu en juin réfléchissent à l'avenir du pays à Tobrouk, situé près de la frontière égyptienne à environ 1.200 kilomètres de Tripoli. Le gouvernement sortant, lui, a déclaré qu'il avait perdu le contrôle de la capitale. La plupart des ministères sont aux mains d'une large alliance de milices.

La Jordanie

Le roi Abdullah de Jordanie

Le roi Abdullah de Jordanie © Reuters/iStock

Comment tout a débuté

Les protestations contre la corruption au gouvernement et pour davantage d'emplois ont commencé en janvier 2011. Ensuite, les manifestants ont exigé davantage de démocratie et moins de pouvoir pour le roi.

Initialement, les manifestations étaient paisibles, mais en novembre 2012, elles ont dégénéré en bagarres avec les services d'ordre. Des milliers de personnes sont descendues dans la rue parce que l'état avait supprimé les subsides sur les carburants. Le FMI avait exigé cette mesure en échange d'un emprunt pour rétablir l'économie jordanienne croulant sous les dettes.

Des élections parlementaires ont été organisées en janvier 2013, deux ans plus tôt que prévu. Le roi a promis pour la première fois de consulter le parlement pour la désignation du premier ministre. Cependant, les élections ont été boycottées par l'opposition menée par le Front islamique d'action des Frères musulmans. Pour eux, les changements de la loi électorale reviennent à avantager les Bédouins qui vivent en région rurale. Ces derniers dominent le gouvernement et les services de sécurité, au détriment des populations principalement palestiniennes qui vivent dans les villes et les villages où le soutien à l'opposition est traditionnellement le plus fort.

En mars 2013, le roi Abdullah a tenté de diriger la transition vers la démocratie, ce qu'il a fait en partie pour assurer que le pouvoir ne tombe pas aux mains des islamistes. Il a également accusé la police secrète de bloquer ses tentatives de réformes politiques.

Où en est le pays à l'heure actuelle?

En août 2013, le premier ministre réformiste Abdullah Ensour a repensé son cabinet pour renforcer le rôle des technocrates, à qui il avait demandé de stimuler la réforme exigée par le FMI. Tout ça au milieu du coût économique de plus d'un demi-million de réfugiés venus de Syrie.

L'Égypte

Le président égyptien Hosni Moubarak

Le président égyptien Hosni Moubarak © Reuters/iStock

Comment tout a débuté

Après la Tunisie, l'Égypte a été le second pays touché par les troubles. En février 2011, dix-huit jours de protestations massives - où la place Tahrir a revêtu une valeur symbolique - ont forcé le président Hosni Moubarak à abdiquer après trente ans au pouvoir.Ensuite, le Conseil suprême des forces armées a repris la fonction présidentielle. Les islamistes des Frères musulmans et les salafistes d'al-Nour ont soufflé la victoire aux élections parlementaires de 2011-2012.

En juin 2012, Mohammed Morsi, des Frères musulmans, a été élu président. Il a révoqué une loi controversée de l'armée qui limitait le pouvoir du président, il a dissous la Chambre des Représentants et a désigné un nouveau leader de l'armée en la personne du général Abdul Fattah al-Sisi qui est également ministre de la Défense.La population a commencé à se retourner contre le président à partir de novembre 2012, lorsqu'il a instauré une loi par laquelle il se donnait plus de pouvoir et qu'il a fait passer une proposition d'une nouvelle constitution teintée d'islamisme.Après les manifestations de millions de citoyens - plus que pendant la révolution initiale contre Moubarak - en juin 2013, Morsi a été écarté par l'armée. Un gouvernement intérimaire comblerait le vide. Depuis le début du printemps arabe, l'Égypte a donc contribué à renverser deux présidents.

Les adeptes de Morsi, qui avaient organisé des sit-in au Caire, ont été durement réprimés dans le cadre de la lutte contre les Frères musulmans par les services de sécurité. Ces rixes ont coûté la vie à près de mille personnes.

Où en est le pays à l'heure actuelle?

Après Morsi, l'Égypte est devenue un pays polarisé entre les adeptes du gouvernement intérimaire, ceux des Frères musulmans et ceux qui craignent les autorités. Certains prétendaient que de cette façon, l'Égypte était revenue à son statut de police auquel la révolution s'était précisément opposée.En janvier 2014, le pays a finalement approuvé une nouvelle constitution qui devait remplacer la charte de 2012. Ensuite, le gouvernement a annoncé des élections parlementaires et présidentielles qui ont lieu en mai 2014. Le commandant en chef al-Sisi a été élu président à 97 pour cent des voix.

Certains croient à l'avènement d'une nouvelle période prometteuse alors que d'autres craignent une époque de répression et d'actions de musulmans extrémistes. L'Union européenne a félicité al-Sisi pour sa victoire tout en exprimant son inquiétude à propos de la liberté de réunion, d'association et d'expression dans le pays même si la Constitution stipule que l'Égypte respectera les droits de l'homme de tous les citoyens.Entre-temps, il n'y a toujours pas de verdict dans le procès contre l'ancien président Moubarak, gravement malade.

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