Corée du Nord : un essai nucléaire pour effacer le fiasco ?

13/04/12 à 06:30 - Mise à jour à 06:30

Source: Le Vif

Un engin nord-coréen a volé pendant plusieurs minutes avant de chuter dans l'océan. Malgré l'"échec" c'est une "provocation" pour les Etats-Unis. Une réunion d'urgence sera organisée dans la journée à l'Onu. Pyongyang pourrait mener un essai nucléaire pour effacer le fiasco.

Corée du Nord : un essai nucléaire pour effacer le fiasco ?

© AFP

"Nous avons des informations comme quoi un engin volant a été lancé de Corée du Nord. Cet engin a apparemment volé pendant plus d'une minute avant de chuter dans l'océan", a expliqué Naoki Tanaka lors d'une conférence de presse. L'agence de presse nippone Jiji a cité une source au ministère de Défense nippon affirmant que "deux objets" avaient chuté en mer Jaune.

La Corée du Nord avait préparé ce lancement depuis son centre spatial de Tongchang-ri, dans le nord-ouest du pays. Le premier étage de sa fusée devait tomber en mer Jaune, à l'ouest de la péninsule coréenne, et le deuxième étage à l'est des Philippines, en survolant une partie des îles d'Okinawa (sud du Japon).

Pyongyang avait présenté le tir prévu de cette fusée comme un lancement civil visant à placer un satellite d'observation en orbite. Les Etats-Unis et leurs alliés, japonais et sud-coréen, avaient cependant dénoncé cette tentative comme un essai déguisé de missile balistique.

Pyongyang pourrait mener un essai nucléaire pour effacer le fiasco

La Corée du Nord pourrait procéder rapidement à un essai nucléaire pour sauver la face après l'explosion vendredi de sa fusée après le décollage, estiment les experts. L'échec est d'autant plus cuisant qu'il s'agit de la troisième tentative ratée de mise en orbite d'un satellite par Pyongyang, après deux ratages en 1998 et en 2009.

"Non seulement les Nord-Coréens ont réussi à braver le Conseil de sécurité de l'ONU, les Etats-Unis et même leur protecteur chinois, mais ils sont parvenus à démontrer leur incompétence", ironisait sur son blog Marcus Noland, du Peterson Institute for International Economics basé à Washington.

"L'humiliation" nationale, selon le chercheur, devrait convaincre le nouveau dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un -qui a succédé à son père après la mort de celui-ci en décembre- de réaliser un nouvel essai nucléaire en violation des résolutions 1718 et 1874 du Conseil de sécurité.

"Il serait facile de jubiler, mais paradoxalement, l'échec du missile pourrait avoir aggravé le danger que court le monde (...). Avant le tir, il était probable que la Corée du Nord conduise un troisième essai nucléaire. C'est désormais une quasi certitude", a-t- il estimé.

Un responsable sud-coréen s'exprimant sous couvert de l'anonymat avait indiqué dimanche à l'AFP que des préparatifs étaient en cours à Punggye-ri (nord-est) où le Nord a réalisé ses deux précédents essais.

Pour Rory Medcalf également, responsable du programme de sécurité internationale au centre d'études australien Lowy Institute, la Corée du Nord risque de vouloir poursuivre son programme nucléaire après ce nouvel échec.

Une "violation claire" d'une résolution de l'ONU

Le tir d'une fusée par la Corée du Nord constitue une "violation claire" d'une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU, a souligné vendredi la chef de la diplomatie de l'UE, Catherine Ashton.

"Le lancement tenté aujourd'hui constitue une violation claire des obligations internationales de la Corée du Nord comme cela est stipulé notamment par la résolution 1874 du Conseil de sécurité de l'ONU" qui impose à Pyongyang de renoncer à tout lancement de fusée balistique, a affirmé Mme Ashton dans un communiqué.

Mme Ashton s'est déclarée par ailleurs "profondément préoccupée par les actions dangereuses et déstabilisatrices menées par la Corée du Nord".

La haute représentante de l'UE pour les Affaires étrangères a exhorté Pyongyang à se conformer à ses obligations internationales et à "s'abstenir de toute action qui pourrait aggraver les tensions régionales".

"L'UE est prête à continuer à travailler avec ses partenaires internationaux en vue de contribuer à la poursuite d'une paix durable et à la stabilité de la péninsule coréenne", a conclu Mme Ashton

Les ministres des Affaires étrangères des pays du G8 avaient exigé "que (la Corée du Nord) ne procède pas au tir" de sa fusée et prévenu Pyongyang que ce lancement constituerait "une violation grave" des résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU. Ce dernier se réunira en urgence vendredi pour discuter de la Corée du Nord après ce lancement, a indiqué à l'AFP un diplomate onusien. Le Japon s'était quant à lui dit prêt à détruire la fusée nord-coréenne si elle devait menacer leur territoire mais rien ne semblait indiquer, environ une heure après le lancement, que Tokyo ait utilisé ses missiles antimissiles.

un "échec" mais aussi"provocation"

La Maison Blanche a condamné jeudi le tir d'un "missile" par la Corée du Nord et affirmé que malgré son "échec", il s'agissait d'une "provocation qui menace la sécurité régionale, viole la loi internationale et contredit (les) engagements récents" du pays.

"La Corée du Nord ne fait que s'isoler davantage en se lançant dans des actes de provocation, et gaspille son argent en armes et en propagande pendant que les Nord-Coréens ont de plus en plus faim", a déclaré le porte-parole de la présidence américaine, Jay Carney.

Ce dernier, dans un communiqué, n'a pas directement mentionné un retrait de l'offre d'aide alimentaire à Pyongyang, comme les Etats-Unis en avaient laissé planer la menace, mais a affirmé que "les Etats-Unis restent vigilants face aux provocations nord-coréennes, et sont pleinement engagés à la sécurité de nos alliés dans la région".

"Le président (Barack Obama) a dit clairement qu'il était prêt à des relations constructives avec la Corée du Nord. Toutefois, il a aussi insisté sur la nécessité pour la Corée du Nord de respecter ses engagements, de suivre ses obligations internationales et d'entretenir des relations pacifiques avec ses voisins", a poursuivi le porte-parole.

Il a aussi assuré que "le développement de longue date de missiles et d'armes nucléaires par la Corée du Nord ne lui ont pas apporté la sécurité, et ce ne sera jamais le cas. La Corée du Nord ne montrera sa force et ne trouvera la sécurité qu'en respectant la loi internationale, en respectant ses obligations et en oeuvrant à nourrir ses ressortissants, éduquer ses enfants et gagner la confiance de ses voisins".

Avec Belga

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