Catherine Fonck
Catherine Fonck
Cheffe de groupe cdH à la Chambre
Opinion

29/05/18 à 11:55 - Mise à jour à 12:01

"Comment des gouvernements prétendument europhiles ont participé à la mise en place d'un gouvernement italien europhobe ...ou l'histoire du cabri..."

Les cris d'orfraie poussés par des dirigeants pro-européens face d'abord au résultat des élections italiennes et ensuite à la constitution d'un gouvernement dont le ciment principal est l'hostilité à l'Europe et aux migrants nous laissent rêveurs tant ce que ces dirigeants déplorent est le résultat de leur propre comportement.

"Comment des gouvernements prétendument europhiles ont participé à la mise en place d'un gouvernement italien europhobe ...ou l'histoire du cabri..."

© REUTERS

Pour nous, le projet européen - auquel nous sommes viscéralement attachés- vise à créer une "union sans cesse plus étroite entre les peuples européens". Il passe donc par la mise en place de solidarités entre ces peuples. Cela signifie que, lorsqu'un peuple se trouve en difficulté, les autres lui viennent en aide. Or, que constatons-nous?

L'Italie a été confrontée en première ligne à une arrivée massive de migrants voulant se rendre en Europe en traversant au péril de leur vie la Méditerranée. On parle ici de l'arrivée de centaines de milliers de personnes dans un pays qui connaît depuis des années un chômage massif, un déficit budgétaire important et une dette publique abyssale.

Face à cette crise, les Italiens pensaient pouvoir compter sur la solidarité pleine et entière du reste de l'Europe, d'autant plus que cette crise n'était aucunement imputable au comportement de leur pays.

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Les États membres de l'UE sont restés sourds aux appels à l'aide de l'Italie et de la Commission européenne

Or, les États membres sont restés sourds aux appels à l'aide de l'Italie et de la Commission européenne, allant jusqu'à refuser de suspendre l'application de la Convention de Dublin qui permet à un État membre de renvoyer un demandeur d'asile vers le pays par lequel il est entré dans l'Union. Alors que l'Italie croulait littéralement sous les flux de migrants, les autres pays fermaient leur frontière avec l'Italie et continuaient à renvoyer vers l'Italie les demandeurs d'asile qui y étaient passés. Quel scandale !

Quelle serait la réaction des Belges si notre pays était confronté à une vague de migrants comparable, ou s'ils devaient faire face à une catastrophe de grande ampleur à laquelle la Belgique serait totalement incapable de faire face avec ses seuls moyens, et s'ils voyaient les dirigeants européens non seulement rejeter notre demande d'aide, mais alourdir encore l'addition? La même que celle des Italiens: un rejet massif de l'Europe.

En agissant de la sorte, la Belgique a donc, comme d'autres pays, porté gravement atteinte à l'esprit européen et à la construction européenne qu'elle prétend par ailleurs vouloir relancer.

Pour faire avancer la construction européenne - qui est vitale pour notre continent et ses habitants- , on a davantage besoin de gestes de solidarité concrets entre les peuples que de grandes déclarations. Le Général de Gaulle ne disait-il pas que lorsqu'il n'y a pas de solidarité, "on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant l'Europe! l'Europe! l'Europe! Cela n'aboutit à rien et cela ne signifie rien".

N'est-il pas urgent que ceux qui prétendent occuper le cockpit européen reconnaissent leurs erreurs et prennent des initiatives concrètes pour que l'Italie soit en partie soulagée du fardeau que fait peser sur elle sa proximité avec les côtes africaines ?

N'est-ce pas le prix à payer pour réconcilier le peuple italien avec l'Europe au moment où semble se profiler un retour aux urnes, pour réamarrer l'Italie à l'Europe, et relancer la construction européenne? N'est-ce pas le prix à payer pour que demain la Belgique ne se retrouve pas elle-même dans pareille situation?

Sans doute ce prix est-il trop élevé pour la N-VA qui accorde aussi peu d'importance à la solidarité qu'à l'Europe et qui ne voit d'un mauvais oeil ni la mise en place d'une coalition populiste et europhobe en Italie ni notre Premier ministre réduit au rôle du cabri.

Quel dommage pour l'Europe et la Belgique ! Il n'est cependant pas trop tard pour inverser la vapeur. Mais il est minuit moins une...

Catherine FONCK, députée, cheffe de groupe cdH à la Chambre

Patrick van YPERSELE, juriste, spécialiste en affaires institutionnelles et européennes

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