Terrorisme: "Oui à la lutte, mais pas une lutte à mort"

25/01/15 à 14:58 - Mise à jour à 14:59

Source: Le Vif

Damien Vandermeersch, professeur de droit pénal (UCL) et avocat général près de la cour de Cassation, met en garde : ne donnons pas raison aux terroristes en utilisant une rhétorique guerrière et recréons du lien social !

Terrorisme: "Oui à la lutte, mais pas une lutte à mort"

© Belga

Entretien : par Olivier Mouton

Le Vif/L'Express: Sommes-nous en guerre contre le terrorisme ?

Damien Vandermeersch : Non. Si nous voulons continuer à utiliser les moyens légaux, notamment en matière de justice, nous ne pouvons pas utiliser ce vocabulaire-là. La guerre, c'est la mise entre parenthèses des droits fondamentaux. Même le droit à la vie n'est plus garanti. C'est une perte terrible pour une démocratie de dire que l'on est en guerre ! Cette rhétorique ne correspond pas au combat que l'on veut mener. Le pari de nos sociétés démocratiques, c'est de mener cette lutte contre le terrorisme avec efficacité, oui, mais sans que ce soit une lutte à mort. Un attentat réussi, c'est une atteinte à des victimes innocentes et à la démocratie, bien sûr, mais cela risque aussi d'engendrer dans la foulée des mesures portant atteinte à nos droits. Nous devons toujours nous demander si la mesure que l'on adopte est efficace pour l'objectif à atteindre. Ces dernières années, beaucoup de dispositifs mis en place touchaient en réalité tout autre chose que le terrorisme. Nos procédures sont, en outre, déjà extra-compliquées. Chaque fois que l'on décide une nouvelle législation, on ajoute des règles et, à la longue, le Code d'instruction criminel devient illisible, les procédures se multiplient... C'est contreproductif.

L'armée dans la rue, est-ce un signe d'efficacité ?

Cela peut rassurer les gens dans l'instant, mais ce n'est pas une solution à long terme. Le rôle de la police consiste à préserver la paix et à éviter les attentats, c'est elle qui devra continuer à exercer cette mission. Maintenant qu'elle est menacée, on fait appel aux paras, mais que fera-t-on si les paras sont à leur tour menacés ? On installera un second cordon de policiers ?

La réponse doit être autant sociale que répressive ?

Bien sûr. La justice pénale n'est qu'un pilier parmi d'autres. On sait combien il est difficile de recréer du lien social dans nos sociétés en crise, et cela ne vaut pas que pour les terroristes. De nombreux délinquants sont des gens égarés qui n'ont rien à perdre. Faisons attention à ne pas étiqueter tout le monde dans le camp des extrémistes. On perd de vue que nos sociétés capitalistes sont parfois très violentes, et davantage encore pour certaines catégories de la population. On évoque le retrait de la nationalité belge : s'il s'agit d'une mesure violente supplémentaire, qui n'apporte pas de plus-value, je me pose des questions.

La menace qui pèse sur nous vient précisément de gens révoltés, que l'on qualifie de fous en plus, ce qui m'inquiète très fort. Ce ne sont pas des fous ! Ils sont rentrés dans d'autres logiques que les nôtres. Quelqu'un qui rentre dans le grand banditisme, on ne le traite pas de fou. Coulibaly, l'un des auteurs des attentats de Paris, me fait davantage penser à Patrick Haemers (NDLR : l'ennemi public n°1 à la fin des années 1980 qui a notamment enlevé le ministre Paul Vanden Boeynants) qu'à un djihadiste. On sentait chez lui un grand besoin de reconnaissance, voire de vedettariat. Le plus difficile, c'est de répondre à cette menace par un discours sans concession mais, en même temps, par la tolérance et le respect des droits. La justice est une réponse à l'extrémisme qui permet de ne pas rentrer dans la même logique qu'eux.

>>>L'intégralité de l'entretien et le dossier "Sommes-nous en guerre ?", dans Le Vif/L'Express de cette semaine

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