Gérald Papy
Gérald Papy
Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express
Opinion

17/08/12 à 10:52 - Mise à jour à 10:52

Sortir de l'infernal engrenage syrien

La révolte populaire contre le régime de Bachar al-Assad perdure depuis dix-sept mois. Plus de 21 000 Syriens ont trouvé la mort dans les combats qui, de Deraa, berceau de la révolution, se sont propagés à Hama, Homs, Damas, Alep...

Au départ pacifique, la contestation sévèrement réprimée s'est muée en une guerre ouverte, opposant une garde prétorienne et des milices bien armées à des rebelles médiocrement équipés. La médiation de l'Organisation des Nations unies s'est soldée par un spectaculaire échec scellé par la mention "mission impossible" assénée par son envoyé spécial Kofi Annan. Rarement un conflit régional a été plongé dans pareille impasse.

Dix-sept mois plus tard, un pouvoir, celui d'un clan issu de la minorité religieuse alaouite, résiste là où d'autres qui n'étaient pas frappés de ce handicap, en Tunisie ou en Egypte, ont sombré en quelques semaines. L'attentat qui, le 18 juillet en plein coeur de Damas, a éliminé, entre autres dignitaires, le vice-ministre de la Défense et beau-frère du président, Assef Chawkat, ou la défection, le 6 août, du Premier ministre fraîchement nommé et apparatchik du parti Baath Riad Hijab n'ont que peu fragilisé le régime. Celui-ci a repris l'ascendant militaire à Damas puis à Alep et a affiché l'indéfectibilité de son alliance avec l'Iran. Une sortie de crise est-elle néanmoins envisageable ? L'erreur des Occidentaux a consisté depuis mars 2011 à considérer que la maison Assad allait s'effondrer, selon un mouvement naturel, dans le jeu de dominos des régimes balayés par les printemps arabes. Or la problématique syrienne recèle des enjeux autrement plus importants que ceux rencontrés en Tunisie, en Libye, au Yémen et même en Egypte. La Syrie est un emblème de la rivalité entre ces deux grandes branches de l'islam que sont le sunnisme et le chiisme, traduite dans l'opposition entre une rébellion sunnite, soutenue par l'Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie, et un pouvoir chiite, aidé par l'Iran et le Hezbollah libanais. La Syrie, comme l'Irak, est un laboratoire du rêve autonomiste kurde que la Turquie, elle-même habitée par une forte minorité issue de cette communauté, ne peut se permettre de laisser prospérer. La Syrie, enfin, est un acteur majeur du conflit israélo-arabe dont les évolutions (et notamment l'usage qu'elle fera de ses armes chimiques) sont scrutées avec inquiétude.

Quelle que soit l'empathie que l'on peut nourrir à l'égard de "combattants de la liberté" confrontés à une dictature - et même si ce sentiment ne peut absoudre ni les crimes de guerre ni les dérives islamistes - il faut se rendre à l'évidence : les Occidentaux ont échoué à délivrer et à secourir la population syrienne. La clé de cet échec se trouve à Moscou et dans la minimisation occidentale de l'importance accordée par Vladimir Poutine, soutenu par une majorité de ses concitoyens, au maintien dans son giron de la Syrie, son dernier allié proche-oriental, et à la prévention de la contagion islamiste dans ses propres républiques. Ce ne sont pas les exemples tunisien et égyptien, il est vrai, qui apaiseront cette appréhension. Barack Obama, David Cameron et autres François Hollande gagneraient donc à se montrer plus subtils et plus volontaristes s'ils ne veulent pas voir leur diplomatie sombrer dans le bourbier syrien.

GÉRALD PAPY

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