Gérald Papy
Gérald Papy
Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express
Opinion

22/03/13 à 10:47 - Mise à jour à 10:47

Sarkozy peut ravaler ses ambitions

L'ancien président français est encore loin d'être condamné dans l'affaire Bettencourt. Mais la prévention d'abus de faiblesse le frappe d'une certaine infamie. Politiquement, sa mise en examen qui vaut mise à l'écart en réjouit plus d'un.

Sarkozy peut ravaler ses ambitions

© Reuters

Nicolas Sarkozy, comme tout justiciable, bénéficie de la présomption d'innocence. Son avocat a décidé d'introduire un recours en annulation de la mise en examen pour abus de faiblesse prononcée par le juge d'instruction Jean-Michel Gentil dans le cadre de l'affaire Bettencourt. La chambre d'instruction de la Cour d'appel de Bordeaux peut aussi décider de ne pas renvoyer tous les protagonistes de ce dossier (plus d'une quinzaine de personnes mises en examen, c'est-à-dire inculpées) devant le tribunal correctionnel. Et il ne faut évidemment pas préjuger du verdict de ce procès si d'aventure Nicolas Sarkozy devait en être un des prévenus.

Cela posé, la décision prise par le juge Gentil mercredi soir à l'issue d'une confrontation entre l'ancien président de la République française et quatre membres du personnel de l'héritière de l'une des plus importantes fortunes de l'Hexagone résonne comme un coup de tonnerre sur la scène politique française. En raison de la surprise provoquée par la décision : à l'issue de la précédente convocation devant le juge, Nicolas Sarkozy était sorti du palais de justice avec le statut de témoin assisté et il pouvait se croire à l'abri de poursuites parce que la prévention de financement occulte de parti politique que nourrissait aussi potentiellement ce dossier était frappée de prescription. La confrontation de mercredi, véritable épreuve de vérité, a donc éclairé d'un jour nouveau le témoignage que Nicolas Sarkozy avait livré en novembre 2012.

La prévention d'abus de faiblesse à l'encontre d'une vielle dame, fût-elle Madame Liliane Bettencourt, est directement intelligible par le grand public, au contraire de celle de "financement occulte de partis politiques" plus vague et surtout plus répandue. Elle a aussi une connotation infâmante pour son auteur. L'image demeure et demeurera sans doute un certain temps qu' "un puissant a profité de la faiblesse d'une personne diminuée pour la tromper".

Il est hâtif aujourd'hui de décréter que Nicolas Sarkozy a perdu toutes ses chances de briguer un nouveau mandat présidentiel en 2017. Quatre ans nous sépare encore de cette échéance. Et le parcours des personnalités politiques, y compris celui de M. Sarkozy, regorge d'exemples de ténors qui, après avoir touché le fond, ont su rebondir.
La situation de Nicolas Sarkozy est néanmoins loin d'être enviable.

Lui qui affirmait encore récemment, dans une interview à Valeurs actuelles, qu'il n'écartait pas un retour en politique par devoir, lui qui paradait encore il y a quelques jours en Libye où il était reçu en quasi chef d'Etat, le voilà redescendu brutalement de son piédestal. Et il doit, provisoirement en tout cas, revoir ses ambitions à la baisse. Si ses fidèles le déplorent, accusant, dans la foulée et contre tout évidence, la justice d'être instrumentalisée, d'autres en sont nettement moins affectés. Des barons de la droite, l'ancien Premier ministre François Fillon en tête, qui voient l'horizon de la présidentielle de 2017 quelque peu se dégager. François Hollande et son gouvernement, trop heureux que l'affaire Sarkozy-Bettencourt balaye aussi rapidement dans l'actualité le dossier de la démission du ministre du Budget Jérôme Cahuzac. L'extrême droite de Marine Le Pen enfin qui va engranger les dividendes de la montée du "Tous pourris" dans l'opinion publique.

Sombre premier jour du printemps donc pour l'ancien président français, d'autant qu'il n'est pas encore à l'abri d'autres ennuis politico-judiciaires, dans le dossier de ses comptes de campagne examinés par le Conseil constitutionnel, dans l'affaire Tapie-Crédit Lyonnais ou encore dans celle de Karachi, sous le gouvernement d'Edouard Balladur. Les "coups tordus" sont-ils définitivement inhérents à la politique ?

G.P.

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