Quinze batailles "belges" qui ont changé l'Europe

14/06/15 à 08:40 - Mise à jour à 09:01

Source: Le Vif/l'express

Du IXe au XXe siècle, près de 300 batailles et sièges se sont déroulés sur le territoire qui forme la Belgique. Pourquoi nos régions ont-elles été le "champ de bataille de l'Europe" ? Quels combats ont eu des répercussions sur l'équilibre des forces en Europe ?

Quinze batailles "belges" qui ont changé l'Europe

© Reporters

Depuis la bataille de Louvain, le 1er septembre 891 - ce jour-là, Arnulf de Carinthie, un monarque carolingien, futur empereur d'Occident, écrase les Vikings sur la Dyle -, jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, quelque 300 combats majeurs se sont déroulés sur l'espace qui correspond à peu près au Benelux, dont 295 en territoire "belge", selon un décompte de Luc De Vos, professeur émérite de l'Ecole royale militaire (ERM) et de la KUL, à Louvain (1).

"Du XVIIe siècle à la bataille des Ardennes, au cours de l'hiver 1944-1945, la Belgique n'a quasiment pas cessé d'être une zone de confrontations armées, constate l'historien. Il n'y a que deux exceptions notables : la guerre de Sept Ans, entre 1756 et 1763, qui se déroule en Europe centrale, et dont la Pologne est la principale victime, et la guerre franco-prussienne de 1870, à laquelle nos régions échappent de toute justesse." Les périodes les plus denses en guerres et sièges sont le "siècle de Louis XIV", désastreux pour les anciens comtés de Flandre et de Hainaut, dont les territoires s'amenuisent, et l'époque de la Révolution française et de l'épopée napoléonienne, qui se termine il y a tout juste deux cent ans avec la bataille de Waterloo.

Si les provinces belges ont été le "champ de bataille de l'Europe", expression déjà utilisée sous le règne du Roi-Soleil, c'est d'abord la conséquence de leur position géographique. "C'est un espace d'entre-deux, entre puissances française et impériale, mais aussi une plaque tournante commerciale, dotée d'un port convoité, Anvers, que Napoléon voyait comme un ''pistolet braqué sur le coeur de l'Angleterre''", relève l'historien Hervé Hasquin, secrétaire perpétuel de l'Académie royale de Belgique (2). "Nos régions sont, depuis toujours, le carrefour entre les mondes latin, germanique et anglo-saxon, confirme Jean-Michel Sterkendries, chef du département d'étude des conflits à l'Ecole royale militaire. Un carrefour attractif, du fait de leur richesse." Ainsi, peu de batailles se sont déroulées dans les Pays-Bas actuels, pays pauvre - du moins jusqu'au XVIIe siècle -, inondable et largement tourné vers la mer.

Autre facteur important : le territoire belge a le désavantage d'être pratiquement dépourvu d'obstacles naturels. "Les axes de communication n'y manquent pas, les fleuves peuvent faciliter le transport des troupes et des impedimenta, les bagages et équipements d'une armée en campagne", signale Jean-Michel Sterkendries. Les armées européennes se sont souvent affrontées le long de la ligne Lys-Escaut, signalent encore les historiens. "Et pour cause, explique le Pr De Vos : le comté de Flandre était l'une des régions les plus riches d'Europe, avec l'Italie du Nord, qui a elle aussi subi pendant des siècles les ravages militaires." De même, le sillon Sambre-et-Meuse a été le théâtre de nombreux combats, notamment au XIXe siècle et lors de la Première Guerre mondiale.

(1) Luc De Vos est l'auteur de Veldslagen in de Lage Landen (Batailles en Pays-Bas), survol de 18 batailles et sièges dans nos régions entre 891 et 1945, ouvrage paru en 1995 (Davidsfonds), non traduit en français. Il a aussi dirigé l'ouvrage collectif Guide des champs de bataille de Belgique et du Grand-Duché de Luxembourg (L'Octogone, 1994).

(2) Hervé Hasquin est notamment l'auteur de Louis XIV face à l'Europe du Nord (Racine, 2005).

Le dossier spécial dans Le Vif/L'Express de cette semaine. Avec :

- Le boulevard des invasions : la ligne de partage des eaux entre bassins de la Meuse et de l'Escaut

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poids réel du statut de neutralité

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