Pourquoi ne pourrait-on pas voter contre un politique ?

25/05/14 à 11:19 - Mise à jour à 11:19

Source: Le Vif

Beaucoup de candidats, peu d'élus : c'est la règle du jeu électoral. Elle reste indulgente envers celles et ceux qui tentent leur chance à un scrutin en Belgique. Tout candidat s'expose au désaveu personnel, si la pêche aux voix ne rapporte pas. Mais au moins est-il certain d'échapper à la gifle d'un rejet expressément ciblé sur sa personne.

Pourquoi ne pourrait-on pas voter contre un politique ?

© Belga

Le système électoral pourrait se montrer moins tendre. Il suffirait de passer par un "vote à points" avec un paquet de voix positives et de voix négatives, à concentrer ou à saupoudrer sur le bulletin de vote. L'électeur serait aussi en capacité de nuire activement à un parti ou à un candidat, en pesant négativement sur sa performance électorale.

Les Suisses ont un nom pour désigner cet acte punitif, admis dans certaines élections : latoiser, pour biffer à la main les noms de candidats et les remplacer par d'autres noms figurant sur d'autres listes. Techniquement envisageable. Démocratiquement salutaire ? "Oui, répond Micael Castanheira, maître de recherche FNRS à l'ULB, mais à condition que le nombre de voix positives soit un multiple du nombre de voix négatives. La théorie en économie politique montre qu'attribuer aux électeurs un excès de voix négatives mène à de mauvais résultats." A un comportement électoral destructeur.

L'éventualité du vote-sanction pimenterait une campagne électorale : à côté des slogans "votez pour moi" fleuriraient des consignes "votez contre elle ou lui". A côté des voix de préférence se comptabiliseraient les voix de défiance. Bonjour les tests personnels d'impopularité. A qui la palme du plus mal-aimé chez les francophones : à Didier Reynders (MR), à Elio Di Rupo (PS), à Joëlle Milquet (CDH) ? Et Bart De Wever (N-VA), serait-il la star la plus rejetée de Flandre ? Voilà qui ne resterait pas sans effet sur les rapports de forces internes aux partis.

Ce n'est pas tout. Des "coalitions de la détestation" pourraient émerger pour contrer une formation politique jugée dangereuse. "La progression du parti nazi de Hitler en Allemagne aurait peut-être été contrariée par ce biais", estime Micael Castanheira. Le Vlaams Belang, cible d'un rejet massif ouvertement exprimé dans les urnes, n'aurait peut- être jamais atteint des sommets électoraux en Flandre.

Reste à surmonter de gros obstacles logistiques : il faudrait armer l'électeur d'un crayon rouge pour exprimer les votes positifs, d'un crayon noir pour attribuer les notes négatives...

P. Hx.

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