Christine Laurent
Christine Laurent
Rédactrice en chef du Vif/L'Express
Opinion

03/09/10 à 09:16 - Mise à jour à 09:16

Piano, piano

"Le couple belge doit être réorganisé", affirme avec conviction le député CD&V Johan Sauwens cette semaine dans notre magazine. Dont acte. Une réorganisation qui doit conduire tout droit au divorce ou à une cohabitation (provisoire) à l'amiable ? Qu'inscrire dans le contrat ? Qui va le signer ? Avec quels partenaires ? Jusqu'où aller trop loin ?

Piano, piano

"La N-VA veut briser les os de la Belgique", accuse aussi Philippe Moureaux dans nos colonnes. La N-VA, certes, mais en duo avec le CD&V. Les amants diaboliques ! Une fois encore les deux font la paire. Un jour collés l'un à l'autre dans un bruyant cartel ; séparés, fâchés, le lendemain, pour refiler le parfait (?) amour le surlendemain... Autant de volte-face, autant de stratégies pour câliner l'électeur indépendantiste. Et opposer ainsi aux francophones un front flamand de l'intransigeance qu'ils peinent à déstabiliser. Ouvertures et replis frileux, bouderies et raccommodements, ces deux-là soufflent le chaud et le froid, et les pré-négociations de s'enliser dangereusement. Alors qu'après trois années de crise le moment se révèle crucial pour notre futur.

Mais que veulent-ils, à la fin ? Des accords dans la clarté ? Ils ont raison, c'est dans l'intérêt de tous. Autant de paroles nébuleuses et c'est l'assurance d'une multiplication de brouilles, de dissensions, voire de blocages, demain. Des négociations à géométrie variable ? Pourquoi pas, s'il s'agit d'avancer, même à tout petits pas ? Elargir le cercle aux libéraux, dont l'ombre plane à nouveau dans les coulisses ? Si le rapprochement permet de ficeler un accord solide et consensuel sur Bruxelles et BHV... Clarté, confiance, respect, l'air flamand chanté sur tous les tons est touchant. Oui, oui, oui, si les mots ne cachent pas des intentions bien moins louables, un cynisme relooké pour la circonstance, par exemple. "Ce sont les accords qui créent la confiance et pas le contraire", rappelle le politologue Vincent de Coorebyter.

Eviter les mauvaises surprises, creuser et vider les problèmes jusqu'à en toucher la substantifique moelle, telle est bien l'élémentaire sagesse. Et puis aussi accepter, intégrer les changements vertigineux à venir. Finis les tabous, les fins de non-recevoir francophones, notamment sur BHV. Une attitude coupable qui a dangereusement fragilisé le CD&V, souligne Moureaux. Place au pragmatisme, à la clairvoyance, au courage et, surtout, surtout, à la patience. "Une négociation qui dure trois mois, c'est rapide", prétend le politologue de l'ULg Pierre Verjans. Surtout quand il s'agit de détricoter, maille après maille, l'Etat.

Laisser le temps au temps. "Au secours, tout va trop vite", alerte dans un essai publié ces jours-ci ( Accélération, éd. La Découverte), le sociologue allemand Hartmut Rosa. Interrogé par Le Monde 2 [édition du 28 août 2010], il fustige l'accélération de tous les aspects de l'existence qui fait de nous des surfeurs hasardeux qui peinent à trouver des repères. Au coeur de son réquisitoire, un rappel majeur : "Le débat politique prend du temps, il ne peut en être autrement pour qu'il reste démocratique. Il faut beaucoup de discussions, d'arguments, de réflexions, de délibérations pour construire un consensus politique dans une société pluraliste et organiser la volonté démocratique." Mais qu'en pensent donc les Flamands ?

Christine Laurent

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