Cédric Oger
Cédric Oger
Jeune chercheur à l'UCL.
Opinion

17/01/15 à 09:36 - Mise à jour à 16:08

Nous sommes tous Charlie, réponse à Alain Destexhe

Désolé de devoir vous contredire Mr Destexhe, mais profiter du carnage qui a eu lieu à Charlie Hebdo pour donner raison à PEGIDA et Zemmour c'est un peu gros quand même.

Nous sommes tous Charlie, réponse à Alain Destexhe

/ © Reuters

Charlie Hebdo ne se battait pas pour l'apostasie mais pour la laïcité. La liberté de culte est justement un des piliers de cette laïcité parce qu'un état ne peut tout simplement pas se dire libre et laïc tout en discriminant une partie de sa population sur base de convictions religieuses.

Il faut certes pouvoir regarder la montée de l'islamisme en face et prendre des mesures pour y remédier. Ne nous voilons cependant pas la face, c'est avant tout des cons qui ont perpétré ce massacre, des cons incapables de se rendre compte du message de fraternité porté par Charlie Hebdo. Cette connerie humaine n'est pas l'apanage des seuls musulmans que je sache. N'importe quelle religion lorsqu'elle est interprétée par des fous est à conchier. Faut-il rappeler que l'inquisition est une loi instaurée par l'église catholique pour condamner les infidèles qui ne respectaient pas le dogme ? Doit-on, aussi mentionner le cas plus récent d'Anders Breivik, ce con qui a tué une soixantaine d'adolescents Norvégiens en voulant sauver la chrétienté ?

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Si tant de gens soulignent l'importance d'éviter les amalgames, c'est peut-être parce que tirer des généralisations abusives et stigmatiser certaines communautés n'aide pas à leur intégration.

En outre, il me parait pour le moins réducteur de définir l'islamophobie comme "la liberté de critiquer l'islam en tant que religion". Charlie Hebdo parvenait à dénoncer sans ambiguïté le djihad, la charia et les autres dérives des extrémistes mais associer de "jeunes" délinquants à une communauté en particulier ce n'est pas critiquer l'islam en tant que religion. Prophétiser la guerre civile si la culture musulmane n'est pas abolie en Europe n'a rien d'une critique objective de l'islam non plus. En grec "phobos" ça veut dire peur ou effroi et en psychologie une phobie c'est une peur instinctive voire irraisonnée. C'est justement cette peur et cette méconnaissance de l'autre qui fait qu'on se mobilise le plus contre les musulmans dans une des villes d'Allemagne qui en compte le moins. C'est cette même peur qui fait qu'on se replie sur soi, dans l'incapacité d'envisager l'autre que comme une menace contre laquelle il faut se prémunir. Quand cette logique s'emballe, on se retrouve vite clan contre clan, idéologie contre idéologie, dans l'incapacité de répondre aux problèmes communs.

Si tant de gens soulignent l'importance d'éviter les amalgames, c'est peut-être parce que de nombreuses personnes ont compris que tirer des généralisations abusives et stigmatiser certaines communautés n'aide pas à leur intégration au sein de la société. De telles confusions ne peuvent qu'envenimer le débat et nourrir les rangs des extrémistes religieux ou non. Oui l'islam radical est un phénomène qui touche un nombre croissant de jeunes mais éviter l'amalgame entre les 3 fous qui ont sévi à Paris et le reste des musulmans est déjà une partie de la solution.

Il y a certainement urgence à faire face au retour des jeunes abreuvés au sang de la guerre en Syrie mais la réponse sécuritaire ne saurait être la seule garante d'une démocratie saine. Au rang des solutions toujours, il va falloir que la droite néolibérale réalise enfin que c'est dans les inégalités que germe la violence. Qu'attendre des jeunes que nous accueillons dans nos pays si nous n'avons que le chômage et l'exclusion sociale à leur proposer ? Plutôt que l'islam, le terreau fertile du fanatisme religieux n'est-il pas la misère qui s'abat sur les plus faibles d'entre nous, en Europe et ailleurs dans le monde ? Toute réponse autoritaire sera vouée à l'échec tant que l'état pensera croissance à la place de solidarité, tant qu'il se désinvestira de l'éducation et des autres services publics, abandonnant de ce fait les moins bien lotis d'entre nous sur la route du progrès social.

Opinion d'Alain Destexhe : "Nous sommes tous Charlie" Vraiment ?

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