Moureaux sur la collaboration : "On devrait tourner la page"

23/10/14 à 12:30 - Mise à jour à 12:31

Source: Le Vif/l'express

L'historien et ancien ministre socialiste Philippe Moureaux ne considère pas l'amnistie comme un tabou. Cette opinion à contre-courant, il s'y est rallié progressivement. Mais sans jamais l'exprimer en public. Retraité de la vie politique depuis cinq mois, il livre pour la première fois le fond de sa pensée.

Moureaux sur la collaboration : "On devrait tourner la page"

Philippe Moureaux © Belga

Le Vif/L'Express : Cette hystérie dans le débat sur la collaboration, la Belgique n'en sortira jamais ?

Philippe Moureaux : Je pense malheureusement que la société belge a une très grande difficulté à dépasser cet événement historique. Le danger, c'est de confondre les errements de certains, qui sont aujourd'hui tellement lointains que je ne vois pas comment on pourrait encore poursuivre leurs descendants, et les idées abominables qui ont mené à la catastrophe que l'on sait. Autant je suis d'une extrême fermeté sur la condamnation des idées, autant je n'aime pas que l'on en revienne toujours à ce procès de la Flandre qui a été, partiellement, un foyer de la collaboration.

Qu'aurait-il fallu faire ?

Solder non pas les idées du passé, mais les séquelles qui touchaient encore les personnes. D'autant qu'on a pratiqué, en Belgique, des dizaines de mini-amnisties honteuses. Moi-même, ministre de la Justice, j'ai régularisé des dossiers. Mais je disais à mes collaborateurs : surtout, il ne faut pas que ça se sache. Je n'ai pas eu le courage d'assumer cette position. C'était de toute façon inaudible à l'époque, et ça l'est encore largement aujourd'hui.

Vous auriez été favorable à une amnistie générale ?

Amnistie, c'est un mot tout à fait recevable. Les actes répréhensibles ne peuvent pas être poursuivis éternellement. Sauf cas exceptionnels, comme les gens qui ont participé à la Shoah. Peut-être aurait-il fallu trouver un autre mot qu'amnistie, pour éviter de braquer la population. Mais je pense en effet qu'on aurait dû être plus actif qu'on ne l'a été dans le règlement de ce passé-là.

L'interview intégrale dans le dossier "Collaboration, la vérité des historiens" du Vif/L'Express de cette semaine.

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