Michelle Martin reste en prison jusqu'à la décision de la Cour de Cassation

31/07/12 à 09:55 - Mise à jour à 09:55

Source: Le Vif

Michelle Martin restera en prison jusqu'à ce que la Cour de Cassation se prononce sur le pourvoi introduit mardi par le parquet général de Mons, ont confirmé différentes sources, dont le procureur général de Mons Claude Michaux. La Cour de Cassation dispose d'un délai maximal de 30 jours pour statuer.

Michelle Martin reste en prison jusqu'à la décision de la Cour de Cassation

© Image Globe

Le tribunal de l'application des peines a ordonné mardi la libération sous conditions de Michelle Martin. L'avocat de parties civiles, Me Georges-Henri Beauthier, a introduit rapidement un pourvoi en cassation alors qu'il n'avait pas encore pu consulter le jugement. Dans le courant de l'après-midi, le procureur général de Mons a annoncé avoir décidé de se joindre aux parties civiles en introduisant à son tour un pourvoi en cassation.

Plusieurs conditions

Parmi les conditions imposées, figure celle pour Michelle Martin de ne pas séjourner dans la province du Limbourg et de Liège, répondant ainsi à une demande des familles de victimes de maintenir une certaine distance géographique entre leur lieu de résidence et celui de l'ex-femme de Marc Dutroux.

Si cette dernière exerce un travail, cela devra être au sein de la communauté. "Pour le moment, c'est comme cela. Si ma cliente a un jour l'opportunité de travailler à l'extérieur, il faudra repasser devant le tribunal d'application des peines puisque le plan de réinsertion prévoit qu'elle vive dans un monastère", a indiqué Me Moreau qui a également précisé que sa cliente avait fait elle-même la demande d'être suivie psychologiquement.

Les demandes de libération de Michelle Martin ont été refusées à trois reprises. En septembre, le TAP l'avait autorisée à quitter la prison si le plan de réinsertion présenté par la défense était réalisable. Celui-ci prévoyait qu'elle devait séjourner en France. Les autorités françaises avaient cependant refusé d'accueillir l'ex-épouse de Marc Dutroux sur leur territoire.

"Michelle Martin n'est plus la femme incarcérée en 1996"

A la sortie du tribunal d'application des peines, Me Thierry Moreau, a estimé que sa cliente "n'est plus la femme qui est entrée en prison en 96". "Elle a changé, elle est honteuse et ne veut aucunement provoquer avec sa libération. Elle voudrait se racheter", a-t-il affirmé.

"Quant à sa possibilité de récidive, les experts sont unanimes: elle est minime. Le hasard lui a permis de rencontrer, en prison, des personnes qui lui ont permis d'évoluer positivement", a précisé l'avocat, ajoutant que sa cliente était très reconnaissante à l'égard des membres de la communauté l'accueillant.

Me Moreau a également évoqué l'indemnisation des victimes. "En prison, lorsque l'on travaille on est payé un euro de l'heure. Et il y a des charges. Pourtant, elle met de l'argent de côté car son souhait est d'indemniser les victimes."

Me Moreau a conclu qu'il ne s'agissait pas pour lui d'une victoire mais d'une poursuite d'un projet. "Les difficultés commencent maintenant", a-t-il déclaré. L'avocat a également précisé qu'il ne fallait pas oublier que sa cliente restait sous contrôle, notamment de la Maison de Justice.

Elle sera accueillie par le couvent de Malonne

A la sortie du tribunal d'application des peines, Thierry Moreau, avocat de Michelle Martin a lu un communiqué de Soeur Christine, abbesse des clarisses de Malonne. "Notre chemin communautaire a croisé celui de Madame Martin à travers la demande de ses avocats. Ce fut un défi pour nous, bouleversées que nous étions par l'horrible souffrance des victimes et de leurs familles qui ont traversé l'enfer que l'on sait."

Les soeurs précisent avoir cherché à vivre au mieux cette tension. "Comment porter ces deux réalités à la fois? Ce ne fut pas facile... Notre coeur de femmes en a été troublé. Nous avons choisi d'accueillir ces deux souffrances l'une avec l'autre." Les membres de la communauté du couvent de Malonne précisent aussi que chacun d'elles a pu débattre avec franchise du sujet.

Les soeurs du monastère de Malonne ont dit oui sous deux conditions

Les soeurs du monastère de Malonne qui accueilleront Michelle Martin disent avoir décidé de dire oui sous deux conditions, que la justice soit respectée et qu'une réinsertion soit envisageable. "Ce fut un défi pour nous bouleversées par l'horrible souffrance des victimes et de leurs familles", précisent-elles dans un communiqué.

"Quand le temps fut venu pour madame Martin de pouvoir bénéficier d'une libération conditionnelle en vue d'une réinsertion sociale, nous espérions que les instances prévues à cet effet allaient lui procurer un lieu d'accueil. Mais il n'a pas été possible de trouver ce lieu. Il faut savoir que Madame Martin n'a pas de famille et qu'elle n'a pas trouvé en Belgique de lieu de réinsertion prévu pour des femmes. La suite des événements nous a montré qu'il n'y avait pas non plus de possibilité d'accueil pour elle dans les pays voisins".

Les soeurs précisent que lorsque les avocats de Michelle Martin ont évoqué cette impasse, elles en ont longuement débattu. "Ce ne fut pas simple. Nous avons longtemps mûri notre décision. Au terme de tout ce cheminement, nous sommes arrivés à la conviction qu'il fallait dire oui à cette demande mais à deux conditions".

La première condition était que la justice soit intégralement respectée. La deuxième était quant à elle que l'enquête réalisée à la prison où est détenue Michelle Martin révèle qu'elle avait évolué et qu'il était possible d'envisager une réinsertion sans risque de récidive. "Sur ce chapitre, nous faisions confiance aux enquêtes judiciaires menées par des professionnels qui font leur travail avec la compétence et la distance affective nécessaires".

Les tâches que réaliseront Michelle Martin ne sont pas précisées. "Elle sera amenée à aider la communauté qui l'héberge mais dont elle ne fera pas partie", a déclaré Thierry Moreau, l'avocat de Michelle Martin.

Condamnée à 30 ans de prison

Incarcérée depuis 1996, Michelle Martin, 52 ans, a purgé plus de la moitié des 30 ans de réclusion auxquels elle avait été condamnée en 2004.

Ancienne institutrice, Michelle Martin a été reconnue coupable d'avoir séquestré plusieurs des jeunes victimes de Marc Dutroux, et d'avoir laissé mourir de faim Julie Lejeune et Melissa Russo, âgées de huit ans, emmurées vivantes dans un cachot aménagé dans sa maison de Marcinelle, près de Charleroi. Elle avait été arrêtée en même temps que Marc Dutroux, dont elle a divorcé en 2003.

Ce dernier a été condamné à la perpétuité pour l'enlèvement, la séquestration et le viol, entre juin 1995 et août 1996, de six fillettes et adolescentes, ainsi que de la mort de quatre d'entre elles.

Le Vif.be, avec Belga

Les conditions de sa libération

La chambre de l'application des peines, du tribunal de première instance de Mons a, dans son jugement de mardi, octroyé la libération conditionnelle à Michelle Martin.

Avec les conditions générales de:

- Ne pas commettre d'infractions

- Donner suite aux convocations du ministère public et de l'assistant de justice chargé de la guidance

- Avoir une adresse fixe et, en cas de changement, communiquer sans délai sa nouvelle adresse au ministère public et à l'assistant de justice chargé de la guidance

Avec les conditions particulières de:

- Résider, dès la libération conditionnelle, à l'adresse proposée et ne pas en changer sans l'accord du tribunal et sans proposer un plan alternatif ayant son aval

- Entamer le suivi psychologique auprès du thérapeute envisagé, en attester et ne pas l'interrompre sans l'accord préalable de celui-ci

- Ne pas chercher à entrer en contact avec les victimes ou leurs ayants droit de quelque manière que ce soit en cas de rencontre fortuite, s'éloigner d'initiative

- Poursuivre l'indemnisation des parties civiles en fonction de ses revenus

- Ne pas se rendre et ne pas résider dans les provinces de Liège et du Limbourg

- Ne pas se rendre à l'étranger sauf autorisation spéciale du tribunal

- A titre personnel, s'abstenir de tout contact et de toute déclaration dans les médias

- Ne pas fréquenter ni avoir des contacts avec des détenus, ex-détenus ou complices hormis dans le cadre du respect strict des conditions

- Aviser l'assistant de justice chargé de la guidance de toute modification de sa situation

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