Christine Laurent
Christine Laurent
Rédactrice en chef du Vif/L'Express
Opinion

18/06/10 à 12:33 - Mise à jour à 12:33

Marche forcée

"La monarchie est une institution de l'Ancien Régime qui n'est pas en accord avec les principes démocratiques des temps modernes. Donc, si je trouve une majorité démocratique pour la supprimer, on la supprimera."

Marche forcée

Par Christine LAURENT

Bart De Wever n'en fait pas mystère, c'est bien à terme une république flamande intégrée dans une Europe étoilée qu'il appelle de ses voeux. 13 juin : le jour où tout a basculé. Le jour où le pays s'est clairement fissuré en "deux mondes, deux démocraties", dixit le leader de la N-VA, l'un optant clairement pour la rupture, l'autre pour un PS "valeur refuge". La stabilité contre le changement. La stabilité dans le changement, tout un programme ! Désormais, on l'a bien compris, l'heure n'est plus aux tergiversations. C'est le grand saut dans l'inconnu. Bart De Wever est formel : il s'agit de trouver très vite 22 milliards d'économies et un accord sur la réforme de l'Etat. Plus question de statu quo. Avec une Flandre indépendante à terme ? Bien entendu. Ne s'agit-il pas d'"une évolution naturelle, rien moins que du darwinisme politique ?" s'interroge-t-il avec un sourire matois. Inutile, dès lors, d'espérer badigeonner un peu la façade toute lézardée de la Belgique, de tenter de rafistoler, ici ou là, quelques pans chancelants. Ce n'est pas, à terme, une version light que veut imposer le parti nationaliste, mais bien une révolution par paliers vers un véritable confédéralisme.

Et le roi dans tout ça ? Hier encore, l'historien Bart De Wever se faisait assez bavard à son sujet. "On ne peut que constater que, dans l'Histoire, les Saxe-Cobourg étaient contre chaque mouvement d'émancipation, émancipations flamande, sociale, ouvrière, éthique... ils étaient toujours contre. Donc, je ne vois pas pourquoi ce serait mon ami", expliquait-il sur les ondes de la RTBF. De fait, dans le cadre d'une inévitable évolution institutionnelle qui conduit tout droit vers le confédéralisme, avec, à la clé, des Régions toutes-puissantes, on voit mal quel rôle pourrait encore jouer la monarchie. Un service minimum, un job protocolaire ? "Oui, mais seulement comme une étape politique vers un autre système", insiste De Wever.

Le "hic", c'est que, pour atteindre son objectif, la N-VA doit encore surmonter bien des obstacles. Faire avaliser par une majorité des deux tiers, tant au Nord qu'au Sud, des solutions "acceptables" pour la dette publique, la sécurité sociale, Bruxelles ; convaincre les francophones de déplacer radicalement le curseur vers plus d'autonomie, autant de verrous à faire sauter et pas des moindres. Mais "le grand méchant lion" se fait agneau, le rebelle, homme d'Etat... flamand. Toutes griffes rentrées, il ne rugit plus, il miaule, Juré, craché, il se veut démocrate. Tout sucre, tout miel, il tend la main... mais entend bien imposer sa cadence. Pas question de le prendre à rebrousse-poil. Fort de son plébiscite, il ne se grime pas en porte-parole du peuple, il est le porte-parole d'un nombre croissant de Flamands, frustrés "de ne pas avoir été entendus dans leurs revendications", convaincus que l'actuel enlisement politique du pays est un frein à leur émancipation. Oui, mais... le Nord, notamment sur le plan économique, a des pieds d'argile et le grand soir rêvé par les nationalistes pourrait bien se faire attendre.

Albert II, dernier roi des Belges ? Certes, Bart De Wever triomphe et entend bien "sauver le pays en le réformant". Mais il est encore bien loin des marches du trône.

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